jeudi 22 septembre 2011







Une laissée pour conte ayant passé force nuits pauvres de paroles et courtes de sommeil avec un faiseur de réalité commença ainsi son journal intime, un soir de grand vent grande repentance, se promettant en son for vaste et intérieur de n'accrocher plus son coeur qu'à des alter ego rêvasseurs : " Depuis la nuit cruelle, les jours morts s'ensuivent qui fixent l'hiver en l'été deux mille onze et je me balance en fruit mûr sevrée de soleil et de cigales, faisant la courte échelle au chagrin pour qu'il passe de l'autre bord, là où je n'irai pas  promener." Elle mordilla l'embout de son stylet et dégrafa son chemisier. Elle continuerait demain. Si les ogres ne l'avaient pas dévorée d'ici là. Puis elle reprit sa monture et fière s'alla jucher au boulevard qui surplombe les coulées de rues aux noms poudrés et venimeux.






Bonne fête maman, ou l’art du recyclage. 26 Mai 2001.


1.

Elle sautille, me bouscule, m'empresse : " Donne ! Donne ! " . Avec quelle gaîté, elle hurle presque, bondissant d'un pied sur l'autre, les bras jetés vers le rouleau que je porte maintenant avec angoisse à bout de bras, par-dessus ma tête. Et que lit-on sur mon visage ? L'embarras ? Point. - Savez-vous lire ! - : j'étale un sourire béat. Hissé sur la pointe de mes orteils, une posture de vrac maladroit. Vacillant, je tournoie. Taureau : c'est elle ! Moi, matador. À peine. Grand'peine. Ma femme s'immobilise.

La danse s'épuise. Je plante mes talons. Un petit silence et rougissant un peu :
" C'est gentil mon chéri d'avoir cette année pensé à la fête des Mères. "
L'as de la dissimulation : un zéro, un nul.
Le plus piteux d'entre tous : " C'est une peinture. "
Elle me fixe subjuguée.
" Abstraite. "
Je précise.
" Abstraite. "
Elle murmure.

Son visage s'illumine. Sa voix se fait encore plus douce, sa douce voix.
" Donne ".
Je baisse enfin les bras et je tends le rouleau des deux mains où le sang ne vient plus.
Elle le saisit, je me détourne.
Elle le décapsule et déroule le papier : j'entends.

Et j'entends encore, miaulé du fond du couloir, au risque encore de réveiller les enfants : " Je vais l'accrocher dans la chambre. "
Oh. Pas dans la chambre !
Si.
Je la suis à distance. Elle a été véloce.
Dans la chambre.
C'est épinglé haut oh ! au chevet du lit : nous faisons presque la même taille. Le carré de papier n'est pas bien grand, lui, sur le grand mur blanc, entre les deux appliques.
Un monochrome couleur chair. Elle m'enlace et son calme me gagne.
Elle glousse dans mon aisselle : " Merci. " .
Sauvé. 
" J'adore. Je lencadrerai plus tard."
Elle s’adonne aux travaux manuels, parfois.



2.

Il y a toujours une épaisse couche de silence, malgré la cohue citadine, entre eux. C'est sans doute la clandestinité qui force le vacarme. Combien d'autres couples attablés pareillement préservent un secret par nécessité, sans particulièrement s'en délecter. La petite femme pense :
 " Au moins ici je ne me sens pas seule au monde. " Et elle finit le salvateur verre d'alcool. Lhomme l'enlace. Elle tente de poser le verre et y parvient. Ils ont parlé de tout, sauf d'eux ensemble. Ils en parleront par bribes peut-être, tout à l'heure en se rhabillant, chambre 17, deux rues plus loin.
" Pourquoi ce type m'enlace-t-il ? " pense-t-elle encore.
 " On y va ? "




3.
Malgré le désarroi où cela me plonge, après, j'apprécie la vitalité que me procurent ces rendez-vous.
Et puis, cette sensation palpable de solitude centrée enfin.
Pas possible de se disperser dans ces bras-là, ces jambes-là, sur ce ventre-là, ce sexe-là. Là, je suis tout à fait la même. Et comme, fichtre, il n'est question que de plaisir : il n'est de réponse qu'au présent.
Mais il y a ces baisers, - des lampées d'amour vif - .
Et puis lui, au moins, il parle. D’anatomie, souvent. Mais je ne vais pas choisir les sujets de conversations, non plus.
Et revient plusieurs fois cette phrase dans le souffle brûlant le long des vertèbres :
" J'adore ton dos. "
Cela ne me flatte pas.
Je laisse dire et faire.

4.
Alors un jour, je demande à Alfred, Alfred qui ne me refuse rien parce qu’il est en quelque sorte mon cousin, de me peinturlurer ce dos.
Alfred questionne rarement, mais ce jour-là lAlfred dépare :
" C'est pour un connaisseur ? "
Je réponds : " - Non, une connaissance. " .
Il  insiste : "  Ignorante j'espère. Le pastiche passe encore : c'est l'école de l'art. Mais les redites. ..".
Agacée ou honteuse de cet enfantillage, je me déshabille devant Alfred qui jamais ne m’a vue nue.
« On évite le bleu, fait-il en débouchant un gros pot de pommade aux reflets écoeurants, soyons réalistes. »
Bientôt je suis vautrée sur le dos contre un papier kraft dévoilant à Alfred avec lequel je vis en parfaite – si cest possible – chasteté ma crudité osseuse et la peinture adhère là où mon corps rebique.
Un quart d'heure plus tard, je suis lavée, poudrée, embaumée, clinquante et mon dos négatif avec tout ce qui m’est donné de fesses, est renversé là, sur le papier, sec, couleur chair. Mon revers minuscule saisi à la gouache mate que j'enroule sur lui-même et que je fourre dans un rouleau de carton protecteur.

5.
«     -Nous avions dit que notre relation était juste une relation. Comme ça. Claire.
-       C'est pas un cadeau. C'est un pense-bête.
-       Pour se souvenir de quoi ?

La bête, c'est moi. Le dos c’est pour lui.

Mais " De ces moments d'oubli " pense-t-elle répondre. Elle ne répond pas.
Et elle sourit, sincèrement reconnaissante.


6.
Ils se rhabillent. Quoi qu’il en soit, il quitte la chambre 17 embarrassé de son sac, de ce rouleau et d'un toujours tendre sourire. Elle quitte la chambre un quart d'heure plus tard, lavée, poudrée, embaumée, clinquante et pense encore : " Tant pis s'il le jette à la première poubelle. Au moins je l'ai fait. "


7.
Lui en fit ce qu'il put.



Bonne fête maman, ou lart du recyclage. /pour B. 26 Mai  2001.







mercredi 21 septembre 2011

aïe












encore un'fois le doigt dans l'oeil
celui dans l'quel tu as tapé
et à l'index moi foudroyée
tapie au coin du Boulevard

le coeur prétentieux se bat
là où dansent les dessous d'aisselles
là où les jupons font cale-portes

ma chair haute fournaise rougeoie


un alchimiste est attendu
qui, preuve de sa science inepte,
reste coincé dans l'éprouvette
qui dans ma cage se bat










fruit, chasse et dérision





et la clef de mes chairs l'avez-vous donc perdue ?
-ne se refermeront que pansées d'un baiser-
les portes ne savent plus dans l'échancrure nacrée
sur quoi elles sont closent au battant suspendues
le vent passe dessous - une modeste bise!
ça claque fort pourtant, le coeur moitié fendu

votre trousseau convient aux serrures des remises
à présent que, huis clos, vous êtes défendu
Un caquet ! En prison ! Forçat et geôlier...

Ma cage thoracique baille mais
vous m'ennuyez : je dors.

Olmi Capella











au matin la montagne se lève

dans la fenêtre le ciel isolé

flotte un million de becs
pépie tridule claque jaune


le parfum du présent trahit des secrets lourds d'une terre harassée qui enfante mes coeurs
crânement je l'essaie les deux pieds dans la langue
écorchée la langue
écorchée la peau non prêtée

la nuque déployée sur les coquelicots - c'est Avril-

on dira bien
caressez vos désirs : de l'arbre gerbe le sang
dans la verte prairie que l'été cramera.

ma langue se dépose sur les pierres rompues aux saisons obstinées
quand un village couve sa nichée d'enfants que je peux compter sur les doigts de ma main
écorchée ma langue
écorchée ma peau non prêtée











coriloque























la maison abrutie lentement cuve de longues veilles
je ruisselle des murs je renfle du plafond je m'écaille des peintures
des écroulements
luxe des décombres

Jardin du château d'os où nous nous promenions toi tordeur de bassin puisatier

j'ai de si loin pour vous tendre les bras
plongé


la maison
on y reviendra et si les portes sont fermées on dégondera

















cheer Y















who was a little boy
and became a fat man

without the sun
he could not grow
up
up
up

hurrah !








Tout est bon Bois de tout feu
Pour dire Ce que nous devrions taire