C'est une rivière au lit désOrienté qui ne retient pas ce qu'elle a reflété un instant. Son cours délivre des tas d'images pieuses ou pornographiques en déroulé au jour, des rues gonflées de têtes, des bains assassins, et jamais de silence. Le silence n'a pas gravé son reflet.
Son lit cailloute et chante, les ressorts de ses ondes remuent leurs omoplates, les cascades dans ses bras sautillent, ramures cocasses. Et la nuit, ce sont les profondeurs qui lui remontent aux lèvres, graves, huileuses, acides, sournoisement : algues malfaisantes aux voix aigues, vases enchantées, limons et merveilles enfouies depuis des lustres, cadavres dérisoires de moustiques noyés, baves d'étoile, huîtres ventrues saisies de spasmes, carpes anciennes aux racontars fumeux.
Mais votre bouche aspire sa joie à sa source. Votre bouche jadis respirant ses poumons, s'accolant à ses lèvres, parlant tous ses langages, votre bouche consent à la déposséder gobant en ronde bouche toutes les hypothèses de l'économie de mémoire.