vendredi 5 décembre 2008

écrivez donc les dernières paroles

Et il arriva ce qui devait arriver : elle se fit lynchée tout cru sous les yeux désolés de ses derniers amis.
Mais comme ils étaient rares et, pour ainsi dire, deux,
un mâle et une femelle,
ils purent se consoler prestement*,
ce qui la soulagea beaucoup dans le Royaume des Morts, - où, soit dit en passant, le Roi, - car puisque c'était Royaume, il devait bien y Régner quelque chose - , ne daigna jamais venir lui présenter ses hommages, tout le temps qu'elle y demeura. Mais c'est déjà une autre histoire.


* encouragés pour cela par ses dernières paroles que je ne puis livrer ici sans craindre de blesser les oreilles toujours chastes de ceux qui etc ...

jeudi 4 décembre 2008


Avoir bon coeur, bonne plume. Payer cash l'électricité.

digestion et ballonnements/(conversation à mots repus)

Que ce soit une confession ou un saucisson
qui soit de foi-c’est phonétique-
Quelle différence ?

Mange et tais-toi.

Dire ce qu’on a dans le ventre
C’est toujours une histoire de tripe et de boyaux.
D'appétit et d'écoeurements.

Tu as fini ? Je débarrasse ? Allume : c’est l’heure du 20 heures.

20 heures déjà ?

Si c'est l'heure du 20 heures, c' est 20 heures.

Merci Maman. Je vais me taire.

Prends ton dessert. Serre ta ceinture.


mercredi 3 décembre 2008

mercredi jours des enfants












Noël qui approche
Ne m'enguirlande pas

la police dans les écoles qui vient chercher des enfants
des enfants que l'on peut mettre hors jeu dès l'enfance

des dindes et des poulets gras accompagnés de dogues en guise de marrons
qui décident
pour moi
de ça...

Ma fille, tu n'es pas née mouton du ventre de ta mère.

mardi 2 décembre 2008

une histoire pour s'endormir

Le récit d'un rôle

Incapable de tenir le rôle que je m ‘assignais dans la vie auprès des rares contemporains que je fréquentais, rôle déterminé dès ce départ dans La Vie qu’est la post-adolescence*, variable il est vrai d’un individu à l’autre mais totalement moyen pour ce qui me concerne, à savoir générosité, candeur et désespoir mêlé d’optimisme, il me sembla préférable d’endosser la pelisse de la réalité – et de la tailler large-, et de porter haut le masque de la mesure, de la décence, de la continence et de l’honnêteté.

Ce, à un âge avancé déjà, où tout artiste sérieux achève sa carrière.
De gré ou de force, selon les conditions climatiques et la panoplie de virus en cours.

Dès ce jour, affublée des oripeaux de seconde main, voire de tierce sinon plus, de la bêtise, n’ayant plus le courage ou la force de me laisser tordre dans des bras au bon vouloir des rencontres et n’ayant à prouver, comme les autres, que ma normale normalité, à savoir ma capacité à engloutir ce que l’on me sert en part individuelle pour finir grégaire à l’abattoir, je me tenais droite, irruptive quasi de froideur, offusquée du mot plus haut que l’autre, consommatrice sans éclat. L’innocence honnête et passe-partout, garantie de durabilité et même d’invisibilité.

Quelle fête !

Pas un poil qui dépasse – Mais où sont d’antan les grisantes aisselles crépues ?

Désertée par l’évidence violente, accouplée à la morgue, adepte du « c’est la vie chacun la sienne » « c’est malheureux mais c’est comme ça », « égalité égalité mes autruis », pleine de regrets et d’espoirs, concordante : j’étais de la confrérie.


« Je suis au Monde ! Je suis au Monde ! »
Aurai-je pu m’écrier sans démentir ma prime naissance mais ensevelissant d’un coup tous les possibles que la désespérance affectueuse de mes géniteurs avaient placé en ma carcasse, - car on ne procrée que si l’on est sérieusement désespéré, ou bien complètement aveugle.

Les portes des palais s’ouvraient grandes double-battants tintouin fanfare volupté sans excès : foyers où de solides familles m’asseyaient à leur table, me servaient des rogatons généreux et se débattaient dans leur tiédeur, services administratifs de nos temples culturels où seule la médiocrité du sens pouvait concourir aux côtés de la prodigalité et du faste …

La gaîté te déserta-t-elle ?

Oui, tant que dura ma peur. Voilà ce que je partageais franco de port avec mes voisins proches et lointains. Mais c’est lorsque mes amis que je rognais des yeux, enviant leur faculté à être demeurés tels qu’au premier jour, eurent été contaminés, que je jetai bas le masque, m’arrachai la pelisse et filai chevauchant le centaure plutôt qu’être chevauchée encore.
Il ne faut pas vendre la peau de l’âne …

Tous les temps se mélangent : Présent, Passé, Futur, … et il n’y a plus une concordance à respecter.

Ma vie ! Ma vie !
Ô Futur antérieur !


* vilain mot plus médical que littéraire mais qui couvre une réalité plus étendue et plus dense et plus convulsive que n’importe quelle symptomatique trope.

lundi 1 décembre 2008

Demander secours aux animaux

LE BÉLIER
& LE PIED DE BICHE
POUR LES PORTES REFERMÉES SOUDAIN

LE PERROQUET
POUR LES SÉSAMES LES PASSE-DROITS & LES POUR-PARLERS

LA POULE ET SON LAIT
POUR LES LONGS SOIRS D'HIVER GERMANT

LE LION
POUR LE COEUR EN CAPILOTADE

LA BÊTE
POUR LE POIL
À REPRENDRE

ET L'EPILADY* POUR L'ÔTER.



* Epilady est un terme commun de zoologie, appellation courante qui désigne l’imago électrique de l’ordre des lépidoptères. Son stade larvaire (mécanique) est la Pince à épiler. Un stade intermédiaire, le Rasoir, a toutefois été observé.

savoir dire merci aussi.

vous étiez installée doucement morfondue dans votre exil, vous parliez dans votre tête du temps qui passe sans vous, vous commenciez à mordre dans les cailloux, et puis, ça débarque avec un gâteau qui pépite dans la nuit tombée vite, ça téléphone et dans trois langues vous fête, ça vous fait cadeau de dessins à distance, ça sort les couverts et les casseroles et ça met les pâtes fumantes dans les assiettes, ça déborde de sourire, ça vous décore une boîte de mouchoirs en papier et vous écrit un mot d'amour, ça vous mail des messages lointains à l'oreille, ça vous prend à la gorge d'heureusement, ça vous ravit, ça vous ravive, ça vous colle au coeur des bonds, ça vous relie, ça éloigne Bombay, ça redonne goût de bombance, ça coule dans votre dos comme une caresse, et vous vous asseyez, là, vers 23h, devant la machine à taper, et du bout des doigts vous envoyez des baisers. MERCI.
de alain Reno

un Souvenir des années 90.

Le visage, d’abord, d’un Irlandais. Rougeaud, casquetté, négligemment bien vêtu. L’image épuisée, - les pintes vidées, l’œil vide, les mains tremblantes-, je passe aux alentours. À côté, sur la droite, mais visible en pied, un quadragénaire mi-chauve et santiagué, et face à lui, une belle étudiante (devant elle, sur la table, une chemise épaisse de copies, et des yeux à gober le mi-chauve, donc, me dis-je, c’est une étudiante.). Et le type dit, - que j’ai cru Irlandais- : « Je vais me foutre en boule. Laisse-moi travailler. ». Et un autre, un qui a des livres de l’édition de Minuit enfouis à demi dans ses poches, réplique : « Casse-moi la gueule ! Vas-y ! Moi, je suis franchouillard. Franchouillard ! » L’Irlandais-qui-n’en-est-pas-un saisit une valisette en cuir cossu, et un étui à guitare, et l’autre poursuit : « Je ne suis pas juif. Je ne suis pas musulman. Je suis franchouillard. Et je vous emmerde. Et je vous aime. » C’est définitif. Il se penche dangereusement sur la table, celle qui jouxte celle du mi-chauve, ahuri. L’Irlandais, embarrassé de ses valises, sort. Le demi-porteur de minuit retourne au comptoir sans commentaire. Le mi-chauve et l’étudiante sont indemnes. Une lueur de complicité passe dans la croisée de leurs regards. Le mi-chauve peut commencer, - et je l’entends distinctement : « ça me tient à cœur. » Je n’avais pas vu, une autre belle fille, à la peau noire, l’accompagne, qui est assise un peu en retrait. Il lui a adressé un clin d’œil. « Dites- moi le texte, et on verra. » Ce doit être un maestro de l’université, un gourou pour étudiantes qui parcourt parfois l’Afrique pour en rapporter des perles d’authenticité. Je laisse dire : « soixante-dix… Quelque part le mistral… Jour plombé » De la litanie que la voix sans relief de l’étudiante verse dans la rumeur feutrée du bistrot, je ne saisis que des bribes. « Soudain. Peu à peu… Sinon précisément privé(e ?) de sentiment … Et un monde…À genoux… Debout…À genoux... » Lacunaire ânonnement saisi de loin en loin. Le mi-chauve : « Tu as du mal » Elle, reconnaissante : « Oui. Je ne vois plus. » Elle crispe son corps et ses mains que je distingue enfin, sages jusqu’ici sans doute sur des genoux, les siens à elle, ses mains serrées sur ses couverts. Ils sont donc à déjeuner. Eux deux, car la belle femme à la peau noire, en retrait, n’a pas d’assiette. Il reprend : « Il faut le commencer ainsi : Soixante-dix… » Et il enchaîne, causant d’un procédé absolument innovant, les visages peints de blanc, émergeant seulement du rideau. « Pour cet auteur, on n’a jamais imaginé cela. » Et il tourne un peu sa calvitie entamée vers l’autre femme, la tapisserie de peau noire. Après l’exposition en plusieurs longues minutes de la mise en scène éventée, « un procédé… minéral ! », qu’il étire en haussant le ton, elle dit simplement, l’étudiante reconnaissante, ses yeux dans les yeux du mi-chauve : « ce serait bien. ».

Je reprends le 47, vers les Halles, plus d’une heure après le café de Jussieu. Le type à casquette est là, que j’avais pris pour un Irlandais, sur la plate-forme centrale. Maintenant un glaïeul vermillon est ficelé sur sa valise de cuir rigide. Queneau me tient la main. Je n’ai pas perdu mon temps.

dimanche 30 novembre 2008

Un terrain vague Mon seul corps 
j'ai

j'irais bien me dépayser.