Les bêtes
Soudainement ralliées dans la même gargote
Discouraillaient
Du bien fondé
Si mal
De quelque proposition avariée.
L’oreille aux aguets j’enviais
La clarté de leurs sains décibels
Qu’Écho, la nymphe Écho !
Renvoyait dos à do
Aux murs de l’abattoir.
Le mutisme des chairs 08/2005
samedi 29 novembre 2008
LE MONDE APPARTIENT.
(à ceux qui se lèvent tôt)
À 5h15, ils décantent. Les seigneurs de la Terre ont les yeux avachis.. Leurs lèvres sont flasques et serrées. Leurs teints sont uniformément gris. Leurs femelles ont les épaules de plomb et les seins ne se dressent que dans des hoquets qui digèrent la nuit brève. Elles relaient leurs mâles.
Ce qu'ils abusent de vie se passent sous silence.
Leurs cernes spongieuses ressemblent aux caniveaux tinettes et aux gouttières gonflées de muqueuses précipitations que certains d'entre eux dégorgèrent, cette nuit, contre maigre salaire.
Les territoires qu'ils remportent par lambeaux dans leurs courtes chambres sont : un siège délavé, un bloc de béton que la gueule de la pelleteuse nocturne, menant siège au pavé, semble arracher au ciel plus bas encore que leurs fronts, l'épuisement de la planète.

Ils ne sont assaillis ni de projets ni de songe.
On les voudrait croire revenus du désert. Mais leurs semelles ne brûlent pas les bitumes qu'ils foulent, et à peine si, dans les grasses poussières qui couvrent les vestiges de la veille, leurs pas laissent une empreinte confuse.
L'un d'entre eux, le menton planté dans la poitrine, mâche son instant les yeux mi-clos. Il bredouille dans une langue ignorée de ses voisins quelques sortilèges vidés de sens.
Car chacun de ces seigneurs méconnaît le dialecte, les frontières anciennes, et même les épices préférés de celui ou de celle qui le côtoie. Le petit matin n'est pas une table ronde. Le petit matin est une terreuse Babel exténuée.
Pourtant tous sont bien des seigneurs de la Terre : le président du pays qu'ils balaient, construisent, rafistolent l'a proclamé. Il a fait d'un proverbe usagé une mine de corindon.
"Le Monde appartient à ceux qui se lèvent tôt."
Ainsi aux visiteurs du petit matin, l'accession au titre de propriétaire.
Ainsi la vie. Dans une contrée où les seigneurs véritables se coulent dans des tanières, entassés, brisés, à l'heure où les maigres couvre-feux éteignent dans les cages d'escaliers insalubres les derniers sursauts d'allégresse et de désir que réservaient encore d'antiques rêves. Les possibles se dissolvent dans les rumeurs du matin.
12.06.07 Gare de l'Est (Le train pour München a fondu : il ne s'arrête plus de ce côté de la frontière. Ou bien la frontière a fondu?)
À 5h15, ils décantent. Les seigneurs de la Terre ont les yeux avachis.. Leurs lèvres sont flasques et serrées. Leurs teints sont uniformément gris. Leurs femelles ont les épaules de plomb et les seins ne se dressent que dans des hoquets qui digèrent la nuit brève. Elles relaient leurs mâles.
Ce qu'ils abusent de vie se passent sous silence.
Leurs cernes spongieuses ressemblent aux caniveaux tinettes et aux gouttières gonflées de muqueuses précipitations que certains d'entre eux dégorgèrent, cette nuit, contre maigre salaire.
Les territoires qu'ils remportent par lambeaux dans leurs courtes chambres sont : un siège délavé, un bloc de béton que la gueule de la pelleteuse nocturne, menant siège au pavé, semble arracher au ciel plus bas encore que leurs fronts, l'épuisement de la planète.
Ils ne sont assaillis ni de projets ni de songe.
On les voudrait croire revenus du désert. Mais leurs semelles ne brûlent pas les bitumes qu'ils foulent, et à peine si, dans les grasses poussières qui couvrent les vestiges de la veille, leurs pas laissent une empreinte confuse.
L'un d'entre eux, le menton planté dans la poitrine, mâche son instant les yeux mi-clos. Il bredouille dans une langue ignorée de ses voisins quelques sortilèges vidés de sens.
Car chacun de ces seigneurs méconnaît le dialecte, les frontières anciennes, et même les épices préférés de celui ou de celle qui le côtoie. Le petit matin n'est pas une table ronde. Le petit matin est une terreuse Babel exténuée.
Pourtant tous sont bien des seigneurs de la Terre : le président du pays qu'ils balaient, construisent, rafistolent l'a proclamé. Il a fait d'un proverbe usagé une mine de corindon.
"Le Monde appartient à ceux qui se lèvent tôt."
Ainsi aux visiteurs du petit matin, l'accession au titre de propriétaire.
Ainsi la vie. Dans une contrée où les seigneurs véritables se coulent dans des tanières, entassés, brisés, à l'heure où les maigres couvre-feux éteignent dans les cages d'escaliers insalubres les derniers sursauts d'allégresse et de désir que réservaient encore d'antiques rêves. Les possibles se dissolvent dans les rumeurs du matin.
12.06.07 Gare de l'Est (Le train pour München a fondu : il ne s'arrête plus de ce côté de la frontière. Ou bien la frontière a fondu?)
Passant, passe, saute ou vole!
On n’échappe pas à son support.
Captivant. L’oeuvre, c’était un salon: sols et mobilier, pensé par une designer, dans cette salle d'exposition du Hangar à Bananes, sur l'île de Nantes. Jusque là, rien de particulier, si ce n'est cette chose inscrite au sol et pour laquelle l'enfant se fit rappeler à l'ordre ...
De là, des conséquences multiples et cocasses :
Qui ne sait pas lire entre au salon, passe l’interdit, et au choix, se fait rappeler à l’ordre du verbe, en défense de la matière, par les jeunes échappés des écoles d’art ou de communication qui font office de gardiens, ou bien échappe à l’oeil prohibitif et piétine l’art allègrement et en toute ignorance.
Peut même, sans savoir déchiffrer, s’inquiéter de ce qu’on ait grafitter un salon…
De là : le hangar à banane est un garde-meuble.
De là : si on protège, c’est parce que ça ne doit pas servir, ni s’user.
De là : enfant, je pouvais entrer dans des oeuvres à Beaubourg. Ma fille, - une génération- ne peut
plus ; elles sont enrubaumées de rouge. « prière de ne pas toucher l’oeuvre ». La voie de disparition ne concerne pas seulement la nature.
De là : pourquoi encore les exposer si on désire les conserver ? Pour signifier : "quel humour, hein, ce faiseur de ready-made, hein ? Qu’il est vivant, ce mort !"
Mais de là, le mort regarde et se dit sans doute (parce qu'il ne jure qu'en anglais) : « oh my god, ils n’ont toujours pas compris… »
Artiste, choisis bien ton support !
Pour ma part, je préfère les hommes.
Hommage à l’art vivant des morts
Sept 2008
jeudi 27 novembre 2008
the crabs basket
Un sport que j'ignorais.
L'approche du verbe par circonvolutions. De l'auteur du verbe.
Prenez un texte vieux de cinquante années. Un auteur dudit texte plus vieux encore, par conséquent.
Corsez l'affaire : choisissez-le américain. Donc, une figure d'outre-atlantique, pas encore d'outre-tombe, et des textes dits "de jeunesse". La fable est bonne. Fichtre, un grain de ce qui fait le corps d'un texte de théâtre manque, dans cette traduction que vous possédez vieille de cinquante ans, presque. C'est vieilli.
Vous voulez vous assurer de la fraîcheur: vous entreprenez de lire en V.O. Vous lisez : rien à voir! C'est tonique!
Vous vous prenez au jeu de traduire, évidemment. D'autant que vous projetez de monter ces actes vivifiants. Au fil du passage d'une langue à l'autre, fidèlement rigoureux, à la virgule près, vous vous enthousiasmez au point de projeter une mise en scène : branle bas de combat!
Pour obtenir un théâtre et des productions : il faut un dossier. Pour faire un dossier, sauf arnaque, vous plongez. Vous plongez donc.
Le directeur du théâtre ne dit pas non. Il repousse d'une saison mais ne dit pas non. Il aurait dit oui que c'en aurait été prodigieux, par les temps qui courent, où chacun, en position de repli, prend des risques à la mesure du possible.
Des directeurs de lieux pour être partenaires : lettres d'intérêt, marque d'intérêt. Ou pas. Certains s'indignent, répondent par mail, ou prennent leur téléphone : vous êtes bien naïf pour envoyer comme cela un projet alors qu'on ne vous connaît ni d'Ève, ni d'Adam! À quoi vous attendez-vous? Les Théâtres, ce ne sont pas des lieux publics, non plus, ou on va et vient comme on veut! Et c'est dur pour tout le monde!
Puis, dans les semaines qui suivent les intéressés se défaussent : les budgets amoindris ne permettent pas. Rappelez-vous que vous n'êtes pas visible, que vous ne faites pas partie du sérail, ni d'aucune famille. Qu'à cela ne tienne : vous allez rencontrer une actrice que vous aimez particulièrement, et qui est grandement visible. Et autour, vous vous accompagnez d'autres acteurs, familiers, que vous estimez fort, pour assurer le tout. Vous préparez des "actions" préparatoires, autour du projet : un travail avec des amateurs, autour des générations, entre un centre de détention de mineurs et une maison de retraite : vous gagnez la confiance des institutions tutélaires. Vous demandez une aide au ministère : un dossier précis à remplir dans des délais fort limités. C'est envoyé dans les temps. On vous demande les droits. Vous demandez le droits. À la Société des auteurs. On vous envoie chez un agent. Les enfers, vous étiez à leur porte.
L'agent dit non : l'auteur ne veut plus de traduction d'aucun de ses textes. Pas de nouvelle traduction. Et surtout pas de quelqu'un de hasard, non reconnu chez les traducteurs. Et de toute façon, vous êtes bien naïf pour porter comme cela un projet alors que vous n'avez pas obtenu l'autorisation! À quoi vous attendez-vous? Les auteurs, ce ne sont pas des dieux publics, non plus, ou on va et vient comme on veut! Et c'est dur pour tout le monde!
Que faut-il pour une autorisation, vous demandez benoîtement? Clairement répondu : de l'argent, d'abord. L'à valoir. Avaloir ? La gueule des enfers. Des sous. Plus le budget de la production, la jauge du théâtre etc... Mais, benoîtement, vous dites, pour déterminer la jauge et le théâtre, il faut proposer un projet au théâtre, et pour proposer un projet, il faut savoir de quoi qu'on cause, et dans le cas présent, 'vaut mieux avoir passé de V.O à V.F. Non c'est non dit l'agent. Le chien à trois tête.

Le serpent se mordant la queue, vous écrivez à l'auteur via l'agent en espérant qu'il sera assez fair play pour envoyer le tout presto.
Attendre.
Pour s'occuper, peaufiner la distribution, contacter d'autres possibles co-producteurs. Le Ministère vous conseille de reporter d'une saison votre projet : vous vous y pliez.
D'ici-là, pendant deux années, vous boirez de l'eau et vivrez de bols d'air.
Reprendre.
Demander à l'agent des nouvelles de la missive : c'est non, catégorique, "de l'agent primaire". Entendez, l'agent outre atlantique.
Est-ce la fin ?
Non! Le détective qui dort en vous se met à l'enquête : il existe de récentes traductions de cet auteur chez un éditeur conséquent. Un mail. Le lendemain, la responsable théâtre de la Maison d'édition vous rappelle : on ne commande pas de traduction, vous comprendrez pourquoi (?), mais voici le numéro du traducteur, et s'il accepte, dites-lui bien qu'on publiera. Pas fous : l'auteur est en âge d'offrir des garanties posthumes.
Vous appelez l'auteur après avoir reluqué son site mail. Ce n'est pas votre tasse de thé mais à la guerre comme à la guerre. Il décroche : il vous raconte toutes ses relations privilégiées avec une grappe d'auteurs fort connus, à tu et à toi, venez chez moi, etc. Laissez dire. Vous racontez tout de votre chemin de croix, côté légende dorée : le théâtre, les acteurs, les marques d'intérêt. Vous finissez par la traduction.
Il ne voudrait vous en "spolier l'autorité". Seulement, l'auteur que vous désirez traduire, c'est un auteur pointilleux ( force anecdotes), coûteux ( force anecdotes), et il lui a confié ses deux dernières pièces ( force anecdotes). Mais évidemment, si vous avez traduit...
Bref. Vous faites carpette. Vous avouez que peu vous chaut de toucher des droits : ce que vous voulez c'est un texte valable, fidèle, proche de la tonicité de l'original. Vous lui demandez la faveur suprême : qu'il traduise. Aïe : il est très occupé ( force anecdotes), il a eu des problèmes avec le théâtre que vous sollicitez (silence radio), mais, mais, mais! En ce moment, justement, mais là, juste là, pas à sa maison de St Cloud, non, mais dans la boîte aux lettres de son petit bureau du VIIIème, si vous pouviez poser votre traduction, et les textes en V.O ( parce que le temps qu'il les retrouve dans sa bibliothèque, vous dit-il...) : pour les droits, ne vous inquiétez plus de rien, il s'en occupe. Vous dîtes faussement-benoîement: Ok.
Nègre, comme on dit, teinturier, comme je dis : vous n'aviez jamais fait totalement.
Peu importe. Vous sautez de joie, dansez sauvagement, criez Youppy-Youppy. Une amie ira porter les textes que vous lui aurez envoyé, - parce que comble d'épreuve, vous n'habitez pas la capitale.
Vous prévenez les comédiens, le théâtre... Plus de barrière, les droits : on fonce!
Lendemain de Joie. Le théâtre appelle. Non, ça refuse de travailler avec ce monsieur. Un nabab has-been. Un filou.
Ok, mais qui détient les clefs de ce texte.
Bon courage.
Merci...
Vous avez envoyé par courrier 6 fois le texte, 48 dossiers, rempli en plusieurs exemplaires une dizaine de pages dont budgets et descriptif précis de mise en scène, traduits une centaine, pris par trois fois aller-retour le TGV pour rencontrer ceux qu'il fallait, passé d'incalculables coups de fil, sué, parlé, convaincu, - 7 mois. Le temps, l'argent, l'effort, tout, à vos frais. Rien. Dans le même temps, si vous aviez un petit lieu, vous auriez monté deux fois le spectacle, et travaillé avec le public que vous auriez inventé, avec cette énergie qui vous déborde.
Heureusement, vous aviez bien ri et moitié pleuré en lisant les pièces. Vous pouvez tirer vanité de votre opiniâtreté et substituer votre persévérance à du courage. Vous pouvez pleurer sinon.
Pas envie de pleurer. ça pète partout dans le monde. Il y a un enfant à élever joyeusement. Il y a des amis, des inconnus à connaître, de l'amour à défricher. Il y a une terre folle à fouler, apaiser, épanouir, partager.
Et ça fait du bien de se vouvoyer soi-même ...
mercredi 26 novembre 2008
bon débarras, vieilles choses
Commencer. Il était Grand Temps. Distribuer les verbes et les images. Semer. Raconter en sillons. User des fossés et des autoroutes. Oser les bifurcations, les déroutes, les raccourcis, les saut-de-loups. Divertir. Rapporter. Offrir. Adresser. Sortir les frusques d'autrefois, qu'on peut toucher de la main pourtant encore et :
" BON DÉBARRAS, VIEILLES CHOSES!"
Reviennent les hirondelles
Répétons ce qu'on a appris
Mais non : ce ne sont pas celles
qui en Automne étaient parties.
Ce qu'on croit savoir des retours. 2006
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