vendredi 14 janvier 2011
jeudi 13 janvier 2011
l'élève volubile au maître taciturne
mercredi 12 janvier 2011
de celle qui veille à celui, fleuve endormi
il a du l'entendre
courir le long du court Désir
passer la grille sans mot de passe
il a du l'entendre
griller le feu du boulevard
sauter au dessus des zébrures
gagner le trottoir détrempé
bondir Brady et l'Industrie
défier son diaphragme au 100 mètres
il a du l'entendre
cueillir le juste numéro
au grand loto de la chaussée
reprendre sa respiration
flotter devant les boîtes au lettres
avaler des volées de marches
onduler aux coudes des couloirs
aux étages dans sa hâte éblouie
presser ses lèvres sur ses paumes
mordre au sang puis se mutiner contre
les minuteries lunatiques
il a du l'entendre
à l'aveugle se cogner un peu
tomber et se relever
se relever et puis tomber
vaillant têtu éperdument
et vouvoyant le paillasson
souffler au seuil de son studio
vaste et puissant poumon d'aurore
poudre de rêve versatile
ne pas toquer quitter sa hâte
épousseter sa redingote
secouer son plumage en sueur
se rajuster dans la poignée
frémir devant son ordinaire
puis en monte en l'air des grands soirs
ajourer le blindage gris
laisser céder les charnières
laisser les gongs se délasser
se glisser en caressant l'huis
s'aventurer dans son silence
strié de ronflements ravis
et chercher à tâtons son lit
s'y couler - fleuve de mirages,
lequel de tes yeux bleus de cendre
dois-je fixer pour me faire entendre?-
remonter jusqu'à ses ouïes
en partant du bouquet d'orteils
il a du l'entendre
même endormi
le verbe d'amour imprononçable
qu'a inventé mon insomnie
mais des cloches
sans doute des cloches
et un troupeau de moutons blancs
au visage ovale et souriant
lisse de laine et clair de teint
bêlant bêlant bêlant bêlant
- cloches et moutons la nuit mêlant-
et leurs sabots à talons plats
ont écrasé désenchantés
le verbe d'amour imprononçable
qu'a inventé mon insomnie
Sur les plumes de l'oreiller
entichée d'une stupeur languide
les joues balafrées de larmes
et les yeux cloutant le plafond d'une nuée d'étoiles froides
en deuil de ma langue morte et de son grand corps étranger
j'ai retrouvé mon sommeil
sans un baiser