dimanche 17 mars 2013

8ème feuillet de Potomanie




1er Mars

Puisque le matin tapageur me dispense à la hâte du réparateur avéré, mon aube est celle d'une vieille anglaise : régulière et contemplative.
Un bain, ablution rituelle, d'abord doux écoeurant de chlore, puis salin et brûlant la couenne.
Le balcon pour mon rendez-vous. (C'est trop d'avoir parlé seule sous l'eau et sué mon désir et ma fièvre la nuit durant.)
J'ai une amie du petit jour, une sorte de tourterelle, - j'ignore les noms d'oiseaux quoiqu'à la pelle je les dispense aux nigauds - fine et gourmande - une demoiselle de haut vol - un vrai poulet !
À voix haute je donne réplique à ses picotis gracieux. Un biscuit sablé au gingembre émietté sur la rambarde, là où se jette un palmier, contente ma nouvelle amie. Moi je ne veux ni
retourner au lit
ni
devoir parler aux humains. Je lui confesse mes infamies, elle tend le cou vers le biscuit, sérieuse, concentrée, attentive. Nous commerçons tranquillement. Je la remercie en silence de ne pas juger mes écarts. Je n'entends plus rien d'océan. Nous nous plongeons dans nos pensées. Elle picore - je lui souris. Nous sommes d'intelligence.
Alors nous restons ainsi, la vieille anglaise et la goulue à nous faire les yeux ronds, à converser elle du bec moi du gosier, à grignoter nos sablés, à nous cligner de la paupière.
Puis vient l'heure mondaine en maudit : je salue l'amie volatile et je m'envole du balcon - tout comme une vieille anglaise
sous les tropiques
écervelée
aussi unique
que la fleur de Plumier piquée à ma feuille distraite.