mardi 14 janvier 2014

Prodigieux manoeuvre






Je ne peine pas à t'aimer, moi,
bête des sommes où je rêve loin de toi
mais
je ne me console pas non plus, augmentée de ta main, fleur au jardin pendu - 
ta main preuve certaine du monde dansant autour 
- s'il en fallait des preuves -
du monde extasié sous le feu de ma peau au chevet du tournis,
tournis du soleil fou qui lève nos matins,
ta main qui jamais ne s'essouffle, tenace ganse d'amour, 
fourbisseuse d'extases, masque dévoilant les voiles,
ta main, poumon obstiné que ma main
entrelace ta main            où je m'éveille dans une liasse 
d'étoiles                                                                 à savoir :
- revers qui repousse l'avancée têtue
de la menace évidant son fuseau ténu d'heures rapaces, 
revers à mon envers, velours en carapace                       puis
- paume, irriguée des lignes de mes pages, 
aventureuse paume irradiée d'or, joueuse d'un jour, 
raconteuse précise et obstinée, paume enceinte de ma joie singulière 
bombée dans son berceau de parme,
paume qui s'embarque dès l'orée des contours, et m'endort   puis
- bouquet d'orpailleurs, réunion de virtuoses, doigts volubiles, 
ondoyants danseurs de ma piste ductile, fauteurs de troubles, 
sourciers insoumis que démultiplie la fonte des rêves,
floraison sur l'étang de ma chair épanouie, 
grands causeurs, dix de coeur à la proue,
pulsation de la pulpe sous l'incarnat languide,
                                                                       puis 
passant à la poupe, chavirante naissance, 
aveugles nautoniers de la reconnaissance...

Je ne me console pas non plus, augmentée de ta main - étreinte de la mienne -
des années dépassées où nous ne nous savions 
ni du même espace ni de la même langue
où s'attardent nos mots
 - ces signes volatiles dont fusent les baisers -