mardi 2 décembre 2008

une histoire pour s'endormir

Le récit d'un rôle

Incapable de tenir le rôle que je m ‘assignais dans la vie auprès des rares contemporains que je fréquentais, rôle déterminé dès ce départ dans La Vie qu’est la post-adolescence*, variable il est vrai d’un individu à l’autre mais totalement moyen pour ce qui me concerne, à savoir générosité, candeur et désespoir mêlé d’optimisme, il me sembla préférable d’endosser la pelisse de la réalité – et de la tailler large-, et de porter haut le masque de la mesure, de la décence, de la continence et de l’honnêteté.

Ce, à un âge avancé déjà, où tout artiste sérieux achève sa carrière.
De gré ou de force, selon les conditions climatiques et la panoplie de virus en cours.

Dès ce jour, affublée des oripeaux de seconde main, voire de tierce sinon plus, de la bêtise, n’ayant plus le courage ou la force de me laisser tordre dans des bras au bon vouloir des rencontres et n’ayant à prouver, comme les autres, que ma normale normalité, à savoir ma capacité à engloutir ce que l’on me sert en part individuelle pour finir grégaire à l’abattoir, je me tenais droite, irruptive quasi de froideur, offusquée du mot plus haut que l’autre, consommatrice sans éclat. L’innocence honnête et passe-partout, garantie de durabilité et même d’invisibilité.

Quelle fête !

Pas un poil qui dépasse – Mais où sont d’antan les grisantes aisselles crépues ?

Désertée par l’évidence violente, accouplée à la morgue, adepte du « c’est la vie chacun la sienne » « c’est malheureux mais c’est comme ça », « égalité égalité mes autruis », pleine de regrets et d’espoirs, concordante : j’étais de la confrérie.


« Je suis au Monde ! Je suis au Monde ! »
Aurai-je pu m’écrier sans démentir ma prime naissance mais ensevelissant d’un coup tous les possibles que la désespérance affectueuse de mes géniteurs avaient placé en ma carcasse, - car on ne procrée que si l’on est sérieusement désespéré, ou bien complètement aveugle.

Les portes des palais s’ouvraient grandes double-battants tintouin fanfare volupté sans excès : foyers où de solides familles m’asseyaient à leur table, me servaient des rogatons généreux et se débattaient dans leur tiédeur, services administratifs de nos temples culturels où seule la médiocrité du sens pouvait concourir aux côtés de la prodigalité et du faste …

La gaîté te déserta-t-elle ?

Oui, tant que dura ma peur. Voilà ce que je partageais franco de port avec mes voisins proches et lointains. Mais c’est lorsque mes amis que je rognais des yeux, enviant leur faculté à être demeurés tels qu’au premier jour, eurent été contaminés, que je jetai bas le masque, m’arrachai la pelisse et filai chevauchant le centaure plutôt qu’être chevauchée encore.
Il ne faut pas vendre la peau de l’âne …

Tous les temps se mélangent : Présent, Passé, Futur, … et il n’y a plus une concordance à respecter.

Ma vie ! Ma vie !
Ô Futur antérieur !


* vilain mot plus médical que littéraire mais qui couvre une réalité plus étendue et plus dense et plus convulsive que n’importe quelle symptomatique trope.

Aucun commentaire: