samedi 29 janvier 2011

la grue





soyez doux
soyez gentil
tentez l'indifférence
soyez méprisant si cela vous complaît
aimable je m'en fous
désobéissez-moi fiez-vous à l'instinct mécanique
des grues
mais
oubliez ce que j'ai pu dire n'écoutez pas trop
profondément je dors
c'est ainsi que je vous parle
en dormir souvent

ne me tenez rigueur de rien
je pousse mon possible du bout des orteils
là où je peux vers l'impossible et ça se contredit probablement
les orteils le possible
et le bout du chemin ouvert
tandis que je stridule plantée sur une jambe drague des fleuves d'oubli et obstinément rêve



jour bleu




depuis
si longtemps nous n'avons plus
étincelé volages



était-ce rosée ou sueur
ces perles que tu laissais entre mes seins absents

le jour bref, éberlué ravitaillait ma peau

ton souci de ma joie s'évaporait sitôt
le pas de ma porte passée

obstinément je veux m'extraire
de la nuit blanche de ta chair

j'ai récolté tant de mots tombés de ton grand corps oublieux

ma vie réclame plus de vie
tribut de paumes bouche nuit de saccades

et les mots bouche-trous sont les pâles copies
de tes hommages aventureux



depuis
trop longtemps nous n'avons plus
étincelé volages




12/26




de toi à moi
nous fûmes deux
longue innocence
tellement joyeux
qu'on devint trois








2/26




de vous à moi
nous fûmes deux
furieux commerce
la nuit parfois
le jour si peu








les fils




si tu fixes des yeux
l'ombre d'un cerf-volant
tu ne sais plus si c'est du ciel ou de la terre
qu'il est retenu


tu te sais une passion ?

encore faut-il avoir le courage de sa passion.




et si les mots ne te comptent plus, remplace passion par folie.

mercredi 26 janvier 2011

poèterie électrique et française, monsieur.

les mères t’avaient prévenue

DÉFENSE ABSOLUE

DE TOUCHER AUX FILS

MÊME

TOMBÉS À TERRE

DANGER DE MORT

Et bonnes comm’ sont bonnes les mères

précautionneuses murmurèrent

EN CAS D’ACCIDENT PRÉVENIR D’URGENCE




Pourquoi donc causèrent-elles si bas ?

le Désir de Tartare

je ne sais rien de toi que le frai des poissons.

Fleuve, je t'ai remonté
et les eaux mécaniques me roulaient fiévreuse.
Tes courants taciturnes moutonnaient en surface.
Paisible, tu traçais un lent lit évasé,
toi, l'hôte reposant d'occasionnels naufrages.

Quels bains ! Chair limoneuse !
Ah! L'oubli des pesées ! Le baptême répété, l'absolution liquide!
Le caprice et la joie ondoyant à la baille !




Puis tu te fis étang. Tu faillis à ta course.
Ne sonnez plus, les conques! Vénus, passe un chandail.
Étouffé par des berges clôturé de roseaux:
assouvi, liquidé. Tes eaux claires verdirent.
Tu clapotais béat en berçant des crapauds.
Un' demi-Ophélie placide, faisant la planche,
sur la mare impavide régentait tes troupeaux.
Tu risquais de sécher à force rétrécir.


Cass'-cou, me re-voici, penchée, irréfléchie,
sur la plus haute et vaine des tours de Babil,
poudreuse, surplombant un Léthé de ténèbres
mi-centenaire, stagnant, mais bienheureux oisif.

Dangereuse vigie ! Le vent pique mes yeux
L'océan me seconde ? Qui souffle pour qui soupire ?
Je supplie les saisons de déborder ses rives:

Mes larmes iront grossir vos pluies diluviennes!
Le déluge! Pas moins! Un nouveau lit radieux!
Et détournez son cours.

Qu'il s'enlace à la tour :
je descendrais modeste
saluer les poissons chacun d'un sobriquet.
Tendre, je serais sage.
Plus de contre-courant. Je brasserais muette,


une volée de marches accrochée aux pieds nus,


progressant pas à pas, jusqu'à noyer ma plainte.

tableau de chasse




que n'es-tu empaillé
cloué à mon chevet
précieux trophée saillant
jetés aux hasards négligés jupons bas
s'iraient suspendre
vaporeux

innocentes fredaines d'un strip-tease songeur
émissaires mousseux de soie et de viscose

balancés par mon chant

onduleux sauts-de-lit veilleurs inspirés

Au matin je décroche les oripeaux de soie
de viscose de dentelle
et de coton peigné
émus et imprégnés de ton parfum puissant

j'ignore l'accroche coeur fiché dans la paroi

et bravade étourdie, je les glisse sur ma peau
nue de toi en appeaux
longuement je frémis reniflant l'imposture mais
t'abandonnant au mur je les sors dans la rue
où plus rien ne survit de ces nuits animales

d'avant ton empaillage



lundi 24 janvier 2011

berceuse à ne plus toucher terre dans mes petits souliers






Toujours Demoiselle à votre âge ? Et pas un garde-forestier
pour entretenir vos sentiers !

Débarrassez-moi le Passage !
Du Désir faîtes haut le pied !
Qu' y tintinnabulent des souliers

de taille à fonder un ménage!