vendredi 7 janvier 2011

retour d'an

j'ai toujours écrit sans permission : trop lourde, trop obscure, trop confuse.

Juste: je laisse aux combinaisons de mots leur masque et aux mots leurs abysses. Faconde, babil, charlatanisme ! Voilà qui me convient. Le tout enroulé à l'os.


Mais depuis quelques temps, l'usage du clavier de l'ordinateur a bien failli me faire devenir écrivain ! quelle horreur! tue la voix qui vitupère veloute ou insulte ? finie la rage de la main qui use du stylo comme d'un stylet, ou caresse la page, ou griffonne en piqué - un épervier, sa proie? Le souffle a manqué de s'éteindre dans le cliquetis bavard de la machine qui rend visiblement n'importe quelle phrase digne d'un auteur. Au bavardage préférer la volubilité.
Heureusement, fort heureusement pour la littérature française, je déborde, je me remets à parler, j'ai retrouvé mes cris, je sais commencer sans finir. J'échappe au statut, à la mauvaise habitude, à la posture crédible, et je reprends mes armes. Je ne communique plus. Je saigne. Je coupe court à cette tentation facile de mettre en forme avant que de surgir. Et mon plaisir est de nouveau insouciant, superbe et dérisoire. J'ai retrouvé les crocs du verbe qui me gît. Comment ? Pourquoi ? Je ne sais pas. L'abandon, le désespoir, la rage et l'amour sans doute. Si parler est le propre de l'homme, je vais salir tout ça sans queue ni tête et dangereusement,-j'y compte bien. En lombric. En clandestine. Gueuler à nouveau susurrer pour de bon m'égosiller pour des prunes. Je retrouve avec joie la chair de la plume et le son criard du silence qui me pétrit.



















le suivant

un matin

encore à la lanterne

obsédée, lors d’un hiver glacial - et l’aube humide et lumineuse ne montrait pas museau, fillette ! l’ombre avait mis bas un jour plombé -, obsédée par les graves du filou qui rendait jadis mes soupirs légitimes, frissonnante, à la lanterne, donc, je jetai à la mer cette encre - du petit lait sympathique qui tourne et caille, qu’on révèle au citron en s’essuyant les yeux, que l’on tète à longs traits lors des soirées pluvieuses, mais conservé des lustres par superstition dans des cahiers usés à force de départs

les feuillets gorgées d’iode tapissaient les flots noirs

les lames délavaient mes chagrins et mes joies liés et déliés aux folioles jaunies

j’étais débarrassée debout sur le rivage, consolée, harassée, bras pantelants, tremblante, les yeux suivant le chemin chahuté que filaient désormais les chansons tirées des vieilles embrassades

À moi seule l'an neuf debout sur le rivage! À moi clarté nouvelle dans le fracas des eaux!

Déjà, l'air abruti, l'oeil vide, la chair exsangue, apathique et frileuse je cherchai un poisson duquel m'amouracher dans l'hiver dépeuplé de cette nouvelle aube

mardi 4 janvier 2011

hypothèquer l'an neuf















pour l'an
neuf
de deux
mille onze
je fais des voeux
an'
atomiques
j'en fais des tas
derrière les portes
sous les tapis
sous les divans
je les lie liasse de cents
j'en accumule dans des cagettes
qu'à la cave
je descends

pour ces provisions de voeux
de l'an
deux
mille onze
pour ces réserves que
je fabrique
ces tas de voeux an'
atomiques

j'étends mes paumes au devant
et je tiens des contes érotiques
dans de grands livrets frissonnants