dimanche 3 octobre 2010

célébrer la langue 3 en 1





La langue française pâle et molle
je la violace du vin de noces lie de myrtilles je la déraille je la tords
en vifs baisers ors furieux où l'autre langue m'appareille
entortillant la non-pareille à ses papilles carnées mitraille humide baptême copieux
je la tends grimaçant espiègle compagne du pied de nez





Sortez-la des palais moisis
Elle croupit ! Qu'elle célèbre l'air
tiède de cet automne qui s'avance
mûrissant sans qu'elle n'en frissonne
la vaste foule ornementale
des isoloirs des statistiques
et des trains de banlieues bondés

Muqueuse évadée Hors des lèvres
fouille plus souple que le lycra
des importations chinoises
plus douce qu'aux adultes les chairs d'obéissance
Fouille,trombe tendre, l'air tépide et déborde
million de bulbes fermentant dans les caves
Impose ton ressac et délaissant ta mue
avachie au parloir va Langue enfin nue !

ô ma langue évadée de sa corne de brume
tricoteuse de galoches ramoneuse d'étincelles
ma langue crue et rouge parfois piquée de neige quand d'avoir trop beuglé
-le silence secoué- je te blesse

ô ma langue aux racines naissant dans les crevasses abyssales des temps
ô langue filet quand nous étions poissons ô langue reposoir
après nos courses folles
-raconter aux falots les pays éclatants!
Ô langue revenante Fuite Course Halètement
le buste convaincu qu'il faut plier en terre
récupérer le souffle qu'on a prêté au vent
donnant du bec récitant
et la suave écume des mots qui désaltère
le flot sans queue ni tête Langue-mer qui n'est qu'Une
Le verbe consolé dégluti se laissant caresser -et les papilles épient
ce qu'il veut nous cacher de sens l'un des cinq
Langue plurielle et roulée de salive mousseuse Isthme nerveux
évadée des cloaques où l'on jette les encres nourricières d'édits

Langue double et d'usage et d'asile
Langue du Grand partage humectant les fossiles
les dents et les rhizomes

ô langue turquoise langue esquive cavale battant les flancs creusés
de l'opiniâtre tête

ô lagune dolente et lascive
unique pour le baiser, le verbe et l'insolence