12h.45 ce 1er Janvier 2009
Où me suis-je arrêtée hier, et vous ? Quand dirons-nous "Nous" ?
Et combien de ratures, jusqu'à la mi Mars, au moins, combien de fois biffés les 8 contre des 9 sur les talons de chèque et aux entêtes des courriers?
Retour au 31 Décembre 2008, donc :
Vers 22h Des verrines bien tassées de crème d'avocat, de saumon et de quinoa rouge saupoudrées d'un piment doux et goûteux ont plâtré avec délicatesse mon estomac. Le vin blanc même modérément absorbé m'a totalement achevée. Les enfants ont dû trouver de la poudre de Marsupilami. Les minutes s'égrainent à tue-tête. À Minuit, des papillotes de carton sont ouvertes et nous nous bombardons joyeusement de serpentins, mirlitons langue de belle-mères : nous ne vivons pas à Gaza. On s'en donne donc à coeur joie et puis on arrête parce que ça va un moment, ces trucs-là. Nous avons oublié de nous embrasser à minuit. Je préfère, rapport à mon rhume.
2h.00 Je rentre seule, les sinus proches du périphérique extérieur à l'heure des retours de bureaux. Je constate que les braises sont brûlantes encore dans le poêle et que je n'ai pas goûté au gâteau.
2h.07 Le chat roux me fait escorte à l'étage, ronronnant, et je cherche dans ma chambre ce que j'ai le plus souhaité : je ne trouve là que quelques types rabougris sous format 10/18 appelés Faulkner, Kantor, Mendoza et Stendhal, entassés pêle-mêle à mon chevet et qui ne font absolument pas mine de désirer m'offrir de lascives extases. Je soupçonne 2009 de ne pas tenir ses promesses.
2h.14 J'engloutis après baumes, médication et lavements divers, deux nouvelles grivoises de Maupassant, puis m'étonne qu'à un siècle échu près, l'amour puritain n'en ai pas pris de la graine.
2h.35 Je lis et écoute les messages des amis éparpillés. Au Xième jour des bombardements, les voeux sont, dans le désordre: l'amour, la santé, l'acquisition de la garde-robe de Benoît XVI, le bonheur, l'abolition des privilèges, les nouvelles aventures, l'acquisition d'un mannequin style celui de Washington, la beauté, un forfait 4h au prix de celui de 5 (d'un ami qui signe Bouygues et que je ne me connaissais pas) le sens de l'équité et la justesse, la justice...
2h.48 Je décide que c'est bien tout ça, mais me rappelle aussi qu'il me faut reprendre mon étude méticuleuse du Manuel du parfait Cynique, afin d'intégrer pleinement ma société en cette nouvelle année, et j'apprends par coeur ces premières formules : " L'honnêteté et le courage peuvent être considérés comme vertus valables, dans la limite des stocks disponibles, étant secrètement entendu que celui qui en use fait montre d'un parfait crétinisme."
" La crise que nous traversons est le fruit de la dérive des capitalismes, et nous saurons contrer la paupérisation et l'inéquité sociale qui en découlent à condition évidemment que ceux d'en bas continuent de lorgner vers ceux d'en haut, achètent des ersatz frelatés chez leader price, et nous laissent maintenir les choses en l'état."
Je ne comprends pas bien les deux formules et conclus qu'il est temps de dormir, parce que la nuit résout tout, porte conseil et qui dort dîne, et que je me réveillerai en 2000 neuf.
3h.00 Quid Novi sub sole ?
Je fais voeux en silence, comme on prie sous les oliviers bleus pour des amis distants d'une livre de chair, de paix de fantaisie d'intelligence claire du ravissement des sens et d'un NOUS décrassé des anciennes badines, des formules rebattues et des voeux de rentiers. Je ferme les yeux.
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