lundi 28 décembre 2009

octobre 2008 / vider les tiroirs

Objet : "de l'influence des films sur les adolescents & leur accès délinquants"

POUR QUELQUES FIDÈLES AMIS LECTEURS :

Dans la série, à quoi penser de plus solide quand le Monde de l'Argent file droit en déroute et que nous n'y entravons que goutte:

"de l'influence des films sur les adolescents & leur accès délinquants"

À l'aube, je me sens d'humeur depuis quelques temps à mordre dans les questions de société. Celles que l'on dit : "agiter le débat public", alors qu'un coup de cuillère à pot rabattrait les caquets, et qu'on pourrait s'ôter les bandeaux des yeux, et attaquer le noyau des problèmes criants qui s'opposent à notre liberté collective.

Mais à ce procès sur l'influence des etc..., je trouve réponse chez le Divin Marquis s'adressant à son épouse fidèle, en 1783.

Je ne vais pas réfléchir longtemps mais exécuter un gentil copié-collé :

L'administration pénitentiaire lui refuse donc les Confessions de Jean-Jacques Rousseau.
« Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout après m'avoir envoyé Lucrèce et les dialogues deVoltaire; ça prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hélas ! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur déiste puisse être un mauvais livre pour moi; je voudrais bien en être encore là. Vous n'êtes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! Apprenez que c'est le point où l'on est qui rend une chose bonne ou mauvaise, et non pas la chose en elle-même. (…) Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut être un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espèce, et qu'il devient un excellent livre pour moi. Jean-Jacques est à mon égard ce qu'est pour vous une Imitation de Jésus-Christ. La morale et la religion de Rousseau sont des choses sévères pour moi, et je les lis quand je veux m'édifier (…) »

et ne rajouter que ceci : seule la complaisance d'esprit accuse l'oeuvre.
éteignez vos postes, regardez autour de vous, arrangez le monde, promenez-y vos enfants à la lueur de ces arrangements, et rallumez vos postes ! On a tant besoin de se divertir, en l'état provisoire où nous sommes...

bonjour.

PS : puis, à 10h37, je lisais ceci:
"Dans les trois cas, il s'est agi de mineurs qui ont tenté de se pendre mais que les surveillants ont réussi à décrocher à temps"

RÉUSSIR À DÉCROCHER À TEMPS

ce sera ma devise pour un long temps.

dimanche 27 décembre 2009

portion congrue / 1991






ç'aurait pu le prédestiner, un coup de pouce dans l'existence. Un sursaut de distinction. Ou bien, par contraste, le vriller en ridicule. Il s'appelait Chéribaldi. Deux siècles de libérateurs en un patronyme. Du premier, il avait le cheveu épais, du second les légères tendances dictatoriales, mais à usage exclusivement domestique.

Chéribaldi usait sans abus de ses fonctions vitales, ne coupait jamais la parole et s'offrait parfois un extra sur l'ordinaire en se oignant, pendant une période déterminée et circonscrite par avance, quotidiennement, d'un baume anti-rides.

Quoique, si on se penche, il suivait là encore l'adage ainsi énoncé : mieux vaut prévenir que guérir, et point ne s'écartait trop du sentier commun.

Rien ne le distinguait d'un autre, donc.

Seule la place qu'il occupait, - oh! pas le poste, le grade, la fonction, non! l'espace qu'il remplissait, malgré sa vacuité flagrante, le séparait à première vue, d'un autre. Si tant est qu'un autre put être aussi négligeable que lui. Et encore! Au moment même où il l'occupait, cette place à lui seule dédiée selon les préceptes d'Archimède, et pour peu qu'il remua, jamais il ne laissa de mémorables traces.

Il avait les traits sobres de qui tempère ses emportements, modère son tempérament, espère obtusément.

De dos, il avait les fesses sages : des livres reliés de cuir encore tendre, rangés serrés et dépoussiérés périodiquement.

On lui avait fait deux enfants. Une femme. Qui était aussi la sienne.

Le mâle et la femelle vivaient dans une maison relativement vaste, si l'on se prend à comparer les choses et les mesures.

L'ensemble, en restant approximatif, aurait pu faire de lui ce que l'on appelle avec légèreté "un homme mort". Mais Chéribaldi était d'un naturel bien vivant : ses fonctions vitales... fonctionnaient. De plus, se présentant comme moins que rien, insipide et sans relief auprès de ses contemporains, il finissait par acquérir à leurs yeux une prépondérance déconcertante, mélange subtil de mépris et de secrète envie: promesse de longévité, long cours tranquille d'eaux baptismales, corne d'abondance, il recouvrait à leurs yeux tout ce que l'espèce peut rêver, lorsqu'elle ne l'obtient pas dans sa réalité. Un cri du coeur étouffé. La révolution à l'envers, toute lovée dans sa coquille duveteuse...

les horreurs sont toujours d'un autre âge / 1999












La femme s'éveillait.
Les yeux sont enfoncés profonds et les tempes tirent vers le crâne. Si elle allonge la main, c'est plus qu'un éclair tranchant, d'avantage qu'une lame de boucher. Ses hanches saillent. Elle n'a qu'elle à posséder. À qui donc est cette chambre ?
Les rideaux sont épais et immobiles : ça doit peser, et la fenêtre est restée close. Le corps ne pèse pas. Si on entre, on croira à une tête sans corps : rien sous les couvertures, on croira.

D'un revers de bassin, elle se tourne à moitié et gémit. Si on s'étire, tout va claquer. Elle se recroqueville pour se lever ensuite, vite. Il faut bien se lever.

La voici assise au bord du lit : elle est toute vêtue.
Elle le sait même s'ils ont enlevé les miroirs.