samedi 14 décembre 2013

Euplea




celui-ci n'a pas plus besoin
de moi
que le vent
des voiles

pourtant je tenterai bien
de voguer 
quelle que 
soit                      la mer

dimanche 1 décembre 2013

les citrons gris







pourquoi tu ne viendrais pas
à Paris où j'ai mes quartiers ?

               parce qu'elle ne me contiendrait pas
               je ferais pâlir ses lumières
               mes pieds dépasseraient de son lit
               mes bras déchausseraient les grilles

               pas de champignons aux av'nues
               que ceux que cultivent les vertus
               perdues et je me perdrai - c'est ça


je te tiendrai fort dans mes bras
nous attendrons que les trains pleuvent
serrés sur des quais longs et clairs
et je te soufflerai dessus doucement 
doucement

et le fleuve nous conduira
dans des forêts trouées d'éclair
où l'on peut croquer les citrons
avec la peau

sans une grimace




il demande :





il demande : 
sauras-tu réparer ?


                              pour toi pourtant j'aurai tant
                              voulu des mots verts volés au matin même
                              des baisers éclos sans racine

                              des giboulées filées du ciel
                              des trucs qui tombent sans prévenir 


                             pour toi j'aurai voulu de la place


il déclare :
tu sauras réparer.

                            sur mon coin de table, l'amour moitié dévoré par les vers
                            et sous mon tabouret
                            des pelletées de rêves invalides
                           
                            des élans jarrets brisés
                            des rêves si longs qu'on en meure


                           pour toi j'aurai voulu de la place


"je suis sûr - il dit - maintenant
nous roulerons sur un tapis
brodé ensemble la veille au soir"

                           pour toi je ferai de la place
                      
                         

Highwestman








once

a man is waiting for you

in the West

and you begin

to believe in your way

samedi 30 novembre 2013

7 jours plus tard



j'ai rapporté tout mon article
dans l'emballage d'origine
rendu les baisers donnés

sans condition  accepté
le colis farouche
livré



donnez-moi le mode d'emploi
pour retourner à l'envoyeur






"nous ne pratiquons pas de politique de retours"





dans un verre de whisky
je me suis vêtue d'étoiles

puis nue
j'ai bu à ras bord ta bouche
prêtée de nuit
sans garantie




trois


j'ai une amie
mais d'autres aussi

j'ai une amie

deux hommes y dorment
l'aimèrent femme l'aiment femme et qu'elle cherche
dans ses nuits

j'ai une amie

quand elle a nettoyé la maison le seuil la rue et le grand monde
de la honte
qu'elle ose aimer deux hommes - sa langue pleine de caresses
les remercient

s'étreindraient - ils ces deux amants s'ils savaient les baisers qu'ensemble
ils reçoivent de mon amie ?



be a poem - man








the men
who
touch me
are used for
writing
poetry

vendredi 29 novembre 2013

Crue - Décrue - Hâpy song






parfois ça me cuit


une rivière d'Ouest filée au large
delta fertile noirs limons  j'ai appris ça les vases utiles
riches dépots 
verts baisers d'aube  rose érosion

les ajoncs mûrs rayent la peau
mais la lumière danse et polit

caresse d'ambre dans ton lit

parfois peu me chaud





Hâpy ne veut pas dire heureux




là enfin l'embellie




ton lit n'a plus                 que la forme de 
                                                               nous


aiguilles de son temps tournoyant dans le noir
au centre nous brûlons
tantôt une lenteur de paume coulée de miel
tantôt rafale folle roulis ravageurs



puis la brise
immobile
ton souffle
sur ma fièvre



tes mains sont des fougères ma peau mousse de joie




qui parmi mes amis dont les yeux sont ouverts
qui m'aurait pu prédire l'amour au coeur des bois ?




jeudi 28 novembre 2013

sans filet





on attend un baiser
un autre
on est suspendu au ciel

on sait qu'on ne tombera pas

on attend un baiser venu
déjà
on l'attend on se le rappelle

on ne regarde plus en bas

j'attends un baiser
un autre
du haut de ma balancelle

je m'élance j'en oublie mes ailes



enfin
je tombe dans tes bras



promenade pour K






ciel ciel ciel 
sept fois 
et ma langue 
soigneusement suspendue  
au palais
attend que le temps passe
- il ne fait pas de bruit
ferm'la porte derrière lui,
je reprends :

animale - pas rongeuse mais encore sauvage
l'animale songeuse s'assied un brin sérieuse sur le galet laiteux et rondement roulé
énorme au milieu de la vallée 
laiteux mais marbré de mousse 
on lui en a parlé du galet
- mais sait-on ce qu'une animale comprend de ce dont on lui parle?  -
- la voiture filait vers la mer qui ne se démontait pas pour autant, je reprends :

et, l'animale, étonnée toujours du soleil le matin, à qui tout fait cadeau sitôt que ça surprend,
face au miracle. - Pourquoi pas ? 
Si à ça on ne croit pas, pourquoi reviennent les hirondelles ? Je reprends :

N'y assiste pas, au miracle
le miracle c'est ce qu'on fait d'elle
'croyait plus que ça battait là dedans à la vitesse d'une fusée
et que ça s' laisserait encore une fois apprivoiser
(les héros étaient tous descendus, jeté l' torchon en maillot d'coeur,
étaient allés grouiller en famille, s'étaient retrouver des maîtresses des laisses de saines broutilles
ne couraient plus les bois avec elle ou s'ils venaient trotter sa sente, elle se transformait en caillou)
Je reprends : 

oh ici juste lelong du dos et qui en fait le tour aussi
et repousse la peine 
lisse la paume ouverte et les bras devant
se croisent à se croire vivants
la mousse éblouit si on la laisse éblouir
les fougères bondies s'emmêlent et embaument
- on se peignera demain - je reprends :

il y a mieux à faire
lentement
elle ne sait pas seule s'aimer
ni ne pas aimer qui lui plait
alors, il est venu par un chemin tout droit
un peu poudreux - sa route est longue
un peu fourbu
pas plus épuisé qu'une fontaine même s'il croit avoir tout perdu
- pas besoin de grand'chose pour aller là où elle veut aller
avec lui, l'animale
et l'homme
ne s'imaginent pas neufs
mais sera le premier sans descendre d'un pied d'estale 
un ni chasseur ni bûcheron
juste chaussé de ses orteils de 7 lieues
venu par un sentier tracé
par lui au hasard du nez
les champignons mêmes, par poignées, surgissent de le voir passer
certains rient (il faut se pencher pour voir rire un champignon, ils se penchent
repencheront - je reprends :)

et sur le galet elle tremble l'animale écoute et tremble pose un baiser
sur sa bouche 
baiser plus rond que le galet
et lui prend le baiser le troue d'un coup de langue 
et il s'en fait un collier
qui portera bonheur
s'il doit rencontrer
d'autres bêtes de cette forêt
ça lui sied, ce baiser au cou

elle a très faim mais elle sait vivre
alors elle ne lui dit plus rien


samedi 12 octobre 2013

à tout à l'heure




à côté de l'oeil gauche
il n'y a pas le droit
d'espérer l'horizon
mais un baiser brisant
le réseau de mes rides

à côté de l'oeil gauche
la paroi de la tempe
battue de veines bleues 
sinueuses rigoles

conduisent droit au coeur
et aux flancs
en floraison liquide
éclatants

je le réclamerai le baiser apposé à l'oeil maladroit
avec ma bouche à moi

à côté de l'oeil gauche
il n'y a pas le droit
d'espérer l'horizon
mais un baiser brisant
le réseau de mes rides
gagnées sur le gros temps

à force de langueur


je le réclamerai le baiser apposé à l'oeil maladroit
avec ma bouche à moi 





vendredi 11 octobre 2013

l'in-Continent - Europe



se penche trop au bord de la barque
un coup de pouce
et plouf
l'enfant à la baille tombé


se penche trop au bord de la barque
pour rattraper l'enfant tombé
un coup de pouce
et plouf
la femme à la baille tombée

se penche trop au bord de la barque
pour rattraper l'enfant et la femme tombés
un coup de pouce
et plouf
l'homme à la baille tombé

et l'eau remue depuis ses ventres
glacés remue et engloutit
l'homme la femme et ses petits
qui dansent leur mort sur les vagues

un coup de pouce
mon doigt dans l'oeil
plouf
au fond des larmes pas de cercueils

pas de bras ouverts
plus de vie

se penche trop au bord de la honte
et plouf ce monde de l'envers
ce monde à sa honte asservie

petit monde qui rétrécit




celui-ci me demandera conseil lundi


tant que j'y étais




tant que j'y étais
dans le trou        j'ai mordu le silence


mot dent ailée mot dentelé
c'est le moment d'hâter nos ailes
mômes attelées à dates échues
à nos dînettes sans chandelles
nos jolies ailes
de dentelles 
trouées



là où ...






là où mon cerveau se fait rare 
                                            je te suis

où le fleuve quitte mon lit
et sinue ridé rudement
par l'insistance du temps

sise au Désir 
passant
penses-y


                                     là où mon cerveau 
se fait rare je te suis
où le fleuve quitte mon temps
et ride les draps de mon lit

sise au Désir 
passant
penses-y

là où mon cerveau se fait rare 
                                            je te suis








coeur trappe


un lacet pour 
loquet

mon corps court pour
hochet
mon valet pour
laquais
où je jetterai nippes et apprêts
- sous-couches triées sur le volet
étoffes onguents et chapelets -

                              dans l'ordre qui te complaît

jeudi 26 septembre 2013

de ce printemps privée -( inachevé que je ne finirai pas)





Depuis qu'il s'était enfermé dans cette tourelle, le roi qui avait vécu plus d'un demi siècle n'entendait presque plus - enfin!- les lamentations du dehors.
Il avait à sa disposition là-dedans tout ce dont un roi a besoin pour ne plus se détourelliser: la légitime épousée aux cheveux d'ange, épelés un à un 
(+ l'ovale visage + régulières pommettes hautes + estime de soi + peau tendue sur ventre plat + rire cascade clarté d'ondée ourlet de roses + etc.)
  l ‘épousée maîtrisée et des livres qui "s'ouvraient d'eux-mêmes aux pages essentielles", 
           et les chaînes nationales et un bouquet choisi 
et une si bonne dose d'ironie qu'il pouvait ainsi tenir un siège à son ennui.

Mais ces blues de la sentinelle en ronde autour de la tourelle
( d'abord des petits pas
puis un piétinement
une cadence
tapotis régulier tap et tip et tap et tip
et dessus, en simili-hautbois, cette litanie joyeuse :    

                         Que cette nuit compte double

qu'il entendait tantôt forte tantôt faible selon la halte choisie sur le chemin de garde ) :
tout ce qui de nuit l'empêchait de dormir - le mettait à mal.

Et encore, en plein jour, déployée en bannière,

Que cette nuit compte double

c'était l'épousée
- l'infidèle! - 
défripant la monotonie des heures
en aiguisant son désir et répétant de la nuit
le chant entêtant de la sentinelle obstinée :

Que cette nuit compte double

tout ce qui de jour l'empêchait de dormir - le mettait à mal


envoi :
je dors bien la nuit - je m'en félicite
je chante pleine voix tout le jour durant
si je ne dors pas la nuit sus-dite
c'est que dans des bras je m'entraîne au chant

mardi 24 septembre 2013

retour de catalepsie







Je n'ai pas pris le temps de soulever le monde. Et c'est dommage. 
L'âge s'est avancé sur moi, et je n'ai pas bougé le pouce pour soulever le monde. Je m'en veux un peu.
Le soulever, je pouvais : j'ai une langue.
Mais c'est que le monde a été plus vif que moi.
Il m'a soulevé le coeur avant. 
Le monde pourtant n'a pas de langue : il a certainement fait usage d'un autre organe pour me soulever prestement le coeur.

Je suis si légère, alors mon coeur ! Imaginez : mon coeur n'étant qu'une partie congrue de mon insignifiante anatomie, il n'aura pas su faire le poids quand le monde s'est entêté à le trousser. 

Sans tête, je suis plus chiche encore. C'est simple, le coeur et la tête pèsent chez moi - si on les totalise - autant que le postérieur additionné au reste, foie compris. 
Aussi quand le monde m'a pris de vitesse, question soulèvement, je n'avais plus qu'à poser mon cul sur une chaise, et à mettre ma tête entre les mains. Comme ça.
Et c'est comme ça que je me suis endormie.

À force, évidemment, l'ankylose m'a saisie. J'ai prêté le flanc à toutes sortes d'attaques, étant désormais incapable de me montrer agile. Et j'y ai laissé ma peau.
Ne me reste de cette confuse bataille que ma langue.
"Ma langue dans son palais baignée de ma salive sous le créneau des dents."
C'est ainsi, en rêvant à la langue qui me restait, fidèlement, malgré les assauts et les offenses, que je me suis souvenue de mes dents.
Mes dents ! Ce ne sont pas seulement mes os que j'allais prendre soin de ronger désormais, mais les barreaux de la chaise sur laquelle j'étais assise, et peu à peu, grignotant alentour, l'entièreté du monde, comestible ou non. C'est ainsi que j'ai englouti le monde, à défaut de le soulever, et que je vous parle d'un pays que ni vous ni moi n'avons encore inventé.




la lettre que j'ai reçue, de la part d' E. Trois, amie d'enfance perdue de vue, retrouvée dans la boîte aux lettres.




" J'arrive dans ce pays : Imagine! Sitôt ma coque à vue de terre, seuls des taureaux à portée de voix! Des taureaux ! Rien que des taureaux. - pas une de ces stupides vaches gorgées de lait - Des taureaux seulement et ça paisse et ça dresse l'oreille. De loin déjà ça m'accueille, le licol courbé au dessus de l'échine de la mer que je monte sans mal y penser. À distance leur mufle coulé dans l'écume de ma paume, imagine ! 
Je saute de l'embarcation - trop pressée sans doute : c'est la tasse. Ne me reste qu'à nager jusqu'au rivage des bovidés- une belle brasse toute habillée. Au rivage je me dévêts puis l'air de rien, sèche, sur un galet, lovée.
Ils recollent leurs naseaux au pré ou bien oseraient-ils le grain de ma peau, si je rampais jusqu'aux sabots ?

Parmi eux il y en a un plus rouge qu'un ventre de Bulbul : je frissonne car il me défie. Si je pouvais inventer, là, sur le champ, pour ce colosse de cinabre une grotte où l'isoler, que mon incarnat à sa guise folâtre avec ses frères de bitume. Une cloche sonne, je regarde au large.
Puis de l'autre côté, dans les terres. Je suis bipède : j'avance un peu.
Imagine encore ! Un village ! Un village à portée de voix, et dans le village : pas une femme! Pas une pour tous les usages qu'on a des femmes, d'ordinaire : cuire, repasser, frotter, se perdre! 
Déjà je renifle, goulue : le linge par les hommes lavés, l'intime, la sueur et le salé, tout! Que des hommes!
Des hommes : imagine ! - seulement.

Si petits derrière les taureaux qui posent leur joue dans mes paumes.

Je les laisserai au village sonner leurs cloches fêlées d'orgueil.

Mais demain, je t'écris encore. Poste restante. Entre deux mers."




sans titre

mercredi 11 septembre 2013

to obsolesce - from L. obsolescere "to grow old, fall into disuse" inchoative of obsolere (see obsolete).

la nuit bleue
ronfle de hérissons
tapage au raz du sol

................



en écharpe
ramage d'océan
lame verte au raz du cou


.................


la nuit rampe
autour des étoiles
la maison s'apaise
nous dormons


..................

l'olivier tord le bleu d'un ciel abyssal
mais marche comme Charlot
c'est ma petite soeur
qui m'apporte un gâteau

........................

l'été est maigre sur ma peau
- mais qui sait que j'ai nagé jusqu'à plus soif ?
- il n'y a plus un sillon sur les flots


..........................

J'aime l'été tant
qu'un mot en vaudrait un autre
même gros

................

Au fossé encore la fraîcheur
et sur la route brûlante, on voltige
ce sont les papillons nouveaux revenus de nos enfances
ces fleurs qui montent comme des citrons aux naseaux du ciel

........................


Parle et mords, à la fois
et lèche ta blessure
mais continue de mordre
et de parler
bouche accueillante



......................


celui-ci sait que la cloche
fêlée cloche même
quand le pied y danse

.......................

l'os est rangé sous la peau
l'or du soleil acide ronge
seulement la natte de notre repos

.............

Puisque jamais elle n'était allée au Metropolitan Museum of Art - NY -
elle dessinait de mémoire de rien
des pommes affolées dans des assiettes creuses
avant que de ne plus être que dessous de marbre et lettres d'or

................



frissons, joueurs de rosée
gagnez mes paris sur la poussière
bluffez - s'il faut



mercredi 26 juin 2013

- entr'acte -

occupée avec l'autre Arthur. Un peu plus tard je reviendrai









dimanche 19 mai 2013

lundi non plus je ne te verrai pas




Des anges qui


une autre bouche que la mienne, et qui parle pleine





"... Ainsi pensais-je, émiettant mon pain, remuant mon café et de temps à autre regardant les gens dans la rue."


V Woolf
une chambre à soi

and so on





prendre de la bouteille,
c'est une fois pour toute saisir que : 
si dans le théâtre français on s'efforce de ne pas écrire comme tout le monde mais également ne pas déroger à ce chacun pense - au fond -,
je ne suis pas obligée d'écrire comme personne, si je pense de travers au rythme qui m'agrée.



ακολουθήστε με



un