Depuis qu'il
s'était enfermé dans cette tourelle, le roi qui avait vécu plus d'un demi siècle
n'entendait presque plus - enfin!- les lamentations du dehors.
Il avait à sa
disposition là-dedans tout ce dont un roi a besoin pour ne plus se détourelliser: la légitime épousée aux
cheveux d'ange, épelés un à un
(+ l'ovale visage + régulières pommettes hautes + estime de soi + peau tendue sur ventre plat + rire cascade clarté d'ondée ourlet de roses + etc.)
l ‘épousée maîtrisée et des livres qui "s'ouvraient d'eux-mêmes aux pages essentielles",
et les chaînes
nationales et un bouquet choisi
et une si bonne dose d'ironie qu'il pouvait
ainsi tenir un siège à son ennui.
Mais ces blues de la
sentinelle en ronde autour de la tourelle
( d'abord des
petits pas
puis un
piétinement
une cadence
tapotis régulier tap et tip et tap et tip
et dessus, en simili-hautbois, cette litanie
joyeuse :
qu'il entendait tantôt forte tantôt faible selon la halte choisie sur le chemin de garde ) :
Que cette nuit compte double
qu'il entendait tantôt forte tantôt faible selon la halte choisie sur le chemin de garde ) :
tout ce qui de nuit l'empêchait de dormir - le mettait à mal.
Et encore, en plein jour, déployée en bannière,
Que cette nuit compte double
c'était l'épousée
- l'infidèle! -
défripant la monotonie des heures
en aiguisant son désir et répétant de la nuit
le chant entêtant de la sentinelle obstinée :
Que cette nuit compte double
tout ce qui de jour l'empêchait de dormir - le mettait à mal
envoi :
envoi :
je dors bien la nuit - je m'en félicite
je chante pleine voix tout le jour durant
si je ne dors pas la nuit sus-dite
c'est que dans des bras je m'entraîne au chant