samedi 20 février 2010

le juste retour des choses





un dieu pelé aux mains énormes
gratte mon dos

le bateau-feu rampe, plus loin

je le suis par le créneau


l'ami fabuleux que j'appelle
revient

ferme le rideau sur l'archère
j'ai congédié l'ogre divin



à toi petite mais toute entière



ami fabuleux des hiers
de ta bouche fais-moi taire

dans mon dos glisse ta main




ton zoo

"Prenez-moi
dans les dents"

C'est Mardi-Gras, la couenne est aux devantures
masquée

La gazelle s'avance costumée
en bébé tigre et un rhinocéros
a tombé sa cape féroce pour une peau d'Homme

dans mon lit la ménagerie
s'ébrouent gaiement

On s'interroge : les policiers sont emportés dans les paniers
à salade

Végétaux et animaux ne savent plus où donner
de la sève

jeudi 18 février 2010

des plombes



Qu'il dure cet automne!
Mais
Ce qu'il dure...


dans Paris, en éclaireur,
Je sors à peu de frais
que l'air du soir
un Rien me désaltère Je chausse ma pointure
deux pieds dans le bitume et claque du talon
mais c'est encor trop cher

Ne rencontre qu'un pilote sans le poisson séché qui lui faisait la tête :
"Escorte de l'envers, conduis-moi en hiver, -je lui murmure à l'ouïe
qu'on finisse d'un coup la récolte des vers!"
mais lui
me décroche une mâchoire digne d'une trouble fiente
se détournant de moi en reluquant l'av'nir
accoste une amazone trottant à contre-sens
et endosse sa route me laissant à mes doutes
au givre contagieux qui gonfle ma cervelle
au glacis de mes sens au frimas de mon coeur
à ma pelure de bête aux fins ourlets d'écume

Ô mon bel épitaphe mon retard épatant
mon mot de trop de plus le dernier
la coupe est rase de trop près
elle sent bon le poivre rose
j'ai le nez délicat Ne t'approche pas trop

sans guide que cinq ou six
sens mal départagés
je titube hors saison

Puis
"Vivement l'été."

On peut y décoller les jarrets des entrailles
jeter les livres saints et gagner l'océan
se plonger dans les sels retrouver ses écailles
et d'une voix lascive apprivoiser le temps




lundi 15 février 2010

j'ai acheté des fleurs en hiver







À la Saint-Valentin
Les fleuristes se font

DU BEURRE SUR LES ROSES








dimanche 14 février 2010

qui êtes-vous derrière ?




S' PAYER DES TRUCS LA PEAU DES FESSES

ET N' RIEN AVOIR À S' FOUT' SUR L' DOS





MON CONSEIL : RETOURNEZ-VOUS.





une mince affaire





Sa poubelle ?
Il la sort, oui.
Son chien aussi.

Mais sa femme, jamais.





Grand bien lui fasse. Elle a gardé son accent du pays.
J'ajouterai ceci : il est d'une élégance sans égale.







l'ombre de soi-même







"Tu me fais de l'ombre.
L'ampoule nue au plafond ne suffit plus.
Les yeux vieillissent-ils ? Ils sont restés si grands.



Les frasques sont de plus en plus économes, les mystères se confondent aux pudeurs, mais on s'aime toujours.

Dans la chambre, il y a la cuisine. Il y a un matelas déposé au sol, à côté de la table, qu'il faut retourner, de temps à autre, pour lutter contre la pourriture. Il est de plus en plus lourd aussi le retourne-t-on à l'occasion seulement, quoique tu y demeures plus souvent allongé. Juste derrière, oh! à peine deux pas, accroché à la paroi, un lavabo qui fait également office d'évier. À gauche la gazinière, et à nos pieds la glacière bleue. Une étagère flotte au dessus, avec juste ce qui faut de vaisselle pour un couple qui ne reçoit plus. En face, à la tête du matelas, qui retient les oreillers, un tas de livres, prodigieux. Nous n'osons plus lire, de crainte d'écrouler notre chevet. Nous parlons longtemps pour que le sommeil vienne, ensemble d'abord; puis chacun dans son coin, à marmonner la nuit. Et de l'autre côté, en reste de commode, trois tiroirs où l'on empile nos habits, pèle-mêle, ceux de femme, ceux d'homme. Rien d'autre. Le reste a été vendu. D'abord péniblement, puis avec une juste frénésie qui nous a gardé des nuits entières éveillés, étreints par la joie, à rire aux éclats, ensemble d'abord; puis chacun dans son coin, à marmonner la nuit.



Aujourd'hui, je ne veux pas croire que ce sont mes yeux qui me rendent mal service, ni que l'ampoule défaille. Aujourd'hui, mon amour, tu me fais de l'ombre. La tienne. Celle de ton corps que j'ai vu se cogner aux murs, que j'ai soigné, bercé, aimé et qui lentement, lentement décompose notre histoire."






Sept personnages. Deux accessoires. Décor unique.





Un type qui donne une pichenette dans une roue et des hamsters aveugles qui trottent plus vite encore

L'arbalète chargée dans le dos de l'homme : c'est lui qui l'a placée
Lui-même
et rien absolument ne nous garantit que cette leçon d'équilibre
finira bien.