mercredi 31 décembre 2008

avanti !

Le dernier jour de 2008

9h.17 Le dernier jour a commencé sans moi, mais, miracle, réveillée sans l'aide de Glenn G, le majordome mélomane canadien que je suis parvenue à enfermer dans le boîtier plat et régulièrement sonore, qui par pure bienveillance me donne l'heure aussi, et qui orne mon chevet.

9h.40 fin de mes ablutions et non de mes ablations comme je l'ai longtemps cru. Je m'offre un cocktail de cachets, potions et suppo dans l'espoir de juguler le coryza bronchiteux qui me terrasse. Je repense avec tendresse à la pharmacienne qui, me tendant la boîte de suppo que je lui demandais de mon propre chef, me murmura, comme pour excuser quelque obscénité à délivrer l'article : " C'est encore ce qu'il y a de plus efficace pour ça. " ( Étant avoué que je ne lui avais pas exprimé les maux dont je souffrais, je me promis que je n'omettrai pas de lire intégralement la notice et posologie dès mon arrivée à la maison.)

9h.45 Entrée dans ma chambre. Mon majordome entonne ses variations Goldberg : je lui ferme le clapet d'un index vengeur.

9h.47 Je m'oins. 

9h.54 Je sélectionne mes habits, et les mets. Sauf les collants.

9h.55 Je sors mes collants de leur panier. Les trois paires de laine parce que ça caille dehors. 

9h.60 Je réalise qu'il est 10h. et que je n'ai pas choisi mes collants, quoique la température extérieure n'ait pas tellement varié malgré mon agitation matinale.

10h00 Voir au dessus.

10h15 J'ai opté pour des collants rayés gris et noirs si épais que j'ai l'impression d'être l'une des dernières représentante des zébrânes (ou donzèbre ou donzed ). J'espère juste ne pas croiser un représentant d'une société protectrice des animaux quand je sortirai dans les rues surpeuplées du village. Il était temps que je choisisse parce que le système pileux de mes mollets pourtant fraîchement maîtrisé menaçait de se dresser contre moi, la température ambiante avoisinant les 3°.

10h.20 Je descends d'un étage, pomponnée et délicatement odorante.

10h.25 Je cherche mon sac.

10h.26 Je cherche ma CB.

10h.27 Je cherche mon chéquier.

10h.28 Je cherche mes clefs.

11h.49 Pour éviter les ennuis (voir 10h. 15), je choisis mon long manteau rouge à capuche, craignant cependant qu'un autochtone ne me hisse à une gouttière au côté d'une guirlande. À défaut de trouver quoique ce soit, et usée par mes vaines recherches, je sors avec de la menue monnaie et me dirige vers le cabinet du médecin, car le rhume carabiné qui m'est échu combiné à mon désir de cesser de fumer m'a tirée du lit, et je ne veux pas que cela passe inaperçu.

10h.34 Je m'assieds chez le médecin, qui, vous le constaterez, compte tenu des horaires que vous aurez noté, ne gît pas bien loin. À moins que je me sois changée, en cette ultime journée de 2008, en athlète jamaïcaine, ce dont je doute sérieusement. Il y a là : un couple quinquagénaire aux nez décuplés et vermeils, une adolescente mêchue et recroquevillée, une mère et deux fillettes, jumelles, habillées à l'identique, doublées de deux poupées qui parlent, fruit sans doute des tombées récentes de cheminée. L'une des poupées réclame à boire; la mère constate qu'elles, la mère et les échappées de Shining, ont oublié le biberon. Le médecin entre, martial, me salue, et emporte la mère et les quatre poupées, dont l'ivrogne.

10h.39 Je réalise que, n'ayant pas mon sac, je n'ai pas de mouchoirs propres.

10h.45 Le mouchoir déjà compassé que j'utilise trépasse. Je renonce au médecin et sors du cabinet, sous l'oeil soupçonneux des deux nez cramoisis. L'adolescente n'a pas frémi.

10h.46 Je profite de ce que la boulangerie se trouve à deux pas de chez le médecin pour prendre de quoi petit déjeuner. Il y a foule. Où sont-ils quans ils ne sont pas à la boulangerie ? Mon nez s'impatiente et je le compare fortuitement aux choux à la crème de la vitrine. La boulangère, une fois ma commande passée et les croissants dans le sac, me souhaite gaiement "Bon réveillon!". La main devant le blaire, je lui réplique : " De bêbe."

10h.47 En passant devant le cabinet médical, je cours, ce qui me rappelle la Jamaïque. La journée sera belle et j'entonne : no woman no cry, mais je ne croise personne qui pourrait me faire taire, malgré la densité démographique effarante de ce village. (voir 10h.46).

10h.55 Sur les 430 m qui séparent notre maison de la pharmacie, j'ai pu apercevoir sept pauvres types lynchés, -dont trois très nains- pitoyables, affublés du même manteau rouge à capuche que moi, version ourlée d'hermine. Je ne dois mon salut, je crois, qu'à l'absence de barbe que j'arbore fièrement, et au fait que tous les habitants soient coincés, pour une raison que je n'éclaircis toujours pas, chez la boulangère.

10h.57 Je suis congelée et j'ouvre la porte de la maison non fermée à clef puisque je n'ai pas trouvé les clefs avec mes dents. J'ouvre celle du jardin au chat rouquin qui vit avec nous et qui n'a pas encore appris à soulever seul les loquets plombés malgré l'agilité d'esprit et la hardiesse qu'il a acquis, à notre contact sans doute. j'ai la mâchoire meurtrie.

10h.59 Je prépare le petit déjeuner. 

10h.60 Je réalise comme précédemment mais une heure plus tôt qu'il est déjà 11h, que nous n'avons pas encore pris notre petit déjeuner, et qu'on ne m'aura plus, rapport à l'heure.

11h.00 Donc je crie : "À table!". Ce à quoi on me répond : "Deux secondes."

11h.00'02" Personne. Je m'attable. L'italienne qui me sert de cafetière siffle. Je reconnais l'air du café.

11h.06 Ma fille mange quatre kiwis. Je repense à la SPA. Je sifflote l'air de 30 millions d'amis qui me revient de l'enfance. Ma fille n'ayant ni mon âge, ni la tv, ne remarque rien. Je constate que les italiennes sont plus probantes, question sifflement.

11h.20 Je décide d'écrire cette journée et allume mon ordinateur qui fait le bruit de Wall-e au réveil. Pendant qu'il se met en route, je songe que si je rencontrais un type appelé pin, ou pain, ou peint (etc) et que je fricotais avec, je deviendrai l'amie de pain et ça me fait sourire.

11h.22 J'ai lu les mails viagra, rollex et autres denrées aphrodisiaques que m'offrent mes mails et je décide de passer aux choses sérieuses. Quand on veut on peut : je retrouve mon sac, ma cb, mon chéquier et les clefs de la voiture.

11h.24 Je déplace la voiture devant la maison. Une gentille voisine m'aide à manoeuvrer sur les 10 m que j'ai à parcourir. Vu que c'est la seule habitante croisée jusqu'alors dehors, je décide de penser, magnanime, que vraiment, les gens d'ici sont épatants, quand ils parviennent à s'échapper de la boulangerie.

11h.28 Je commence à décharger la demi stère de rondins que j'ai acquis hier au Sud de la Loire.

12h.00 J'ai le dos cassé et je décharge encore le coffre de l'auto. Ma fille vient me relayer. L'heure du Jeu des 1000 euros approche.

12h.20 Je renonce à vous expliquer comment j'ai mis 20 mn à brancher une rallonge à mon aspirateur. Le chat risquerait d'avoir honte de moi, s'il lui arrivait de lire. Il a avalé sans broncher un kilo de sciure, l'aspirateur, aussi je le tapote affectueusement et le range, au grand soulagement du quadrupède rouquin qui vit avec nous, et qui, a priori, préfère Bach.

12h.50 Je décide de faire des keuftés. Je mets donc du pain dur à tremper dans du lait, je coupe un oignon, sort du cumin en poudre, un oeuf, etc... ( vous pouvez me contacter en 2009 pour la recette complète.)

13h.50 Je ne sais pas où est passé le temps mais ma fille hurle à la faim et les keuftés ne sont pas cuits.

14h.30 Ils le sont, cuits, les keuftés, et le brocolis itou. On engouffre ça avec du radis noir au gros sel et de l'ail confit, notre régime de base.

15h. Je ne sais plus ce que nous faisons, mais je ne chôme pas, sans doute.

15h.30 Tandis que nous écoutons les Queens, je décide m'atteler à la préparation du fondant au chocolat que j'ai promis à nos hôtes de ce soir. J'ouvre le recueil de recettes : je lis intégralement les chapitres : "explications des principaux termes usités dans l'art culinaire", "Guide pratique pour l'usage des mesures et des poids". Quand j'arrive aux sauces accompagnant les gibiers, je réalise que ce n'est pas le bon livre, même s'il est signé aussi Ginette Mathiot.

15h.45 J'interromps ma lecture de "La pâtisserie pour tous", ouvrage culinaire et démocratique de G. M. (ci-dessus citée) : les sympathiques propriétaires de la maison que nous louons passent ; après un bref échange, je réalise que je n'ai pas purgé les radiateurs, ceci expliquant cela. (voir 10h. 15)

16h.10 Je rassemble les ingrédients pour le gâteau : comme il faut du beurre ramolli, j'attends.

16h.20, le beurre est ramolli. Moi aussi.

16h.50 Les dattes sont fourrées de pâte d'amande. Les oeufs incorporés au chocolat. Ginette is not dead.

17h25 Le gâteau au chocolat est au four pour 45 mn. Je téléphone donc à une amie pour le thé. ça fait chic et ça occupe, même si nous ne nous parlons pas en anglais.

17h.38 Ma fille me demande des timbres. Les enfants ont de ces lubies. En même temps, elle n'a pas goûté encore... Je me vêts d'une pelure triple fourrure. Je renonce à la chapka, vu que le grizzly n'est pas à ma connaissance recensé comme familier des pays de Loire et qu'en outre, j'ignore les dates de la saison de la chasse par ici.

17h.40 Le marchand de tabac qui fait office de vendeur de timbres à ses heures creuses me dit, déconfit : "La poste ne m'a donné que cela", en me tendant un carnet de timbres à l'effigie d'un immonde ourson ( ou renne, je ne suis pas très physionomiste), au dessus de laquelle on peut lire "meilleurs voeux". Je le rassure en lui disant que c'est pour ma fille qui a toujours eu très mauvais goût.

17h.45 Je marche tranquillement pour passer inaperçue, car il y a foule dans la rue. Je n'ai pas entendu les CRS intervenir à la boulangerie pourtant proche. Je constate que personne, même pas les forces de l'ordre, n'a eu la bonté de décrocher des gouttières les désopilants pendus vermillons. Vu qu'à l'enseigne de la pharmacie, ça annonce 0°C, je leur souhaite bonne nuit et leur rappelle que notre premier ministre M. Fillon a fait voeu que tous les SDF ne refusent pas les abris qu'on leur offrirait cette nuit. Je m'imagine avec ces sept lascars à la maison, et je trouve que Fillon pousse un peu le bouchon. 

18h.02 Le minuteur sonne. J'en déduis donc que : soit je me suis gourrée sur le compte à rebours, soit le minuteur qui a chuté multes fois dans des casseroles disfonctionne tout à fait. Quoiqu'il en soit, je vérifie la cuisson du gâteau au couteau, méthode ancestrale mais à l'efficacité prouvée, vu que je n'ai pas le temps de me plonger dans le mécanisme ultra perfectionné et certainement retors du minuteur.

18h.11 Je sors le gâteau : je déteste obéir aux minuteurs.

18h.14 Je recolle avec de la super-glu mes bottes qui n'ont pas supporté mes allers et retours répétés dans la rue. Du coup, je recolle tous les objets cassés que je trouve...

19h.00 Nos invités du thé partent. Je ne trouve pas la recette du nappage chocolat. Je téléphone à ma soeur qui maîtrise ça à fond. Ayant besoin de deux gouttes de café corsé, et ne voulant pas décevoir mon italienne domestique, en cette fin de présidence de la France à l'UE, je finis le café. Voulant tourner le sucre dans la tasse, je réalise que j'ai dans ma folie réparatrice collé la cuillère, la tasse et le sucrier à la table.

19h.53 L'invitée de ma fille et elle-même attaquent le nappage chocolat à la spatule, ou plutôt, comme on appelle les chiens, attaquent directement les spatules. Moi j'attaque la table, pour décoller les couverts.

20h.39 Des gens font des va-et-vient (au pluriel, est-ce que vient prends un "s"?) dans le couloir les bras chargés de bûches et de rondins. Je me planque et fais comme si de rien n'était. J'ai trouvé: je crois, la voie de la reconversion. J'acquiers un entrepôt, j'y construis une cabane surmonté de l'écriteau " ici on vend du bois", j'épouse un bûcheron et l'affaire est dans le sac. Cette idée revigorante et le café corsé me secouent : il est temps de partir en soirée. Vu le temps que j'ai pris à choisir mes collants (voir 10h. 15), je renonce à me changer et rajoute juste du rouge à mes lèvres, pour les coordonner avec mon nez.

20h.46 Je reprends donc plus tard. Je m'attends au pire.

dimanche 28 décembre 2008

Encore une fois. Ou deux. Ou plus encore. Une fois.


Lorsque vous adopterez cet animal, - parce que la solitude féroce vous étreignait, pour palier à l'absence criante de votre ami(e) ou simplement par désoeuvrement, n'omettez pas certains points cruciaux.

Cet animal est cruel: ne se nourrit que de chair, de peau et d'abats, malgré l'apparence minérale que lui-même arbore.
Cet animal est sauvage. La porte ouverte, et le petit matin est sien. Et allez le rechercher parmi les foules de semblables qui dévalent les boulevards, allez! Votre âme perdue s'y dissoudrait définitivement.
Cet animal est blessé : votre temps, vous le perdrez à d'incessants soins, et vainement encore. Rien n'y fait, ni onguents, ni caresses, ni potions, ni lourdes pharmacopées. Contagieux, il dispense ses blessures comme le vent les graminées répand. Votre corps au sien mêlé, et vous serez domestiqué, comme l'ogre domestique l'enfant en quelques bouchées.

Mais si vous voulez prendre des bains d'étoiles, vous enfouir dans des songes sulfureux, sonder l'enchantement, vous endormir écrasé de parfums et de poudreux espoirs, commencer le jour même ce que vous remettiez aux lustres, croiser de nuit le naufrage, corser vos jours d'avaries, feinter la fin et aborder le début des temps : n'hésitez plus.

Même d'occasion, cet animal a des vertus dépoussiérantes; de seconde main même, il vous défait vos hiers et vous rend à votre aujourd'hui.

Et Neuf comme l'an, Ah! Dîtes-m'en des nouvelles, sitôt qu'il aura trouvé gîte et pâture dans vos quartiers.

ps : n'oubliez pas de le faire vacciner régulièrement contre la rage, cette antique et méchante maladie qui menaçait, jadis, nos chiens. Et mordez-le de temps en temps, il appréciera vos hommages.

samedi 27 décembre 2008

after pileux/bilingue ou plus

Fly me to the moon
mais d'abord nettoie le lavabo.

Shoot the moon for me
mais before, learn by earth quelques vers vénéneux à me débiter au rabais,
des élégiaques, évidemment,
'Manquerait plus qu'on s'académise, qu'on s'emmarbre avant le grand saut, qu'on se pétrifie le bec cloué en décontant l'histoire de notre natale.
Relie moi
à l'envers : dans les eaux des fleuves, même.

Et puis, et puis,
plus nous serons de fous, plus nous serons nombreux
aux poils de la bête qui nous gît au gosier,
moins les raseurs auront de quoi raser.

lundi 22 décembre 2008

traîner dans les galeries marchandes


L'enfant dans le caddie étouffé par les cadeaux,le faux foie gras, les vraies injures, les habits neufs de la misère, les guirlandes et les noms d'oiseaux, les dessous rouges et blancs, les hottes à la gueule remplies, Jingle bells à péter les ouïes, des lutins véreux par centaines, "Ne pas gerber" sur les cartons...

... et puis, le père Noël a enlacé un type que je ne connaissais pas.

L'heure est grave et l'homme aussi
je me suis dit.



Alors je n'ai plus cru en lui.

mercredi 17 décembre 2008

28 Avril 93

D'abord la levée d'armes. Tutututtt .
Qui s'étaient couchées un moment.

lundi 15 décembre 2008

Les fils de la nuit vacillent ici.
Des ampoules aux ciels du village des Gentils.
Et le bon gros fleuve, occupé à ses retours de marée, qui ne sortirait pas de son lit pour les éteindre.

samedi 13 décembre 2008

via mon cousin/à chaud

Mon cousin hier m'a refilé ce lien:
http://fr.youtube.com/watch?v=JzNW7IBXL_A

&, laconique comme savent les cousins parfois, a écrit :
"Elle a cassé sa pipe Jeudi."
Tu copies, tu colles, tu vas voir.

Jeudi la neige fondait à Bar le Duc, et ce soir, en suivant le lien, j'ai réappris la patience.
Comme on regarde s'ouvrir une fleur, désespérément, avec sérénité.
Et on sourit. Béat si l'on peut. 

Un lien pour lier comme la sauce, les lacets, connaissance.
Comme on se prend les pieds dans les vers. 

Jeudi, la dame fleur de 1950 cassait sa pipe comme une rose.


vendredi 5 décembre 2008

écrivez donc les dernières paroles

Et il arriva ce qui devait arriver : elle se fit lynchée tout cru sous les yeux désolés de ses derniers amis.
Mais comme ils étaient rares et, pour ainsi dire, deux,
un mâle et une femelle,
ils purent se consoler prestement*,
ce qui la soulagea beaucoup dans le Royaume des Morts, - où, soit dit en passant, le Roi, - car puisque c'était Royaume, il devait bien y Régner quelque chose - , ne daigna jamais venir lui présenter ses hommages, tout le temps qu'elle y demeura. Mais c'est déjà une autre histoire.


* encouragés pour cela par ses dernières paroles que je ne puis livrer ici sans craindre de blesser les oreilles toujours chastes de ceux qui etc ...

jeudi 4 décembre 2008


Avoir bon coeur, bonne plume. Payer cash l'électricité.

digestion et ballonnements/(conversation à mots repus)

Que ce soit une confession ou un saucisson
qui soit de foi-c’est phonétique-
Quelle différence ?

Mange et tais-toi.

Dire ce qu’on a dans le ventre
C’est toujours une histoire de tripe et de boyaux.
D'appétit et d'écoeurements.

Tu as fini ? Je débarrasse ? Allume : c’est l’heure du 20 heures.

20 heures déjà ?

Si c'est l'heure du 20 heures, c' est 20 heures.

Merci Maman. Je vais me taire.

Prends ton dessert. Serre ta ceinture.


mercredi 3 décembre 2008

mercredi jours des enfants












Noël qui approche
Ne m'enguirlande pas

la police dans les écoles qui vient chercher des enfants
des enfants que l'on peut mettre hors jeu dès l'enfance

des dindes et des poulets gras accompagnés de dogues en guise de marrons
qui décident
pour moi
de ça...

Ma fille, tu n'es pas née mouton du ventre de ta mère.

mardi 2 décembre 2008

une histoire pour s'endormir

Le récit d'un rôle

Incapable de tenir le rôle que je m ‘assignais dans la vie auprès des rares contemporains que je fréquentais, rôle déterminé dès ce départ dans La Vie qu’est la post-adolescence*, variable il est vrai d’un individu à l’autre mais totalement moyen pour ce qui me concerne, à savoir générosité, candeur et désespoir mêlé d’optimisme, il me sembla préférable d’endosser la pelisse de la réalité – et de la tailler large-, et de porter haut le masque de la mesure, de la décence, de la continence et de l’honnêteté.

Ce, à un âge avancé déjà, où tout artiste sérieux achève sa carrière.
De gré ou de force, selon les conditions climatiques et la panoplie de virus en cours.

Dès ce jour, affublée des oripeaux de seconde main, voire de tierce sinon plus, de la bêtise, n’ayant plus le courage ou la force de me laisser tordre dans des bras au bon vouloir des rencontres et n’ayant à prouver, comme les autres, que ma normale normalité, à savoir ma capacité à engloutir ce que l’on me sert en part individuelle pour finir grégaire à l’abattoir, je me tenais droite, irruptive quasi de froideur, offusquée du mot plus haut que l’autre, consommatrice sans éclat. L’innocence honnête et passe-partout, garantie de durabilité et même d’invisibilité.

Quelle fête !

Pas un poil qui dépasse – Mais où sont d’antan les grisantes aisselles crépues ?

Désertée par l’évidence violente, accouplée à la morgue, adepte du « c’est la vie chacun la sienne » « c’est malheureux mais c’est comme ça », « égalité égalité mes autruis », pleine de regrets et d’espoirs, concordante : j’étais de la confrérie.


« Je suis au Monde ! Je suis au Monde ! »
Aurai-je pu m’écrier sans démentir ma prime naissance mais ensevelissant d’un coup tous les possibles que la désespérance affectueuse de mes géniteurs avaient placé en ma carcasse, - car on ne procrée que si l’on est sérieusement désespéré, ou bien complètement aveugle.

Les portes des palais s’ouvraient grandes double-battants tintouin fanfare volupté sans excès : foyers où de solides familles m’asseyaient à leur table, me servaient des rogatons généreux et se débattaient dans leur tiédeur, services administratifs de nos temples culturels où seule la médiocrité du sens pouvait concourir aux côtés de la prodigalité et du faste …

La gaîté te déserta-t-elle ?

Oui, tant que dura ma peur. Voilà ce que je partageais franco de port avec mes voisins proches et lointains. Mais c’est lorsque mes amis que je rognais des yeux, enviant leur faculté à être demeurés tels qu’au premier jour, eurent été contaminés, que je jetai bas le masque, m’arrachai la pelisse et filai chevauchant le centaure plutôt qu’être chevauchée encore.
Il ne faut pas vendre la peau de l’âne …

Tous les temps se mélangent : Présent, Passé, Futur, … et il n’y a plus une concordance à respecter.

Ma vie ! Ma vie !
Ô Futur antérieur !


* vilain mot plus médical que littéraire mais qui couvre une réalité plus étendue et plus dense et plus convulsive que n’importe quelle symptomatique trope.

lundi 1 décembre 2008

Demander secours aux animaux

LE BÉLIER
& LE PIED DE BICHE
POUR LES PORTES REFERMÉES SOUDAIN

LE PERROQUET
POUR LES SÉSAMES LES PASSE-DROITS & LES POUR-PARLERS

LA POULE ET SON LAIT
POUR LES LONGS SOIRS D'HIVER GERMANT

LE LION
POUR LE COEUR EN CAPILOTADE

LA BÊTE
POUR LE POIL
À REPRENDRE

ET L'EPILADY* POUR L'ÔTER.



* Epilady est un terme commun de zoologie, appellation courante qui désigne l’imago électrique de l’ordre des lépidoptères. Son stade larvaire (mécanique) est la Pince à épiler. Un stade intermédiaire, le Rasoir, a toutefois été observé.

savoir dire merci aussi.

vous étiez installée doucement morfondue dans votre exil, vous parliez dans votre tête du temps qui passe sans vous, vous commenciez à mordre dans les cailloux, et puis, ça débarque avec un gâteau qui pépite dans la nuit tombée vite, ça téléphone et dans trois langues vous fête, ça vous fait cadeau de dessins à distance, ça sort les couverts et les casseroles et ça met les pâtes fumantes dans les assiettes, ça déborde de sourire, ça vous décore une boîte de mouchoirs en papier et vous écrit un mot d'amour, ça vous mail des messages lointains à l'oreille, ça vous prend à la gorge d'heureusement, ça vous ravit, ça vous ravive, ça vous colle au coeur des bonds, ça vous relie, ça éloigne Bombay, ça redonne goût de bombance, ça coule dans votre dos comme une caresse, et vous vous asseyez, là, vers 23h, devant la machine à taper, et du bout des doigts vous envoyez des baisers. MERCI.
de alain Reno

un Souvenir des années 90.

Le visage, d’abord, d’un Irlandais. Rougeaud, casquetté, négligemment bien vêtu. L’image épuisée, - les pintes vidées, l’œil vide, les mains tremblantes-, je passe aux alentours. À côté, sur la droite, mais visible en pied, un quadragénaire mi-chauve et santiagué, et face à lui, une belle étudiante (devant elle, sur la table, une chemise épaisse de copies, et des yeux à gober le mi-chauve, donc, me dis-je, c’est une étudiante.). Et le type dit, - que j’ai cru Irlandais- : « Je vais me foutre en boule. Laisse-moi travailler. ». Et un autre, un qui a des livres de l’édition de Minuit enfouis à demi dans ses poches, réplique : « Casse-moi la gueule ! Vas-y ! Moi, je suis franchouillard. Franchouillard ! » L’Irlandais-qui-n’en-est-pas-un saisit une valisette en cuir cossu, et un étui à guitare, et l’autre poursuit : « Je ne suis pas juif. Je ne suis pas musulman. Je suis franchouillard. Et je vous emmerde. Et je vous aime. » C’est définitif. Il se penche dangereusement sur la table, celle qui jouxte celle du mi-chauve, ahuri. L’Irlandais, embarrassé de ses valises, sort. Le demi-porteur de minuit retourne au comptoir sans commentaire. Le mi-chauve et l’étudiante sont indemnes. Une lueur de complicité passe dans la croisée de leurs regards. Le mi-chauve peut commencer, - et je l’entends distinctement : « ça me tient à cœur. » Je n’avais pas vu, une autre belle fille, à la peau noire, l’accompagne, qui est assise un peu en retrait. Il lui a adressé un clin d’œil. « Dites- moi le texte, et on verra. » Ce doit être un maestro de l’université, un gourou pour étudiantes qui parcourt parfois l’Afrique pour en rapporter des perles d’authenticité. Je laisse dire : « soixante-dix… Quelque part le mistral… Jour plombé » De la litanie que la voix sans relief de l’étudiante verse dans la rumeur feutrée du bistrot, je ne saisis que des bribes. « Soudain. Peu à peu… Sinon précisément privé(e ?) de sentiment … Et un monde…À genoux… Debout…À genoux... » Lacunaire ânonnement saisi de loin en loin. Le mi-chauve : « Tu as du mal » Elle, reconnaissante : « Oui. Je ne vois plus. » Elle crispe son corps et ses mains que je distingue enfin, sages jusqu’ici sans doute sur des genoux, les siens à elle, ses mains serrées sur ses couverts. Ils sont donc à déjeuner. Eux deux, car la belle femme à la peau noire, en retrait, n’a pas d’assiette. Il reprend : « Il faut le commencer ainsi : Soixante-dix… » Et il enchaîne, causant d’un procédé absolument innovant, les visages peints de blanc, émergeant seulement du rideau. « Pour cet auteur, on n’a jamais imaginé cela. » Et il tourne un peu sa calvitie entamée vers l’autre femme, la tapisserie de peau noire. Après l’exposition en plusieurs longues minutes de la mise en scène éventée, « un procédé… minéral ! », qu’il étire en haussant le ton, elle dit simplement, l’étudiante reconnaissante, ses yeux dans les yeux du mi-chauve : « ce serait bien. ».

Je reprends le 47, vers les Halles, plus d’une heure après le café de Jussieu. Le type à casquette est là, que j’avais pris pour un Irlandais, sur la plate-forme centrale. Maintenant un glaïeul vermillon est ficelé sur sa valise de cuir rigide. Queneau me tient la main. Je n’ai pas perdu mon temps.

dimanche 30 novembre 2008

Un terrain vague Mon seul corps 
j'ai

j'irais bien me dépayser.


samedi 29 novembre 2008

proposition végétarienne

Les bêtes
Soudainement ralliées dans la même gargote
Discouraillaient

Du bien fondé
Si mal
De quelque proposition avariée.

L’oreille aux aguets j’enviais
La clarté de leurs sains décibels
Qu’Écho, la nymphe Écho !
Renvoyait dos à do
Aux murs de l’abattoir.

Le mutisme des chairs 08/2005

LE MONDE APPARTIENT.

(à ceux qui se lèvent tôt)
À 5h15, ils décantent. Les seigneurs de la Terre ont les yeux avachis.. Leurs lèvres sont flasques et serrées. Leurs teints sont uniformément gris. Leurs femelles ont les épaules de plomb et les seins ne se dressent que dans des hoquets qui digèrent la nuit brève. Elles relaient leurs mâles.

Ce qu'ils abusent de vie se passent sous silence.

Leurs cernes spongieuses ressemblent aux caniveaux tinettes et aux gouttières gonflées de muqueuses précipitations que certains d'entre eux dégorgèrent, cette nuit, contre maigre salaire.

Les territoires qu'ils remportent par lambeaux dans leurs courtes chambres sont : un siège délavé, un bloc de béton que la gueule de la pelleteuse nocturne, menant siège au pavé, semble arracher au ciel plus bas encore que leurs fronts, l'épuisement de la planète.


Ils ne sont assaillis ni de projets ni de songe.

On les voudrait croire revenus du désert. Mais leurs semelles ne brûlent pas les bitumes qu'ils foulent, et à peine si, dans les grasses poussières qui couvrent les vestiges de la veille, leurs pas laissent une empreinte confuse.

L'un d'entre eux, le menton planté dans la poitrine, mâche son instant les yeux mi-clos. Il bredouille dans une langue ignorée de ses voisins quelques sortilèges vidés de sens.

Car chacun de ces seigneurs méconnaît le dialecte, les frontières anciennes, et même les épices préférés de celui ou de celle qui le côtoie. Le petit matin n'est pas une table ronde. Le petit matin est une terreuse Babel exténuée.

Pourtant tous sont bien des seigneurs de la Terre : le président du pays qu'ils balaient, construisent, rafistolent l'a proclamé. Il a fait d'un proverbe usagé une mine de corindon.

"Le Monde appartient à ceux qui se lèvent tôt."

Ainsi aux visiteurs du petit matin, l'accession au titre de propriétaire.

Ainsi la vie. Dans une contrée où les seigneurs véritables se coulent dans des tanières, entassés, brisés, à l'heure où les maigres couvre-feux éteignent dans les cages d'escaliers insalubres les derniers sursauts d'allégresse et de désir que réservaient encore d'antiques rêves. Les possibles se dissolvent dans les rumeurs du matin.

12.06.07 Gare de l'Est (Le train pour München a fondu : il ne s'arrête plus de ce côté de la frontière. Ou bien la frontière a fondu?)

Passant, passe, saute ou vole!

On n’échappe pas à son support.

J’ai préféré croire que cela faisait partie intégrante de l’oeuvre. Et puis, j’ai compris que non. Et pas même une blague? Alors j’ai ri, déployée, ai pris mon téléphone qui me sert d’appareil photo et j’ai capté.

Captivant. L’oeuvre, c’était un salon: sols et mobilier, pensé par une designer, dans cette salle d'exposition du Hangar à Bananes, sur l'île de Nantes. Jusque là, rien de particulier, si ce n'est cette chose inscrite au sol et pour laquelle l'enfant se fit rappeler à l'ordre ...

De là, des conséquences multiples et cocasses :
Qui ne sait pas lire entre au salon, passe l’interdit, et au choix, se fait rappeler à l’ordre du verbe, en défense de la matière, par les jeunes échappés des écoles d’art ou de communication qui font office de gardiens, ou bien échappe à l’oeil prohibitif et piétine l’art allègrement et en toute ignorance.
Peut même, sans savoir déchiffrer, s’inquiéter de ce qu’on ait grafitter un salon…

De là : le hangar à banane est un garde-meuble.
De là : si on protège, c’est parce que ça ne doit pas servir, ni s’user.
De là : enfant, je pouvais entrer dans des oeuvres à Beaubourg. Ma fille, - une génération- ne peut
plus ; elles sont enrubaumées de rouge. « prière de ne pas toucher l’oeuvre ». La voie de disparition ne concerne pas seulement la nature.
De là : pourquoi encore les exposer si on désire les conserver ? Pour signifier : "quel humour, hein, ce faiseur de ready-made, hein ? Qu’il est vivant, ce mort !"

Mais de là, le mort regarde et se dit sans doute (parce qu'il ne jure qu'en anglais) : « oh my god, ils n’ont toujours pas compris… »

Artiste, choisis bien ton support !
Pour ma part, je préfère les hommes.

Hommage à l’art vivant des morts
Sept 2008

jeudi 27 novembre 2008

the crabs basket



Un sport que j'ignorais.
L'approche du verbe par circonvolutions. De l'auteur du verbe. 

Prenez un texte vieux de cinquante années. Un auteur dudit texte plus vieux encore, par conséquent. 

Corsez l'affaire : choisissez-le américain. Donc, une figure d'outre-atlantique, pas encore d'outre-tombe, et des textes dits "de jeunesse". La fable est bonne. Fichtre, un grain de ce qui fait le corps d'un texte de théâtre manque, dans cette traduction que vous possédez vieille de cinquante ans, presque. C'est vieilli. 

Vous voulez vous assurer de la fraîcheur: vous entreprenez de lire en V.O. Vous lisez : rien à voir! C'est tonique!

Vous vous prenez au jeu de traduire, évidemment. D'autant que vous projetez de monter ces actes vivifiants. Au fil du passage d'une langue à l'autre, fidèlement rigoureux, à la virgule près, vous vous enthousiasmez au point de projeter une mise en scène : branle bas de combat! 

Pour obtenir un théâtre et des productions : il faut un dossier. Pour faire un dossier, sauf arnaque, vous plongez. Vous plongez donc. 

Le directeur du théâtre ne dit pas non. Il repousse d'une saison mais ne dit pas non. Il aurait dit oui que c'en aurait été prodigieux, par les temps qui courent, où chacun, en position de repli, prend des risques à la mesure du possible. 

Des directeurs de lieux pour être partenaires : lettres d'intérêt, marque d'intérêt. Ou pas. Certains s'indignent, répondent par mail, ou prennent leur téléphone : vous êtes bien naïf pour envoyer comme cela un projet alors qu'on ne vous connaît ni d'Ève, ni d'Adam! À quoi vous attendez-vous? Les Théâtres, ce ne sont pas des lieux publics, non plus, ou on va et vient comme on veut! Et c'est dur pour tout le monde! 

Puis, dans les semaines qui suivent les intéressés se défaussent : les budgets amoindris ne permettent pas. Rappelez-vous que vous n'êtes pas visible, que vous ne faites pas partie du sérail, ni d'aucune famille. Qu'à cela ne tienne : vous allez rencontrer une actrice que vous aimez particulièrement, et qui est grandement visible. Et autour, vous vous accompagnez d'autres acteurs, familiers, que vous estimez fort, pour assurer le tout. Vous préparez des "actions" préparatoires, autour du projet : un travail avec des amateurs, autour des générations, entre un centre de détention de mineurs et une maison de retraite : vous gagnez la confiance des institutions tutélaires. Vous demandez une aide au ministère : un dossier précis à remplir dans des délais fort limités. C'est envoyé dans les temps. On vous demande les droits. Vous demandez le droits. À la Société des auteurs. On vous envoie chez un agent. Les enfers, vous étiez à leur porte. 

L'agent dit non : l'auteur ne veut plus de traduction d'aucun de ses textes. Pas de nouvelle traduction. Et surtout pas de quelqu'un de hasard, non reconnu chez les traducteurs. Et de toute façon, vous êtes bien naïf pour porter comme cela un projet alors que vous n'avez pas obtenu l'autorisation! À quoi vous attendez-vous? Les auteurs, ce ne sont pas des dieux publics, non plus, ou on va et vient comme on veut! Et c'est dur pour tout le monde! 

Que faut-il pour une autorisation, vous demandez benoîtement? Clairement répondu : de l'argent, d'abord. L'à valoir. Avaloir ? La gueule des enfers. Des sous. Plus le budget de la production, la jauge du théâtre etc... Mais, benoîtement, vous dites, pour déterminer la jauge et le théâtre, il faut proposer un projet au théâtre, et pour proposer un projet, il faut savoir de quoi qu'on cause, et dans le cas présent, 'vaut mieux avoir passé de V.O à V.F. Non c'est non dit l'agent. Le chien à trois tête. 

Le serpent se mordant la queue, vous écrivez à l'auteur via l'agent en espérant qu'il sera assez fair play pour envoyer le tout presto. 

Attendre. 

Pour s'occuper, peaufiner la distribution, contacter d'autres possibles co-producteurs. Le Ministère vous conseille de reporter d'une saison votre projet : vous vous y pliez.

D'ici-là, pendant deux années, vous boirez de l'eau et vivrez de bols d'air. 

Reprendre. 

Demander à l'agent des nouvelles de la missive : c'est non, catégorique, "de l'agent primaire". Entendez, l'agent outre atlantique.

Est-ce la fin ?

Non! Le détective qui dort en vous se met à l'enquête : il existe de récentes traductions de cet auteur chez un éditeur conséquent. Un mail. Le lendemain, la responsable théâtre de la Maison d'édition vous rappelle : on ne commande pas de traduction, vous comprendrez pourquoi (?), mais voici le numéro du traducteur, et s'il accepte, dites-lui bien qu'on publiera. Pas fous : l'auteur est en âge d'offrir des garanties posthumes.

Vous appelez l'auteur après avoir reluqué son site mail. Ce n'est pas votre tasse de thé mais à la guerre comme à la guerre. Il décroche : il vous raconte toutes ses relations privilégiées avec une grappe d'auteurs fort connus, à tu et à toi, venez chez moi, etc. Laissez dire. Vous racontez tout de votre chemin de croix, côté légende dorée : le théâtre, les acteurs, les marques d'intérêt. Vous finissez par la traduction. 

Il ne voudrait vous en "spolier l'autorité". Seulement, l'auteur que vous désirez traduire, c'est un auteur pointilleux ( force anecdotes), coûteux ( force anecdotes), et il lui a confié ses deux dernières pièces ( force anecdotes). Mais évidemment, si vous avez traduit... 

Bref. Vous faites carpette. Vous avouez que peu vous chaut de toucher des droits : ce que vous voulez c'est un texte valable, fidèle, proche de la tonicité de l'original. Vous lui demandez la faveur suprême : qu'il traduise. Aïe : il est très occupé ( force anecdotes), il a eu des problèmes avec le théâtre que vous sollicitez (silence radio), mais, mais, mais! En ce moment, justement, mais là, juste là, pas à sa maison de St Cloud, non, mais dans la boîte aux lettres de son petit bureau du VIIIème, si vous pouviez poser votre traduction, et les textes en V.O ( parce que le temps qu'il les retrouve dans sa bibliothèque, vous dit-il...) : pour les droits, ne vous inquiétez plus de rien, il s'en occupe. Vous dîtes faussement-benoîement: Ok.

Nègre, comme on dit, teinturier, comme je dis : vous n'aviez jamais fait totalement.

Peu importe. Vous sautez de joie, dansez sauvagement, criez Youppy-Youppy. Une amie ira porter les textes que vous lui aurez envoyé, - parce que comble d'épreuve, vous n'habitez pas la capitale.
Vous prévenez les comédiens, le théâtre... Plus de barrière, les droits : on fonce!

Lendemain de Joie. Le théâtre appelle. Non, ça refuse de travailler avec ce monsieur. Un nabab has-been. Un filou.
Ok, mais qui détient les clefs de ce texte.
Bon courage.
Merci...

Vous avez envoyé par courrier 6 fois le texte, 48 dossiers, rempli en plusieurs exemplaires une dizaine de pages dont budgets et descriptif précis de mise en scène, traduits une centaine, pris par trois fois aller-retour le TGV pour rencontrer ceux qu'il fallait, passé d'incalculables coups de fil, sué, parlé, convaincu, - 7 mois. Le temps, l'argent, l'effort, tout, à vos frais. Rien. Dans le même temps, si vous aviez un petit lieu, vous auriez monté deux fois le spectacle, et travaillé avec le public que vous auriez inventé, avec cette énergie qui vous déborde. 

Heureusement, vous aviez bien ri et moitié pleuré en lisant les pièces. Vous pouvez tirer vanité de votre opiniâtreté et substituer votre persévérance à du courage. Vous pouvez pleurer sinon.

Pas envie de pleurer. ça pète partout dans le monde. Il y a un enfant à élever joyeusement. Il y a des amis, des inconnus à connaître, de l'amour à défricher. Il y a une terre folle à fouler, apaiser, épanouir, partager.

Et ça fait du bien de se vouvoyer soi-même ...

mercredi 26 novembre 2008

bon débarras, vieilles choses

Commencer. Il était Grand Temps. Distribuer les verbes et les images. Semer. Raconter en sillons. User des fossés et des autoroutes. Oser les bifurcations, les déroutes, les raccourcis, les saut-de-loups. Divertir. Rapporter. Offrir. Adresser. Sortir les frusques d'autrefois, qu'on peut toucher de la main pourtant encore et : 
" BON DÉBARRAS, VIEILLES CHOSES!"



Reviennent les hirondelles
Répétons ce qu'on a appris
Mais non : ce ne sont pas celles
qui en Automne étaient parties.

Ce qu'on croit savoir des retours. 2006