mercredi 4 janvier 2012

édite


et pardon! Où peut-on vous lire ?

Me lire ?
Approchez-vous.
Encore.
On peut me lire dans ma chambre. Les carnets sont sur les collines, rangés et croulants d'été.
On peut me lire aux flancs sonores de mes rêves.
On peut me lire dans ses yeux.
On peut me lire dans mes paumes ravines chanceuses trous d'effroi sillon d'amour faille sonore.
On peut me lire à la crinière des cavales qui s'entortillent à mes veilles.
Ou, confus et rouges bouquets aléatoirement jetés au mitan de mon lit, oui ?

On peut me lire à Kyoto embusquée derrière un renard à la lisière d'un autre monde
où les morts plus nombreux que nous grimpent aux bambous.












mardi 3 janvier 2012

de l'eau sous les ponts






Longtemps je fis la même promenade, tôt le matin, le long du canal. Toujours à mi-chemin, je me trouvais au dessus des eaux et je suivais de là des groupes serrés de jeunes hommes musclés qui couraient, en meute et en shorts. Je m’essayais alors à mon hymne rassurant :

je regarde courir les pompiers
c’est joli
c’est moins dangereux que d’sauter d’un pont
La mélodie en était apaisante et le rythme régulier.
Une nuit que je ne savais pas dormir, je sortis et c’est avant la Rotonde, là où, souterrains, les canaux échangent leurs noms et leurs salives vertes, à la surface de ces effusions glauques qu’avança vers moi une horde rangée, sanglotant et noire. Des humains ? Oui. Mais quoi ! Chauves, tous ?
Je susurrais pour me rassurer :
je regarde courir les pompiers
c’est joli
c’est moins dangereux que d’sauter d’un pont
Et la nuit m’exauça. Je retins ma respiration. Ils ne sanglotaient pas : c'était le hoquet de l'effort et ils étaient sortis des eaux. Quelques onze jeunes hommes palmés, glissés dans des combinaisons néoprène luisantes et jais, - 11 athlètes moulés de nuit, claquant ensemble le bitume de leur palme me dépassèrent -conque livide- sans même me voir, respirant ensemble et soufflant !
Soufflant.
Je vous jure que ce fut ainsi! Sous la bruine d’Octobre, des pompiers sous-marins ignorèrent mes larmes. Eux qui, par la suite, auraient à draguer les eaux troubles et glaciales, des heures durant, alors qu’un seul baiser ! et ils étaient épargnés du bain vert et sordide à venir. Moins même : un regard. Mais le service, c’est le service. Et ça courait droit devant, les yeux plantés dans l'avenir - et soufflant !
En tous les cas, pour l’heure dont je vous fais conte de ce soir-là, je fus sauvée : j’avais vu courir des pompiers.
Ce ne fut qu’au petit matin quand la pluie ne chante plus guère, des années plus tard, éraillée que je donnai, au fil des eaux, du flot à retordre aux héros.
je regarde courir les pompiers
c’est joli
c’est moins dangereux que d’sauter d’un pont -






333ème texte

Doggy hour et chien et loup et
panique rousse sur l'obscur pelage de la nuit
féconde : on y picore beugle chamaille tricote

mes aînés dont on connaît encore les prénoms
exotiques ou non y gardent bonne mémoire
et à petit feu je cesse
d'aboyer
je cède
à la nuit inventée des cités

sons





non pas somptueuses les voyelles délibérément tombées des bouches
mais cailloux cailloux cailloux encore - souffle des fers à cheval

- c'est un arrière grand-père qui choit du toit avant-hier mais la centenaire s'embue encore à sa pensée

cailloux cailloux dégringolés les voyelles en rigoles régulières tambourins cliquetis d'aube rosée clochette

et vous -non pas face non
enlacées : consonnes qu'un rien agace qui - Vous
clamez et tonnez et ceignez le souffle de vos bardes de fer
lardures rigides briseuses d'os
- quand vous en avez fini avec la chair

camail consonne onde métal
où les cailloux roulottent plumetis d'air
bulles en famille

Ô les casseuses d'oreilles Ô les résistantes charmilles





les distinguos de ces dingos




la vie la vie la réelle ça serait en prose et dans les rêves ça serait des vers : oui madame! Attention madame ! Les vers c'est le tiquet pour par delà si on va par ces deux chemins. NE VOUS FOUTEZ PAS DE MOI. En plus. C'est quoi, ça !

Ces morcellements TOUJOURS ces découpes la boucherie ça vous suffit pas ?

La vérité : voilà ! et à chacun/chacune, à condition que ce genre de distinction ne lui ait pas déglingué l'entendement et le sens de la vie, la réjouissante vérité que l'on dévoile, - impudique naïade causant son langage nouveau pour chacun/chacune-

la vérité c'est ce flux entre nos mots, nos mots faiseurs de vie, nos mots action, - "poésie" vous êtes si nombreux à honnir ce mot- et littérature itou- et tant - d'autres- à le servir avec des pincettes comme un outil d'élu : TOUS les détesteurs comme les adulants, tous autant que vous êtes, mauvais payeurs de vie, intestins délicats , rancuniers, prétentiards : sortez, vous empestez l'air.

Chéri allons poésir

poésier

poésendre

leur tourner la peau sur les chairs et courir dans le vent furieux Mêler nos langues ne plus attendre Rimer clairière par devant Que l'on ténèbre au clair de terre Frotter le cobalt des coups et rosir de baisers nos arrières Chéri poésoyons tendres Chacun son mot contre son pied




le mors au coeur






il n'y avait pas que le bitume capiteux
pour rayer les genoux d'émail - les filles !

voici que je vous jure :
nous étions des aventurières !

à tout berzingue deux destriers flambants-cuits de vitesse à force de frictionner l'air, fendre bise - des pinces à linge retenant les cartons ronflant de nos moteurs version sandalettes
deux pédalent pente ou côte
qu'importe que rien n'arrête
Sur le porte-bagage en relais la petite - celle qui serre les provisions
-on l'appelle la petite parce qu'elle préfère être portée-

quel danger fut couru ?
il a fallu se servir au placard et la mère a le dos tourné
et elle a tourné le dos
pour nous laisser nous servir nous-mêmes d'abondance
- " il faut apprendre à être débrouillardes " -

Sans les cauchemars sûrement, les rayons font les queues de paons
le vélo est à mi-trottoir couché flanc chromé écumant
ou
la lanière d'un patin a déchiré son cuir
- le menton est sauvé quand coule le genou-
ou
le tiroir monté sur roulettes
où nous tenons à deux plus serrés
que les chaussettes
ne descendra plus l'Éverest inversé des Clos
et celle qui court derrière peut rouler jusqu'en bas
nous ferons un tas de jarrets de planches et de cris

Quelque soit notre mercredi, - le mercredi on ne rêve pas : il y a du paon sur la planche, on peut se farcir le jour,
s'amuser est une big affaire-
pour fin,
on s'égratigne, microbes, aux berges du ru ruant ses ors ses mousses et ses remugles
sur les tapis de ronces où nous nous délassons

les rires perchés aux cimes brouillonnes des buissons




vision d'enfance










dans le jambon se déployaient
des arcs en ciel les mêmes
qu'au caniveau quand des autos ont dormi longtemps et rêvé dru le long des routes

pour rien au monde je n'aurais pu
avaler un arc en ciel