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dimanche 14 avril 2013

ce qu'on crut de la menteuse




une langue comme la mienne

                          avec les messieurs bien
rapeuse poisseuse rose indienne
                          avec les messieurs sérieux
                          qui tiennent debout sur leurs principes
                          et ne promènent à bout de bras
                          que de présentables gâteaux
une langue pirate dénicheuse
de trésors une soul'veuse
de rochers une caressante
boit-sans-soif une langue
capricieux rabot
une douce insinueuse
                          avec les messieurs taiseux
                          voilés de nuit pour la broutille
                          avec les graves mi-centenaires
                          désolés pilleurs de Cythère
                          sitôt enfuis dès qu'elle les siffle
                          au centaure préférant l'anguille
une langue comme la mienne
                          avec les messieurs trop bien
chargée de formules naïves 
cajoleuse enragée légèrement lascive
ça ne vaut rien

elle est faite pour les vauriens

cric-crac chéri ne craignez rien





21 mars 2011 10:27:58













samedi 16 mars 2013

- janvier 13 - le 26 - chansonnette





nos noms ensemble ? Dans l'eau
je les ai gravé : c'est idiot

le coeur crétin sur le carreau

dans la buée : rosace au lasso
si osseuse que nos initiales
ne peuvent y tenir enlacées

peu importe si ton grand corps
se prête à mes jeux éphémères
de temps à autres et que mon corps
efflanqué mais palpitant
s'enjoue aux jeux que tu proposes
de temps à autres

alors cœur : file ! vrille ! passe !
mange dans la main des nigauds!
nourris le chagrin des rapaces
et le feu ardent des frigo

la fièvre rugit sous la glace
danse la pomm' dans son cageot !

nos noms ensemble ? dans l'eau
je les ai gravé : c'est idiot

l'hiver a gelé nos traces
je danse sur le carreau
avec mon coeur en brouillasse

cette buée fleurie de couteaux

vendredi 4 janvier 2013

mercredi 21 novembre 2012

Moi aussi j’aimerais être une prairie ! 21 Mars 85





Moi aussi j’aimerais être une prairie !


Avoir la candeur grecque de l’île aux chèvres bleues et l’anneau de saturne autour de mon bassin. Plus qu’autour des gorges, autour des fontaines, ça dialogue. Sur moi levées d’aube, passe d’armes, sur moi tranchées, sur moi jachères ! Un ruisseau au mitan pour abreuver les bêtes et ondoyer au vent et roussir en été !




16 mars 85






« Crois-tu que les vignes tortueuses ont toujours poussé vin ? Crois-tu que les arbres légers et durs s’accordent en violons ? Crois-tu encore que la biche caressante s’étire déjà aux étales ? Crois-tu que le bourreau, enfant, tranchait des têtes ? » Il posa les questions et s’enfuit, les talons aux fesses, les sandalettes à la main.




17 janvier 85








Apprenez-le : on m’a prise pour un masque et on m’a essayée !
on m’a prise pour un masque ! Entendez-vous la fable ?
Prêtresse d’Artémis, chinoise courtisane, ou basique d’argile
Je suis en carnaval sur une face étrange et je ne bronche pas !







13 janvier 85








Et le rêve en fin nu n’est qu’un fichu squelette







La fête de famille / 4 déc 85





Les flammes se dandinent au caveau de famille
sous les lambris dorés qui lèchent le crépis

les compères s’engosillent
les commères grondent filles
de plus vieux s’acoquinent avec de plus spectrales

un monsieur ennuyé, comme désinvité, rumine dans un coin
le quart de son poumon qui reste en sa carcasse enfle mais c’est discret

c’est la fête ce soir au caveau de famille

soudain, le pique-disette s’approche de la colombe : c’est l’unique rejetonne
du pater magistral
et le coup d’œil fatal décoche le palpitant sec de la gamine

Le sévère patriarche se lève – clignements d’os
« Sortez-le ! Sortez-le : il va perdre mon sang !
-       croit-il le vieux machin que sa pauvre héritière morte de deux cents ans puisse se perdre encore ?
« On s’est trompé sans doute en le jetant dedans ! »

L’intrus est dévissé : l’honneur sauf se rengorge.
Un squelette de pucelle frotte ses côtes flottantes et essuie la poussière poussée au creux de l'œil tandis qu’on trinque et valse et parlote bon vieux temps.



mercredi 23 mai 2012

des inventaires








je suis la maison qui s'écroule sans étais












je balance des noyaux en rêvant de pécher
par dessus mon épaule mordue par un soleil
pendu au ciel vidé















samedi 21 janvier 2012







Aime Console Triomphe
marque des points









jeudi 22 septembre 2011

Bonne fête maman, ou l’art du recyclage. 26 Mai 2001.


1.

Elle sautille, me bouscule, m'empresse : " Donne ! Donne ! " . Avec quelle gaîté, elle hurle presque, bondissant d'un pied sur l'autre, les bras jetés vers le rouleau que je porte maintenant avec angoisse à bout de bras, par-dessus ma tête. Et que lit-on sur mon visage ? L'embarras ? Point. - Savez-vous lire ! - : j'étale un sourire béat. Hissé sur la pointe de mes orteils, une posture de vrac maladroit. Vacillant, je tournoie. Taureau : c'est elle ! Moi, matador. À peine. Grand'peine. Ma femme s'immobilise.

La danse s'épuise. Je plante mes talons. Un petit silence et rougissant un peu :
" C'est gentil mon chéri d'avoir cette année pensé à la fête des Mères. "
L'as de la dissimulation : un zéro, un nul.
Le plus piteux d'entre tous : " C'est une peinture. "
Elle me fixe subjuguée.
" Abstraite. "
Je précise.
" Abstraite. "
Elle murmure.

Son visage s'illumine. Sa voix se fait encore plus douce, sa douce voix.
" Donne ".
Je baisse enfin les bras et je tends le rouleau des deux mains où le sang ne vient plus.
Elle le saisit, je me détourne.
Elle le décapsule et déroule le papier : j'entends.

Et j'entends encore, miaulé du fond du couloir, au risque encore de réveiller les enfants : " Je vais l'accrocher dans la chambre. "
Oh. Pas dans la chambre !
Si.
Je la suis à distance. Elle a été véloce.
Dans la chambre.
C'est épinglé haut oh ! au chevet du lit : nous faisons presque la même taille. Le carré de papier n'est pas bien grand, lui, sur le grand mur blanc, entre les deux appliques.
Un monochrome couleur chair. Elle m'enlace et son calme me gagne.
Elle glousse dans mon aisselle : " Merci. " .
Sauvé. 
" J'adore. Je lencadrerai plus tard."
Elle s’adonne aux travaux manuels, parfois.



2.

Il y a toujours une épaisse couche de silence, malgré la cohue citadine, entre eux. C'est sans doute la clandestinité qui force le vacarme. Combien d'autres couples attablés pareillement préservent un secret par nécessité, sans particulièrement s'en délecter. La petite femme pense :
 " Au moins ici je ne me sens pas seule au monde. " Et elle finit le salvateur verre d'alcool. Lhomme l'enlace. Elle tente de poser le verre et y parvient. Ils ont parlé de tout, sauf d'eux ensemble. Ils en parleront par bribes peut-être, tout à l'heure en se rhabillant, chambre 17, deux rues plus loin.
" Pourquoi ce type m'enlace-t-il ? " pense-t-elle encore.
 " On y va ? "




3.
Malgré le désarroi où cela me plonge, après, j'apprécie la vitalité que me procurent ces rendez-vous.
Et puis, cette sensation palpable de solitude centrée enfin.
Pas possible de se disperser dans ces bras-là, ces jambes-là, sur ce ventre-là, ce sexe-là. Là, je suis tout à fait la même. Et comme, fichtre, il n'est question que de plaisir : il n'est de réponse qu'au présent.
Mais il y a ces baisers, - des lampées d'amour vif - .
Et puis lui, au moins, il parle. D’anatomie, souvent. Mais je ne vais pas choisir les sujets de conversations, non plus.
Et revient plusieurs fois cette phrase dans le souffle brûlant le long des vertèbres :
" J'adore ton dos. "
Cela ne me flatte pas.
Je laisse dire et faire.

4.
Alors un jour, je demande à Alfred, Alfred qui ne me refuse rien parce qu’il est en quelque sorte mon cousin, de me peinturlurer ce dos.
Alfred questionne rarement, mais ce jour-là lAlfred dépare :
" C'est pour un connaisseur ? "
Je réponds : " - Non, une connaissance. " .
Il  insiste : "  Ignorante j'espère. Le pastiche passe encore : c'est l'école de l'art. Mais les redites. ..".
Agacée ou honteuse de cet enfantillage, je me déshabille devant Alfred qui jamais ne m’a vue nue.
« On évite le bleu, fait-il en débouchant un gros pot de pommade aux reflets écoeurants, soyons réalistes. »
Bientôt je suis vautrée sur le dos contre un papier kraft dévoilant à Alfred avec lequel je vis en parfaite – si cest possible – chasteté ma crudité osseuse et la peinture adhère là où mon corps rebique.
Un quart d'heure plus tard, je suis lavée, poudrée, embaumée, clinquante et mon dos négatif avec tout ce qui m’est donné de fesses, est renversé là, sur le papier, sec, couleur chair. Mon revers minuscule saisi à la gouache mate que j'enroule sur lui-même et que je fourre dans un rouleau de carton protecteur.

5.
«     -Nous avions dit que notre relation était juste une relation. Comme ça. Claire.
-       C'est pas un cadeau. C'est un pense-bête.
-       Pour se souvenir de quoi ?

La bête, c'est moi. Le dos c’est pour lui.

Mais " De ces moments d'oubli " pense-t-elle répondre. Elle ne répond pas.
Et elle sourit, sincèrement reconnaissante.


6.
Ils se rhabillent. Quoi qu’il en soit, il quitte la chambre 17 embarrassé de son sac, de ce rouleau et d'un toujours tendre sourire. Elle quitte la chambre un quart d'heure plus tard, lavée, poudrée, embaumée, clinquante et pense encore : " Tant pis s'il le jette à la première poubelle. Au moins je l'ai fait. "


7.
Lui en fit ce qu'il put.



Bonne fête maman, ou lart du recyclage. /pour B. 26 Mai  2001.







mercredi 1 juin 2011

14/07/07 ode à un poisson rouge avant de partir, enchantement.

Il brode

"selon mon coeur" -c'est ce qu'il déclare à sa table limpide le matin.

Bien dormir, manger bien. Et ne pas bousculer les meubles.

Le train creuse des verdures

bien pommées

et quelque part,- il me l'a dit-, une dame apprivoise des biches

au milieu des fagots

- pour le reste je ne sais rien-

la dame chante

c'est le train qui pourtant le berce

Il laisse les mailles se déposer

À peine

on entend les sabots qui s'éloignent dans les bois

car il faut bien dormir

et à peine le stylo sur la feuille.

il a fini mon poème Selon son coeur.

vendredi 7 janvier 2011

le suivant

un matin

encore à la lanterne

obsédée, lors d’un hiver glacial - et l’aube humide et lumineuse ne montrait pas museau, fillette ! l’ombre avait mis bas un jour plombé -, obsédée par les graves du filou qui rendait jadis mes soupirs légitimes, frissonnante, à la lanterne, donc, je jetai à la mer cette encre - du petit lait sympathique qui tourne et caille, qu’on révèle au citron en s’essuyant les yeux, que l’on tète à longs traits lors des soirées pluvieuses, mais conservé des lustres par superstition dans des cahiers usés à force de départs

les feuillets gorgées d’iode tapissaient les flots noirs

les lames délavaient mes chagrins et mes joies liés et déliés aux folioles jaunies

j’étais débarrassée debout sur le rivage, consolée, harassée, bras pantelants, tremblante, les yeux suivant le chemin chahuté que filaient désormais les chansons tirées des vieilles embrassades

À moi seule l'an neuf debout sur le rivage! À moi clarté nouvelle dans le fracas des eaux!

Déjà, l'air abruti, l'oeil vide, la chair exsangue, apathique et frileuse je cherchai un poisson duquel m'amouracher dans l'hiver dépeuplé de cette nouvelle aube

mardi 9 mars 2010




C'est le train qui nous espace Alors j'achète un ticket Et avant l'aube le train s'ébroue

La brève nuit d'Est ne me désamoure pas Le train balafre la nuit La nuit cicatrise
J'ai froid

Tout ce qui, latent, construit des humains - le goût du risque le pain blanc la peur du noir la soif d'apprendre le ventre de la mère le saint esprit la claire fontaine l'espoir au bout du fusil - me pèse au creux Tout ce qui m'attend - la ligne de chance la ligne de vie la ligne d'amour en noeud de racines au creux de ma paume - grelotte avec moi dans la nuit du train

À cette heure-ci ma petite Seule et gourmande doit se préparer une tartine avant de manger -Chemin de l'école Rails trottinés- la nuit de Paris.




lundi 1 mars 2010

sugar

du sucre être
la voix sirop et l'écume douce
remonte du gosier
du sucre être
roussir sous les caresses
couler avec les larmes
cristal du sucre être

mardi 23 février 2010

la vie des animaux

les longs baisers d'oubli que l'on boit contre un mur
appuyés l'un dans l'autre, enfant, tu connaîtras
et aller tête nue, le coeur décolleté,
les doigts enchevêtrés l'enjôleur
et les yeux si brillants que la nuit se découvre

son chapeau est jeté auprès du lent désordre des habits qu'un à un
vous vous serez ôtés

et les corps ordonnés dans l'amour ébloui, petite,
le seul ordre qui vaille.