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jeudi 22 septembre 2011

Bonne fête maman, ou l’art du recyclage. 26 Mai 2001.


1.

Elle sautille, me bouscule, m'empresse : " Donne ! Donne ! " . Avec quelle gaîté, elle hurle presque, bondissant d'un pied sur l'autre, les bras jetés vers le rouleau que je porte maintenant avec angoisse à bout de bras, par-dessus ma tête. Et que lit-on sur mon visage ? L'embarras ? Point. - Savez-vous lire ! - : j'étale un sourire béat. Hissé sur la pointe de mes orteils, une posture de vrac maladroit. Vacillant, je tournoie. Taureau : c'est elle ! Moi, matador. À peine. Grand'peine. Ma femme s'immobilise.

La danse s'épuise. Je plante mes talons. Un petit silence et rougissant un peu :
" C'est gentil mon chéri d'avoir cette année pensé à la fête des Mères. "
L'as de la dissimulation : un zéro, un nul.
Le plus piteux d'entre tous : " C'est une peinture. "
Elle me fixe subjuguée.
" Abstraite. "
Je précise.
" Abstraite. "
Elle murmure.

Son visage s'illumine. Sa voix se fait encore plus douce, sa douce voix.
" Donne ".
Je baisse enfin les bras et je tends le rouleau des deux mains où le sang ne vient plus.
Elle le saisit, je me détourne.
Elle le décapsule et déroule le papier : j'entends.

Et j'entends encore, miaulé du fond du couloir, au risque encore de réveiller les enfants : " Je vais l'accrocher dans la chambre. "
Oh. Pas dans la chambre !
Si.
Je la suis à distance. Elle a été véloce.
Dans la chambre.
C'est épinglé haut oh ! au chevet du lit : nous faisons presque la même taille. Le carré de papier n'est pas bien grand, lui, sur le grand mur blanc, entre les deux appliques.
Un monochrome couleur chair. Elle m'enlace et son calme me gagne.
Elle glousse dans mon aisselle : " Merci. " .
Sauvé. 
" J'adore. Je lencadrerai plus tard."
Elle s’adonne aux travaux manuels, parfois.



2.

Il y a toujours une épaisse couche de silence, malgré la cohue citadine, entre eux. C'est sans doute la clandestinité qui force le vacarme. Combien d'autres couples attablés pareillement préservent un secret par nécessité, sans particulièrement s'en délecter. La petite femme pense :
 " Au moins ici je ne me sens pas seule au monde. " Et elle finit le salvateur verre d'alcool. Lhomme l'enlace. Elle tente de poser le verre et y parvient. Ils ont parlé de tout, sauf d'eux ensemble. Ils en parleront par bribes peut-être, tout à l'heure en se rhabillant, chambre 17, deux rues plus loin.
" Pourquoi ce type m'enlace-t-il ? " pense-t-elle encore.
 " On y va ? "




3.
Malgré le désarroi où cela me plonge, après, j'apprécie la vitalité que me procurent ces rendez-vous.
Et puis, cette sensation palpable de solitude centrée enfin.
Pas possible de se disperser dans ces bras-là, ces jambes-là, sur ce ventre-là, ce sexe-là. Là, je suis tout à fait la même. Et comme, fichtre, il n'est question que de plaisir : il n'est de réponse qu'au présent.
Mais il y a ces baisers, - des lampées d'amour vif - .
Et puis lui, au moins, il parle. D’anatomie, souvent. Mais je ne vais pas choisir les sujets de conversations, non plus.
Et revient plusieurs fois cette phrase dans le souffle brûlant le long des vertèbres :
" J'adore ton dos. "
Cela ne me flatte pas.
Je laisse dire et faire.

4.
Alors un jour, je demande à Alfred, Alfred qui ne me refuse rien parce qu’il est en quelque sorte mon cousin, de me peinturlurer ce dos.
Alfred questionne rarement, mais ce jour-là lAlfred dépare :
" C'est pour un connaisseur ? "
Je réponds : " - Non, une connaissance. " .
Il  insiste : "  Ignorante j'espère. Le pastiche passe encore : c'est l'école de l'art. Mais les redites. ..".
Agacée ou honteuse de cet enfantillage, je me déshabille devant Alfred qui jamais ne m’a vue nue.
« On évite le bleu, fait-il en débouchant un gros pot de pommade aux reflets écoeurants, soyons réalistes. »
Bientôt je suis vautrée sur le dos contre un papier kraft dévoilant à Alfred avec lequel je vis en parfaite – si cest possible – chasteté ma crudité osseuse et la peinture adhère là où mon corps rebique.
Un quart d'heure plus tard, je suis lavée, poudrée, embaumée, clinquante et mon dos négatif avec tout ce qui m’est donné de fesses, est renversé là, sur le papier, sec, couleur chair. Mon revers minuscule saisi à la gouache mate que j'enroule sur lui-même et que je fourre dans un rouleau de carton protecteur.

5.
«     -Nous avions dit que notre relation était juste une relation. Comme ça. Claire.
-       C'est pas un cadeau. C'est un pense-bête.
-       Pour se souvenir de quoi ?

La bête, c'est moi. Le dos c’est pour lui.

Mais " De ces moments d'oubli " pense-t-elle répondre. Elle ne répond pas.
Et elle sourit, sincèrement reconnaissante.


6.
Ils se rhabillent. Quoi qu’il en soit, il quitte la chambre 17 embarrassé de son sac, de ce rouleau et d'un toujours tendre sourire. Elle quitte la chambre un quart d'heure plus tard, lavée, poudrée, embaumée, clinquante et pense encore : " Tant pis s'il le jette à la première poubelle. Au moins je l'ai fait. "


7.
Lui en fit ce qu'il put.



Bonne fête maman, ou lart du recyclage. /pour B. 26 Mai  2001.







vendredi 24 juin 2011

harassée





L'amant au coeur vert-chou qui me rendit
hommage de cheval
guigna la fin de la course
avant que je m'emballe ne m'en fit pas mystère
et m'acheva tout net

je posai
mes langueurs dépravées et mes chagrins d'enclume
embrassai ses paupières et quittai le manège équarrie de désir

Rapportez à la garçonnière du Faubourg celui que volontiers j'épinglais aux chevets de mes veilles Qu'il reprenne haleine et bonne pouliche et picotin bleu

Je reste allongée le long de ma dépouille ma bouche
n'écume plus mon crin sèche rouge et j'ai déchaussé mes sabots
quelques mouches
baisent l'air salin qui monte aux yeux





mardi 31 mai 2011

triste de lui







Sortir dès potron minet à l'heure des bourreaux
s'étourdir des violets rayés de ciels en tourmente sous lesquels ils avaient plantés leurs baisers sans les attacher

durant les nuits amusantes

marcher là où les rues fument encore des brûlures
ou le contraire

Il faudrait toujours naître plus loin que Sarcelles
et terminer brutalement son verre sans le briser

et que jamais plus - se reconnaître
et que toujours plus - se reconnaître

et cet immense respect pour le silence aux sourires coincés dans ses angles


et mes mains patientes - entre deux saisies d'huissiers
entrés par la porte puis volée de lucarne -
caressent
du vent










lundi 30 mai 2011




à vous l'éternité poisseuse
pas plus tard qu'hier je pleure
les instants tus


dormir entre l'âne et le boeuf



le boeuf déprimant
sous la lune je l'ai bouffé

baby it's cold outside











un poisson regarde son aquarium du dehors un bon moment
perplexe
et soudain s'écrie
"Mon dieu ! Je suis hors de l'eau!"
et s'il meurt, c'est d'étonnement :
savoir parler le cloue sur place

Rentrons dormir




faire figure de bois au plancher




Jamais pour lui elle n'a posé. Les poses c'est fait pour les simili- acrobates. Celles qui vivent avec filet. Les piochées au jeu des mille francs. Les celles qui font dépasser leur dentelle blanche des tailles de leur pantalon. Affichent candeur à l'excès, ont jolies dents dans la mâchoires et coeur par le bout du nez.

Pas femme à poser : la poussière lui flétrirait la peau. Et sa peau seule douceur, seule sienne.

Et puis d'elle, le temps compté en instants vifs-poissons dont elle se fait des queues pour continuer son histoire - celle qu'on ne dit pas aux enfants de peur qu'ils en rient dans le noir avec Lilith et s'en étranglent dans le sommeil.

Le temps lui interdit la pose.




samedi 28 mai 2011

7 days After




minuit tu vins la porte verte
dans la nuit déhalée ouverte
pourvu que 2 étages après

la bouche de soif - un fleuve elle écumerait !
gravit ton corps et l'écroulement des nuits franches qui finissent sources
coudées de distances éteintes nous en voulions !

"- Parle plus simple."

J'ai poussé du pied, libre, rue Bleue puis du Paradis finissante au Désir
Ma langue déliée sait des noms Tiède est la nuit d'avant l'étreinte

"- Parle plus simple."

Revenons au doux souvenir : à la porte, minuit ! c'est la lune,
ce halo!
Embrun
-car tu n'as pas la puissance du vent-
grimpe encore un niveau.

La fontaine au bout du fleuve à retroussis gargouille d'envie
l'eau est fraîche malgré les années
nul artifice à ses flancs

les petits graviers des rives qui vont rouler contre celui
des cimetières -terres retournées et inconnues encore - dans un tamis de baisers
que tu ne refuses pas
je les passe

"- Parle plus simple."

Tu te répètes mais je ne m'en porte pas plus mal

La vie aux paupières lourdes l'éternité souffletée dans la répétition.
ah ! Si l'acte jamais n'avait été sitôt qu'il fut pour toujours être à venir.

Mais s'étalent les grèves piétinées par tes belles des deux côtés peu
m'importe je nage sous l'onde dessus syreine toujours
syreine toujours l'âge me souffle
dans les bronches de vastes lampées de plaisir
et mes jambes troquées courent les pages blanches
ma gorge se dénoue sous les caresses abandonnées
Toutes ces caresses orphelines !

"- Parle plus simple..."
Tu soupires

Tout-inconnu tout-aimé
mes dents clouées dans le cerveau aujourd'hui je te parle bleuie
d'une histoire sans trace
arrachée au temps qui commence quand les mains rapprochent le visage
du visage sur le visage les lèvres
rapprochent les lèvres des lèvres et que nous parlons la même langue
plus de sept fois tournée dans nos palais de nacre rose

(exaspéré) : "- Parle plus simple."

Du vent le vent ! passe chemin murailles d'aube lit d'aurore miroir passe et soulève mes draps
passeront mais je laisse le temps s'attarder dans leurs plis

J'y cultive des lacunaires :
contemplez ces fleurs de chartreux ployées sous les ciels secrets. La rosée seule
les nourrit. Prie pour moi toi qui sait prier.
Chez toi, fait-il encore minuit ?
Une nuit d'écailles transies me berce Ses longs bras autour de ma taille

et je rêve de jambes à ton cou

j'ai troqué ma voix au matin
le jour parlait simple mais rouge

les peaux couraient frissons
satin je frappe à la porte ouverte
Longtemps je resterai au seuil





dimanche 22 mai 2011

l'avant-goût






tordu l'estomac vrillé le coeur clouté l'esprit maintenant je plonge dans un bain
c'est une chance de nager l'enfer un talent de le faire naître
avant de disparaître

payer grassement un ange cela ne coûte rien pour qu'il intercède
vite

vite tant le bain brûle
et jeter l'ange avec son eau

On avait rencontré un sourcier : un regard et c'était fontaine. Autour, on monta des murs. On s'approcha de la margelle. On y précipita le sourcier. À la fontaine jamais, on ne pourra
s'y aller promener. À moins qu'il remonte les yeux clairs, indulgent, patient, amical.


Qui rêverait au fond d'un puits où j'ai plongé pour oublier Jouvence l'aimable sourcier
que j'avais précipité ?







cache cache

hôtesse d'un Chaos j'allongeais ma carcasse
mais le sommeil ne me trouvait pas

perdue dans un jardin de supplices

j'appelais éraillée le temps
qu'il fasse à rebours ses culbutes
vainement

hier j'ai mâché mon enfer et leurs peaux ont quitté la fête
sans un baiser lui le complice
ma bêtise étale en tapis les pieds pris - tombée sur une dent
la bouche gonflée sang amer-

le vin a décorné des boeufs et lamentable lamantine
syrène des dessins colorés rincée au citron je désastre
mes nuits à venir prometteuses

le rire de moi ne me vient pas
ma bouche trop blessée pour sourire et le sommeil
qui ne me trouve pas embusquée dans mon chagrin

pitié pour les lamantins !
qu'ils disparaissent avec le temps que fit hier mon courage idiot



samedi 21 mai 2011

la vieille petite et néanmoins chanson du temps qu'il fait sous mes soleils





Quand il n’y aura plus de tabac

je ne fumerai plus

Quand il n’y aura plus de vin

je ne boirai plus

Quand tu ne seras plus vivant

je ne t’aimerai plus

je te souhaite vie longue longue longue

santé vigueur et appétit

la douceur me la souhaite

aussi

speak my tongue

The one who makes my nights so bright
is the same that
The one who pulls all my delight
out my days

and his name on the tip of my shoe
bidou bidou ouououh...

The one who improves my sorrow
is the same that
The one who weights over my glow
tonight

and his name on the tip of my shoe
bidou bidou ouououh...

oggi ciottoli


abbracciare coloro che sono vivi
e vagano e
perdere l'uomo
e non pensare
agli tanti baci
baci che vogliamo ancora dare
ancora

oggi ciottoli nel piccolo della schiena

ma guardare le statue
che guardano de le statue
in specchi morti

lascio gli specchi agli pesce morti

il mio dormire sonni tranquilli

brucia il sogno che mi ha consumato

le giornate si fanno prima che possano essere conteggiati in ore?

che ne sai de prossimi giorni e anni e secoli
dove dormiremo nei nostri brutti sogni

e le gambe dei pazienti
che scriveranno la nostra storia senza fine
piegato su quadranti
ha restituito il corpo del nostro matrimonio

pericoloso ?
`


lundi 2 mai 2011

Les bonnes raisons de ne plus écrire de lettres




Entre les baisers que je destine et que j'envoie et ceux que vous recevez : quelle perte !

La matière s'érode au contact vertigineux de l'absence et la saveur s'étiole; et ce qui était mouillé sèche, ce qui était sec sue, ce qui était moelleux est solidifié au point que ce sont des rogatons durs, cassants et ratatinés de fastes sensuelles et de douceurs nacrées qui vous parviennent, sans grâce, sans éclat.

Et c'est parce que vous êtes retourné, occupé à ce qui vous occupe sainement, loin de moi, qu'ayant sitôt atteint le seuil de votre maison, le seul baiser échappé qui était parvenu, courageux, indemne et fort de toute ma tendresse tombe mort, raide, sur le paillasson.

Une autre s'y essuiera les talons et le pauvre athlète foudroyé, malvenu, meurtri finira crêpe sous le crêpe.



santo subito





Ô Bienheureuse il me fit cent fois sur le billot des nuits
Promoteur de la Foi, bradant la part du Diable

Canon

L'actualité en mouchoir papier brûlait sans éclairer les chairs

À l'aube je souriais aux anges





dimanche 1 mai 2011

les dimanches, surtout





Depuis que mon lit est installé dans un jardin zoologique, je ne peux plus me plaindre.

Depuis que mon lit, plus exactement, est derrière des barreaux, et moi avec, au coeur du jardin zoologique : je n'ai plus besoin ni de papier, ni de stylo. Ni de chevet.

Chaque jour on me prend en photo, on étudie la fiche descriptive qui a été accrochée au grillage, on me roucoule parfois gentiment au nez. On lit sans remarque déplaisante, - de l'étonnement à peine-, on prend pour argent comptant ce qui est écrit. On s'ébahit sur ma hauteur au garrot, sur les dimensions de ma croupe, le satiné de ma peau, la saillie de mes ilions, sur la modicité de mes seins, mes jambes elliptiques, la largeur de mes pieds, ma pilosité irrégulière, etc...
Les gens s'efforcent aussi de pousser des petits cris, de râler, de piailler. Ils prennent contact.
Je ne réponds pas, pour ne pas les gêner, pour qu' ils ne fuient pas, confus, en marmonnant : "Pardon Madame, nous n'avions pas compris... On ne nous avait pas prévenus que vous étiez une... Vous en êtes et en cage : nous ne pouvions pas savoir." Je ne veux pas les voir rougir. J'en serais désolée.

Peut-être même se scandaliseraient-ils, certains, "Enfermer une qui comme vous et moi!"
Et, savez-vous, ils seraient capables de dresser des pétitions, de former des comités de défense, de suivre des bannières, et de me faire délivrer, furieusement - et l'on arracherait des barreaux mon joug, que j'ai suspendu au jour de mon enfermement, pour décorer mon espace.
Aussi je me tais précautionneusement. Je souris sans montrer mes dents, gentiment, dans la lumière orange des week-ends.

Je suis, je crois, une grande attraction depuis qu'on m'a installée ici, avec mon lit. Numéro deux après les grands fauves. On a reproduit une photo de moi sur les tickets, entre celles du puma et des rhinocéros. Beaucoup de promeneurs s'empressent à mon enclos. Ils ne jettent même pas un oeil aux antilopes aux cous graciles. Ils foncent droit jusqu'à moi.
Les Dimanches, surtout.

Les enfants passent parfois leurs bras et leurs menottes à travers les barreaux. Ils les secouent. Sans doute voudraient-ils que j'y vienne poser mon museau, ma joue, ma tête. J'évite : je crains que cela n'excite ma nostalgie et que les larmes ne me montent aux yeux. Parler, passe encore, - les perroquets peuvent parler. Mais pleurer.

Un samedi, juste avant l'heure de la fermeture, un couple est demeuré longtemps tout près de moi. Ils regardaient distraitement dans ma direction en lapant chacun une glace. Ils avaient l'air indifférent de ceux à qui l'on a trop répété : " Mais c'est incontournable ! Vous ne pouvez pas la manquer! S'il y a quelque chose à ne pas rater..." et qui se plantent, déçus, la réalité ne résistant pas à l'ordinaire.

Ils ont fini les glaces et sont restés là, à me fixer l'oeil vide, mâchouillant les dernières miettes de leurs cornets. ça a duré. Ils ne se disaient rien. L'ennui les gagnait mais aucun d'eux n'osait rompre la pause et avouer que Ouais! C'est pas mal mais ça ne vaut pas tout le plat qu'on en fait... Ils étaient moroses, chacun son coin, soupirant.

Puis ils se sont rapprochés l'un de l'autre, d'abord la main, puis les bouches, pour s'occuper. Ils se sont embrassés là, juste devant. J'ai quitté mon lit, et je suis venue me placer à la limite de ma cage, debout, tout contre eux. J'étais un petit peu plus petite qu'eux et beaucoup plus nue, - telle que vous me connaissez.

L'homme était grand, arrondi par les ans mais se dégageait de lui une chaleur enjôleuse, et la femme en manteau rouge, qui se donnait un air juvénile, avait le nez retroussé et des cheveux assez longs pour laisser croire au paradis. Ils s'embrassaient sans reprendre souffle, et j'entendais de légers et désagréables chuintements de succion. ça a duré. Je ne sais qui de la femme ou de l'homme a perçu en premier ma présence, mais ils se sont séparés, toujours aussi moroses, puis détournés, sans m'adresser un regard, vers le carton plastifié où figurent mon nom, mon mode d'alimentation, ma vitesse de course, ma zone géographique d'origine et mes caractéristiques de prédation et de reproduction. Ils ont lu sans un commentaire.

Ils s'absorbaient dans cette lecture, soupirant. La femme s'est essuyé la bouche. L'homme s'est mis à tapoter le revers de sa poche dans un morse parfaitement lisible. Comme pour ma part, je ne sais pas lire le morse, je n'ai pas su s'il s'adressait à elle, à moi, ou si c'était un geste machinal d'impatience. Ponctuel, le gardien a sifflé : ils se sont mis à courir d'un coup vers la sortie, elle d'abord, et lui plus lent, à sa suite. Sans un regard pour moi. Ils se tenaient la main je crois au moment où ils ont disparu derrière l'étang des flamants roses (Phoenicopteri rosei). Je suis retournée me coucher sur mon lit à deux places. Il ne s'est pas mis à pleuvoir.




Des caresses, parfois, lorsque le jour grimpe au ciel du lit, ceux qui m'apportent la nourriture, les soins, ceux qui viennent nettoyer la cage, ils m'en donnent. Ils me flattent de leurs grandes paumes parfois velues au revers, et j'aime ça.

Des baisers, jamais. Ni d'étreintes. Lorsque la nuit effleure les draps je frissonne un peu. Mais sinon, je ne peux pas me plaindre : depuis que mon lit est installé dans le jardin zoologique, je ne manque de rien.















samedi 30 avril 2011

le tour du monde






"Tourne-toi" enjoignit Copernic. Et elle gagna le bord du lit
roulant du dos au flanc sailli.

Le monde perdit ses repères, et elle remercia le savant.