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vendredi 20 janvier 2012
jeudi 22 septembre 2011
Bonne fête maman, ou l’art du recyclage. 26 Mai 2001.
1.
Elle sautille, me bouscule, m'empresse : "
Donne ! Donne ! " . Avec quelle gaîté, elle hurle presque, bondissant d'un
pied sur l'autre, les bras jetés vers le rouleau que je porte maintenant avec
angoisse à bout de bras, par-dessus ma tête. Et que lit-on sur mon visage ?
L'embarras ? Point. - Savez-vous lire ! - : j'étale un sourire béat. Hissé
sur la pointe de mes orteils, une posture de vrac maladroit. Vacillant, je
tournoie. Taureau : c'est elle ! Moi, matador. À peine. Grand'peine. Ma femme
s'immobilise.
La danse s'épuise. Je plante mes talons. Un petit silence
et rougissant un peu :
" C'est gentil mon chéri d'avoir cette année
pensé à la fête des Mères. "
L'as de la dissimulation : un zéro, un nul.
Le plus piteux d'entre tous : " C'est une
peinture. "
Elle me fixe subjuguée.
" Abstraite. "
Je précise.
" Abstraite. "
Elle murmure.
Son visage s'illumine. Sa voix se fait encore plus
douce, sa douce voix.
" Donne ".
Je baisse enfin les bras et je tends le rouleau des
deux mains où le sang ne vient plus.
Elle le saisit, je me détourne.
Elle le décapsule et déroule le papier : j'entends.
Et j'entends encore, miaulé du fond du couloir, au
risque encore de réveiller les enfants : " Je vais l'accrocher dans la
chambre. "
Oh. Pas dans la chambre !
Si.
Je la suis à distance. Elle a été véloce.
Dans la chambre.
C'est épinglé haut oh ! au chevet du lit : nous
faisons presque la même taille. Le carré de papier n'est pas bien grand, lui,
sur le grand mur blanc, entre les deux appliques.
Un monochrome couleur chair. Elle m'enlace et son
calme me gagne.
Elle glousse dans mon aisselle : " Merci.
" .
Sauvé.
" J'adore. Je l’encadrerai
plus tard."
Elle s’adonne aux travaux manuels, parfois.
2.
Il y a toujours une épaisse couche de silence, malgré
la cohue citadine, entre eux. C'est sans doute la clandestinité qui force le
vacarme. Combien d'autres couples attablés pareillement préservent un secret
par nécessité, sans particulièrement s'en délecter. La petite femme pense :
"
Au moins ici je ne me sens pas seule au monde. " Et elle finit le
salvateur verre d'alcool. L’homme l'enlace. Elle tente
de poser le verre et y parvient. Ils ont parlé de tout, sauf d'eux ensemble.
Ils en parleront par bribes peut-être, tout à l'heure en se rhabillant, chambre
17, deux rues plus loin.
" Pourquoi ce type m'enlace-t-il ? "
pense-t-elle encore.
"
On y va ? "
3.
Malgré le désarroi où cela me plonge, après, j'apprécie
la vitalité que me procurent ces rendez-vous.
Et puis, cette sensation palpable de solitude centrée
enfin.
Pas possible de se disperser dans ces bras-là, ces
jambes-là, sur ce ventre-là, ce sexe-là. Là, je suis tout à fait la même. Et
comme, fichtre, il n'est question que de plaisir : il n'est de réponse qu'au présent.
Mais il y a ces baisers, - des lampées d'amour vif -
.
Et puis lui, au moins, il parle. D’anatomie,
souvent. Mais je ne vais pas choisir les sujets de conversations, non plus.
Et revient plusieurs fois cette phrase dans le
souffle brûlant le long des vertèbres :
" J'adore ton dos. "
Cela ne me flatte pas.
Je laisse dire et faire.
4.
Alors un jour, je demande à Alfred, Alfred qui ne me
refuse rien parce qu’il est en quelque sorte mon cousin, de me peinturlurer ce
dos.
Alfred questionne rarement, mais ce jour-là l’Alfred dépare :
" C'est pour un connaisseur ? "
Je réponds : " - Non, une connaissance. "
.
Il
insiste : " Ignorante
j'espère. Le pastiche passe encore : c'est l'école de l'art. Mais les redites.
..".
Agacée ou honteuse de cet enfantillage, je me déshabille
devant Alfred qui jamais ne m’a vue nue.
« On évite le bleu, fait-il en débouchant un
gros pot de pommade aux reflets écoeurants, soyons réalistes. »
Bientôt je suis vautrée sur le dos contre un papier
kraft dévoilant à Alfred avec lequel je vis en parfaite – si c’est possible – chasteté ma crudité osseuse et la peinture adhère
là où mon corps rebique.
Un quart d'heure plus tard, je suis lavée, poudrée,
embaumée, clinquante et mon dos négatif avec tout ce qui m’est donné de fesses,
est renversé là, sur le papier, sec, couleur chair. Mon revers minuscule saisi à
la gouache mate que j'enroule sur lui-même et que je fourre dans un rouleau de
carton protecteur.
5.
« -Nous avions dit que notre relation était juste
une relation. Comme ça. Claire.
-
C'est
pas un cadeau. C'est un pense-bête.
-
Pour
se souvenir de quoi ?
La bête, c'est moi. Le dos c’est pour lui.
Mais " De ces moments d'oubli "
pense-t-elle répondre. Elle ne répond pas.
Et elle sourit, sincèrement reconnaissante.
6.
Ils se rhabillent. Quoi qu’il en soit, il quitte la
chambre 17 embarrassé de son sac, de ce rouleau et d'un toujours tendre
sourire. Elle quitte la chambre un quart d'heure plus tard, lavée, poudrée,
embaumée, clinquante et pense encore : " Tant pis s'il le jette à la première
poubelle. Au moins je l'ai fait. "
7.
Lui en fit ce qu'il put.
Bonne fête maman, ou l’art du recyclage. /pour B. 26 Mai 2001.
vendredi 24 juin 2011
harassée
hommage de cheval
guigna la fin de la course
avant que je m'emballe ne m'en fit pas mystère
et m'acheva tout net
je posai
mes langueurs dépravées et mes chagrins d'enclume
embrassai ses paupières et quittai le manège équarrie de désir
Rapportez à la garçonnière du Faubourg celui que volontiers j'épinglais aux chevets de mes veilles Qu'il reprenne haleine et bonne pouliche et picotin bleu
Je reste allongée le long de ma dépouille ma bouche
n'écume plus mon crin sèche rouge et j'ai déchaussé mes sabots
quelques mouches
baisent l'air salin qui monte aux yeux
samedi 18 juin 2011
mardi 7 juin 2011
mardi 31 mai 2011
triste de lui
s'étourdir des violets rayés de ciels en tourmente sous lesquels ils avaient plantés leurs baisers sans les attacher
durant les nuits amusantes
marcher là où les rues fument encore des brûlures
ou le contraire
Il faudrait toujours naître plus loin que Sarcelles
et terminer brutalement son verre sans le briser
et que jamais plus - se reconnaître
et que toujours plus - se reconnaître
et cet immense respect pour le silence aux sourires coincés dans ses angles
et mes mains patientes - entre deux saisies d'huissiers
entrés par la porte puis volée de lucarne -
caressent
du vent
lundi 30 mai 2011
baby it's cold outside
faire figure de bois au plancher
Jamais pour lui elle n'a posé. Les poses c'est fait pour les simili- acrobates. Celles qui vivent avec filet. Les piochées au jeu des mille francs. Les celles qui font dépasser leur dentelle blanche des tailles de leur pantalon. Affichent candeur à l'excès, ont jolies dents dans la mâchoires et coeur par le bout du nez.
Pas femme à poser : la poussière lui flétrirait la peau. Et sa peau seule douceur, seule sienne.
Et puis d'elle, le temps compté en instants vifs-poissons dont elle se fait des queues pour continuer son histoire - celle qu'on ne dit pas aux enfants de peur qu'ils en rient dans le noir avec Lilith et s'en étranglent dans le sommeil.
Le temps lui interdit la pose.
samedi 28 mai 2011
7 days After
dans la nuit déhalée ouverte
pourvu que 2 étages après
la bouche de soif - un fleuve elle écumerait !
gravit ton corps et l'écroulement des nuits franches qui finissent sources
coudées de distances éteintes nous en voulions !
"- Parle plus simple."
J'ai poussé du pied, libre, rue Bleue puis du Paradis finissante au Désir
Ma langue déliée sait des noms Tiède est la nuit d'avant l'étreinte
"- Parle plus simple."
Revenons au doux souvenir : à la porte, minuit ! c'est la lune,
ce halo!
Embrun
-car tu n'as pas la puissance du vent-
grimpe encore un niveau.
La fontaine au bout du fleuve à retroussis gargouille d'envie
l'eau est fraîche malgré les années
nul artifice à ses flancs
les petits graviers des rives qui vont rouler contre celui
des cimetières -terres retournées et inconnues encore - dans un tamis de baisers
que tu ne refuses pas
je les passe
"- Parle plus simple."
Tu te répètes mais je ne m'en porte pas plus mal
La vie aux paupières lourdes l'éternité souffletée dans la répétition.
ah ! Si l'acte jamais n'avait été sitôt qu'il fut pour toujours être à venir.
Mais s'étalent les grèves piétinées par tes belles des deux côtés peu
m'importe je nage sous l'onde dessus syreine toujours
syreine toujours l'âge me souffle
dans les bronches de vastes lampées de plaisir
et mes jambes troquées courent les pages blanches
ma gorge se dénoue sous les caresses abandonnées
Toutes ces caresses orphelines !
"- Parle plus simple..."
Tu soupires
Tout-inconnu tout-aimé
mes dents clouées dans le cerveau aujourd'hui je te parle bleuie
d'une histoire sans trace
arrachée au temps qui commence quand les mains rapprochent le visage
du visage sur le visage les lèvres
rapprochent les lèvres des lèvres et que nous parlons la même langue
plus de sept fois tournée dans nos palais de nacre rose
(exaspéré) : "- Parle plus simple."
Du vent le vent ! passe chemin murailles d'aube lit d'aurore miroir passe et soulève mes draps
passeront mais je laisse le temps s'attarder dans leurs plis
J'y cultive des lacunaires :
contemplez ces fleurs de chartreux ployées sous les ciels secrets. La rosée seule
les nourrit. Prie pour moi toi qui sait prier.
Chez toi, fait-il encore minuit ?
Une nuit d'écailles transies me berce Ses longs bras autour de ma taille
et je rêve de jambes à ton cou
j'ai troqué ma voix au matin
le jour parlait simple mais rouge
les peaux couraient frissons
satin je frappe à la porte ouverte
Longtemps je resterai au seuil
dimanche 22 mai 2011
l'avant-goût
c'est une chance de nager l'enfer un talent de le faire naître
avant de disparaître
payer grassement un ange cela ne coûte rien pour qu'il intercède
vite
vite tant le bain brûle
et jeter l'ange avec son eau
On avait rencontré un sourcier : un regard et c'était fontaine. Autour, on monta des murs. On s'approcha de la margelle. On y précipita le sourcier. À la fontaine jamais, on ne pourra
s'y aller promener. À moins qu'il remonte les yeux clairs, indulgent, patient, amical.
Qui rêverait au fond d'un puits où j'ai plongé pour oublier Jouvence l'aimable sourcier
que j'avais précipité ?
cache cache
hôtesse d'un Chaos j'allongeais ma carcasse
mais le sommeil ne me trouvait pas
perdue dans un jardin de supplices
j'appelais éraillée le temps
qu'il fasse à rebours ses culbutes
vainement
hier j'ai mâché mon enfer et leurs peaux ont quitté la fête
sans un baiser lui le complice
ma bêtise étale en tapis les pieds pris - tombée sur une dent
la bouche gonflée sang amer-
le vin a décorné des boeufs et lamentable lamantine
syrène des dessins colorés rincée au citron je désastre
mes nuits à venir prometteuses
le rire de moi ne me vient pas
ma bouche trop blessée pour sourire et le sommeil
qui ne me trouve pas embusquée dans mon chagrin
pitié pour les lamantins !
qu'ils disparaissent avec le temps que fit hier mon courage idiot
samedi 21 mai 2011
la vieille petite et néanmoins chanson du temps qu'il fait sous mes soleils
Quand il n’y aura plus de tabac
je ne fumerai plus
Quand il n’y aura plus de vin
je ne boirai plus
Quand tu ne seras plus vivant
je ne t’aimerai plus
je te souhaite vie longue longue longue
santé vigueur et appétit
la douceur me la souhaite
aussi
Libellés :
chanson,
mangez un vers par jour au moins,
pour un rhinocéros
speak my tongue
The one who makes my nights so bright
is the same that
The one who pulls all my delight
out my days
and his name on the tip of my shoe
bidou bidou ouououh...
The one who improves my sorrow
is the same that
The one who weights over my glow
tonight
and his name on the tip of my shoe
bidou bidou ouououh...
oggi ciottoli
abbracciare coloro che sono vivi
e vagano e
perdere l'uomo
e non pensare
agli tanti baci
baci che vogliamo ancora dare
ancora
oggi ciottoli nel piccolo della schiena
ma guardare le statue
che guardano de le statue
in specchi morti
lascio gli specchi agli pesce morti
il mio dormire sonni tranquilli
brucia il sogno che mi ha consumato
le giornate si fanno prima che possano essere conteggiati in ore?
che ne sai de prossimi giorni e anni e secoli
dove dormiremo nei nostri brutti sogni
e le gambe dei pazienti
che scriveranno la nostra storia senza fine
piegato su quadranti
ha restituito il corpo del nostro matrimonio
pericoloso ?
`
lundi 2 mai 2011
Les bonnes raisons de ne plus écrire de lettres
Entre les baisers que je destine et que j'envoie et ceux que vous recevez : quelle perte !
La matière s'érode au contact vertigineux de l'absence et la saveur s'étiole; et ce qui était mouillé sèche, ce qui était sec sue, ce qui était moelleux est solidifié au point que ce sont des rogatons durs, cassants et ratatinés de fastes sensuelles et de douceurs nacrées qui vous parviennent, sans grâce, sans éclat.
Et c'est parce que vous êtes retourné, occupé à ce qui vous occupe sainement, loin de moi, qu'ayant sitôt atteint le seuil de votre maison, le seul baiser échappé qui était parvenu, courageux, indemne et fort de toute ma tendresse tombe mort, raide, sur le paillasson.
Une autre s'y essuiera les talons et le pauvre athlète foudroyé, malvenu, meurtri finira crêpe sous le crêpe.
santo subito
Promoteur de la Foi, bradant la part du Diable
Canon
L'actualité en mouchoir papier brûlait sans éclairer les chairs
À l'aube je souriais aux anges
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mangez un vers par jour au moins,
pour un rhinocéros
dimanche 1 mai 2011
les dimanches, surtout
Depuis que mon lit est installé dans un jardin zoologique, je ne peux plus me plaindre.
Depuis que mon lit, plus exactement, est derrière des barreaux, et moi avec, au coeur du jardin zoologique : je n'ai plus besoin ni de papier, ni de stylo. Ni de chevet.
Chaque jour on me prend en photo, on étudie la fiche descriptive qui a été accrochée au grillage, on me roucoule parfois gentiment au nez. On lit sans remarque déplaisante, - de l'étonnement à peine-, on prend pour argent comptant ce qui est écrit. On s'ébahit sur ma hauteur au garrot, sur les dimensions de ma croupe, le satiné de ma peau, la saillie de mes ilions, sur la modicité de mes seins, mes jambes elliptiques, la largeur de mes pieds, ma pilosité irrégulière, etc...
Les gens s'efforcent aussi de pousser des petits cris, de râler, de piailler. Ils prennent contact.
Je ne réponds pas, pour ne pas les gêner, pour qu' ils ne fuient pas, confus, en marmonnant : "Pardon Madame, nous n'avions pas compris... On ne nous avait pas prévenus que vous étiez une... Vous en êtes et en cage : nous ne pouvions pas savoir." Je ne veux pas les voir rougir. J'en serais désolée.
Peut-être même se scandaliseraient-ils, certains, "Enfermer une qui comme vous et moi!"
Et, savez-vous, ils seraient capables de dresser des pétitions, de former des comités de défense, de suivre des bannières, et de me faire délivrer, furieusement - et l'on arracherait des barreaux mon joug, que j'ai suspendu au jour de mon enfermement, pour décorer mon espace.
Aussi je me tais précautionneusement. Je souris sans montrer mes dents, gentiment, dans la lumière orange des week-ends.
Je suis, je crois, une grande attraction depuis qu'on m'a installée ici, avec mon lit. Numéro deux après les grands fauves. On a reproduit une photo de moi sur les tickets, entre celles du puma et des rhinocéros. Beaucoup de promeneurs s'empressent à mon enclos. Ils ne jettent même pas un oeil aux antilopes aux cous graciles. Ils foncent droit jusqu'à moi.
Les Dimanches, surtout.
Les enfants passent parfois leurs bras et leurs menottes à travers les barreaux. Ils les secouent. Sans doute voudraient-ils que j'y vienne poser mon museau, ma joue, ma tête. J'évite : je crains que cela n'excite ma nostalgie et que les larmes ne me montent aux yeux. Parler, passe encore, - les perroquets peuvent parler. Mais pleurer.
Un samedi, juste avant l'heure de la fermeture, un couple est demeuré longtemps tout près de moi. Ils regardaient distraitement dans ma direction en lapant chacun une glace. Ils avaient l'air indifférent de ceux à qui l'on a trop répété : " Mais c'est incontournable ! Vous ne pouvez pas la manquer! S'il y a quelque chose à ne pas rater..." et qui se plantent, déçus, la réalité ne résistant pas à l'ordinaire.
Ils ont fini les glaces et sont restés là, à me fixer l'oeil vide, mâchouillant les dernières miettes de leurs cornets. ça a duré. Ils ne se disaient rien. L'ennui les gagnait mais aucun d'eux n'osait rompre la pause et avouer que Ouais! C'est pas mal mais ça ne vaut pas tout le plat qu'on en fait... Ils étaient moroses, chacun son coin, soupirant.
Puis ils se sont rapprochés l'un de l'autre, d'abord la main, puis les bouches, pour s'occuper. Ils se sont embrassés là, juste devant. J'ai quitté mon lit, et je suis venue me placer à la limite de ma cage, debout, tout contre eux. J'étais un petit peu plus petite qu'eux et beaucoup plus nue, - telle que vous me connaissez.
L'homme était grand, arrondi par les ans mais se dégageait de lui une chaleur enjôleuse, et la femme en manteau rouge, qui se donnait un air juvénile, avait le nez retroussé et des cheveux assez longs pour laisser croire au paradis. Ils s'embrassaient sans reprendre souffle, et j'entendais de légers et désagréables chuintements de succion. ça a duré. Je ne sais qui de la femme ou de l'homme a perçu en premier ma présence, mais ils se sont séparés, toujours aussi moroses, puis détournés, sans m'adresser un regard, vers le carton plastifié où figurent mon nom, mon mode d'alimentation, ma vitesse de course, ma zone géographique d'origine et mes caractéristiques de prédation et de reproduction. Ils ont lu sans un commentaire.
Ils s'absorbaient dans cette lecture, soupirant. La femme s'est essuyé la bouche. L'homme s'est mis à tapoter le revers de sa poche dans un morse parfaitement lisible. Comme pour ma part, je ne sais pas lire le morse, je n'ai pas su s'il s'adressait à elle, à moi, ou si c'était un geste machinal d'impatience. Ponctuel, le gardien a sifflé : ils se sont mis à courir d'un coup vers la sortie, elle d'abord, et lui plus lent, à sa suite. Sans un regard pour moi. Ils se tenaient la main je crois au moment où ils ont disparu derrière l'étang des flamants roses (Phoenicopteri rosei). Je suis retournée me coucher sur mon lit à deux places. Il ne s'est pas mis à pleuvoir.
Des caresses, parfois, lorsque le jour grimpe au ciel du lit, ceux qui m'apportent la nourriture, les soins, ceux qui viennent nettoyer la cage, ils m'en donnent. Ils me flattent de leurs grandes paumes parfois velues au revers, et j'aime ça.
Des baisers, jamais. Ni d'étreintes. Lorsque la nuit effleure les draps je frissonne un peu. Mais sinon, je ne peux pas me plaindre : depuis que mon lit est installé dans le jardin zoologique, je ne manque de rien.
Libellés :
amuseries,
pour un rhinocéros,
saturday night stories
samedi 30 avril 2011
le tour du monde
"Tourne-toi" enjoignit Copernic. Et elle gagna le bord du lit
roulant du dos au flanc sailli.
Le monde perdit ses repères, et elle remercia le savant.
Libellés :
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