je ne sais rien de toi que le frai des poissons.
Fleuve, je t'ai remonté
et les eaux mécaniques me roulaient fiévreuse.
Tes courants taciturnes moutonnaient en surface.
Paisible, tu traçais un lent lit évasé,
toi, l'hôte reposant d'occasionnels naufrages.
Quels bains ! Chair limoneuse !
Ah! L'oubli des pesées ! Le baptême répété, l'absolution liquide!
Le caprice et la joie ondoyant à la baille !
Puis tu te fis étang. Tu faillis à ta course.
Ne sonnez plus, les conques! Vénus, passe un chandail.
Étouffé par des berges clôturé de roseaux:
assouvi, liquidé. Tes eaux claires verdirent.
Tu clapotais béat en berçant des crapauds.
Un' demi-Ophélie placide, faisant la planche,
sur la mare impavide régentait tes troupeaux.
Tu risquais de sécher à force rétrécir.
Cass'-cou, me re-voici, penchée, irréfléchie,
sur la plus haute et vaine des tours de Babil,
poudreuse, surplombant un Léthé de ténèbres
mi-centenaire, stagnant, mais bienheureux oisif.
Dangereuse vigie ! Le vent pique mes yeux
L'océan me seconde ? Qui souffle pour qui soupire ?
Je supplie les saisons de déborder ses rives:
Mes larmes iront grossir vos pluies diluviennes!
Le déluge! Pas moins! Un nouveau lit radieux!
Et détournez son cours.
Qu'il s'enlace à la tour :
je descendrais modeste
saluer les poissons chacun d'un sobriquet.
Tendre, je serais sage.
Plus de contre-courant. Je brasserais muette,
une volée de marches accrochée aux pieds nus,
progressant pas à pas, jusqu'à noyer ma plainte.