vendredi 14 janvier 2011








vivre sur un grand pied

et le prendre à son tour












jeudi 13 janvier 2011

l'élève volubile au maître taciturne



je l'embrassais de droite à gauche pour qu'il ne puisse pas me relire



mes langues il savait les traduire, toutes
alors j'inversais les phonèmes de mes cris, et de mes soupirs
j'ôtais au hasard des voyelles
mais il me déchiffrait couramment

je composais sur sa peau des labyrinthes de cursives
mes ronds de jambes autour de lui rapetissés
tressaient des notes byzantines
mais il décryptait dans nos nuits tactiles le moindre de mes billets

je pratiquais la paragoge : nos jeux se faisaient plus subtils
je me bourrais de fautes je collais mes syllabes j'éreintais l'alphabet de six ou sept idiomes
je compliquais je raffinais j'usais de l'argot des bouchers
du sabir des nouveaux-nés du jargon des économistes : en rouleur de sémantique
il me feuilletait
virtuose

j'inventais des galimatias composais pour nos retrouvailles des hymnes
aux rythmes fracassés jamais je ne donnais signe des fins ni des commencements
je brouillais biffais balbutiais je tourmentais de mon corps les lignes
mon silence il le défrichait, en tirait des codes nouveaux
à ses yeux j'étais facile

jaillissaient en saillies limpides
des fontaines d'onomatopées
et ma salive sympathique lui révélait ce que recèle
les dessous de mes confusions

mes clameurs s'agglutinaient
en sibyllines mélopées
mes hourvari modulés tordus brassés entrelacés
il y ripostait chevronné
je m'épuisais en sourdine je me taisais je respirais
expert, il me pénètrait sans peine
mon souffle lui battait aux tempes
ses yeux ne se fatiguaient pas
ni ses doigts parcourant les traits
tirés semblables aux alambics
où l'on distille les philtres d'amour

Bref
j'usais de combines vulgaires : pourvu qu'il ne me saisisse
pas d'emblée qu'une charade dans un coin des lèvres aiguise sa curiosité
que dans le repli de mes chairs un chant inconnu le retienne
que les ténèbres confisqués dans la toison de mes rébus
l'assoiffe et que décousue
je lui sois toujours inconnue


mais j'ignorais femme ingénue que le sens était sa chapelle
celui des corps que l'on épelle à foison et en diagonale

il finit par me survoler comme un vulgaire mensuel



je l'embrassais de droite à gauche pour qu'il ne puisse pas me relire




mercredi 12 janvier 2011

de celle qui veille à celui, fleuve endormi






il a du l'entendre


courir le long du court Désir

passer la grille sans mot de passe


il a du l'entendre


griller le feu du boulevard

sauter au dessus des zébrures

gagner le trottoir détrempé

bondir Brady et l'Industrie

défier son diaphragme au 100 mètres


il a du l'entendre


cueillir le juste numéro

au grand loto de la chaussée

reprendre sa respiration

flotter devant les boîtes au lettres

avaler des volées de marches

onduler aux coudes des couloirs

aux étages dans sa hâte éblouie

presser ses lèvres sur ses paumes

mordre au sang puis se mutiner contre

les minuteries lunatiques


il a du l'entendre


à l'aveugle se cogner un peu

tomber et se relever

se relever et puis tomber

vaillant têtu éperdument

et vouvoyant le paillasson

souffler au seuil de son studio

vaste et puissant poumon d'aurore

poudre de rêve versatile

ne pas toquer quitter sa hâte

épousseter sa redingote

secouer son plumage en sueur

se rajuster dans la poignée

frémir devant son ordinaire

puis en monte en l'air des grands soirs

ajourer le blindage gris

laisser céder les charnières

laisser les gongs se délasser

se glisser en caressant l'huis

s'aventurer dans son silence

strié de ronflements ravis

et chercher à tâtons son lit

s'y couler - fleuve de mirages,

lequel de tes yeux bleus de cendre

dois-je fixer pour me faire entendre?-

remonter jusqu'à ses ouïes

en partant du bouquet d'orteils


il a du l'entendre

même endormi

le verbe d'amour imprononçable

qu'a inventé mon insomnie


mais des cloches

sans doute des cloches

et un troupeau de moutons blancs

au visage ovale et souriant

lisse de laine et clair de teint

bêlant bêlant bêlant bêlant

- cloches et moutons la nuit mêlant-

et leurs sabots à talons plats

ont écrasé désenchantés

le verbe d'amour imprononçable

qu'a inventé mon insomnie



Sur les plumes de l'oreiller

entichée d'une stupeur languide

les joues balafrées de larmes

et les yeux cloutant le plafond d'une nuée d'étoiles froides

en deuil de ma langue morte et de son grand corps étranger

j'ai retrouvé mon sommeil


sans un baiser








mardi 11 janvier 2011

qui n'avons rien à nous dire




quand nous nous embrassons ce n'est pas pour nous taire puisque nous nous taisons





n'usons pas de nos langues pour d'ordinaires harangues prouesses d'orateur
le monde est grand assez pour aller poliment converser
ailleurs





je veux apprendre encore la langue des silences t'ordonner professeur être élève exemplaire
penchée imprudemment sur le bord de ta chaire et tomber peu m'importe pourvu que d'un baiser je sois
récompensée





















"tant je te suis unie"