lundi 28 décembre 2009

octobre 2008 / vider les tiroirs

Objet : "de l'influence des films sur les adolescents & leur accès délinquants"

POUR QUELQUES FIDÈLES AMIS LECTEURS :

Dans la série, à quoi penser de plus solide quand le Monde de l'Argent file droit en déroute et que nous n'y entravons que goutte:

"de l'influence des films sur les adolescents & leur accès délinquants"

À l'aube, je me sens d'humeur depuis quelques temps à mordre dans les questions de société. Celles que l'on dit : "agiter le débat public", alors qu'un coup de cuillère à pot rabattrait les caquets, et qu'on pourrait s'ôter les bandeaux des yeux, et attaquer le noyau des problèmes criants qui s'opposent à notre liberté collective.

Mais à ce procès sur l'influence des etc..., je trouve réponse chez le Divin Marquis s'adressant à son épouse fidèle, en 1783.

Je ne vais pas réfléchir longtemps mais exécuter un gentil copié-collé :

L'administration pénitentiaire lui refuse donc les Confessions de Jean-Jacques Rousseau.
« Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout après m'avoir envoyé Lucrèce et les dialogues deVoltaire; ça prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hélas ! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur déiste puisse être un mauvais livre pour moi; je voudrais bien en être encore là. Vous n'êtes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! Apprenez que c'est le point où l'on est qui rend une chose bonne ou mauvaise, et non pas la chose en elle-même. (…) Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut être un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espèce, et qu'il devient un excellent livre pour moi. Jean-Jacques est à mon égard ce qu'est pour vous une Imitation de Jésus-Christ. La morale et la religion de Rousseau sont des choses sévères pour moi, et je les lis quand je veux m'édifier (…) »

et ne rajouter que ceci : seule la complaisance d'esprit accuse l'oeuvre.
éteignez vos postes, regardez autour de vous, arrangez le monde, promenez-y vos enfants à la lueur de ces arrangements, et rallumez vos postes ! On a tant besoin de se divertir, en l'état provisoire où nous sommes...

bonjour.

PS : puis, à 10h37, je lisais ceci:
"Dans les trois cas, il s'est agi de mineurs qui ont tenté de se pendre mais que les surveillants ont réussi à décrocher à temps"

RÉUSSIR À DÉCROCHER À TEMPS

ce sera ma devise pour un long temps.

dimanche 27 décembre 2009

portion congrue / 1991






ç'aurait pu le prédestiner, un coup de pouce dans l'existence. Un sursaut de distinction. Ou bien, par contraste, le vriller en ridicule. Il s'appelait Chéribaldi. Deux siècles de libérateurs en un patronyme. Du premier, il avait le cheveu épais, du second les légères tendances dictatoriales, mais à usage exclusivement domestique.

Chéribaldi usait sans abus de ses fonctions vitales, ne coupait jamais la parole et s'offrait parfois un extra sur l'ordinaire en se oignant, pendant une période déterminée et circonscrite par avance, quotidiennement, d'un baume anti-rides.

Quoique, si on se penche, il suivait là encore l'adage ainsi énoncé : mieux vaut prévenir que guérir, et point ne s'écartait trop du sentier commun.

Rien ne le distinguait d'un autre, donc.

Seule la place qu'il occupait, - oh! pas le poste, le grade, la fonction, non! l'espace qu'il remplissait, malgré sa vacuité flagrante, le séparait à première vue, d'un autre. Si tant est qu'un autre put être aussi négligeable que lui. Et encore! Au moment même où il l'occupait, cette place à lui seule dédiée selon les préceptes d'Archimède, et pour peu qu'il remua, jamais il ne laissa de mémorables traces.

Il avait les traits sobres de qui tempère ses emportements, modère son tempérament, espère obtusément.

De dos, il avait les fesses sages : des livres reliés de cuir encore tendre, rangés serrés et dépoussiérés périodiquement.

On lui avait fait deux enfants. Une femme. Qui était aussi la sienne.

Le mâle et la femelle vivaient dans une maison relativement vaste, si l'on se prend à comparer les choses et les mesures.

L'ensemble, en restant approximatif, aurait pu faire de lui ce que l'on appelle avec légèreté "un homme mort". Mais Chéribaldi était d'un naturel bien vivant : ses fonctions vitales... fonctionnaient. De plus, se présentant comme moins que rien, insipide et sans relief auprès de ses contemporains, il finissait par acquérir à leurs yeux une prépondérance déconcertante, mélange subtil de mépris et de secrète envie: promesse de longévité, long cours tranquille d'eaux baptismales, corne d'abondance, il recouvrait à leurs yeux tout ce que l'espèce peut rêver, lorsqu'elle ne l'obtient pas dans sa réalité. Un cri du coeur étouffé. La révolution à l'envers, toute lovée dans sa coquille duveteuse...

les horreurs sont toujours d'un autre âge / 1999












La femme s'éveillait.
Les yeux sont enfoncés profonds et les tempes tirent vers le crâne. Si elle allonge la main, c'est plus qu'un éclair tranchant, d'avantage qu'une lame de boucher. Ses hanches saillent. Elle n'a qu'elle à posséder. À qui donc est cette chambre ?
Les rideaux sont épais et immobiles : ça doit peser, et la fenêtre est restée close. Le corps ne pèse pas. Si on entre, on croira à une tête sans corps : rien sous les couvertures, on croira.

D'un revers de bassin, elle se tourne à moitié et gémit. Si on s'étire, tout va claquer. Elle se recroqueville pour se lever ensuite, vite. Il faut bien se lever.

La voici assise au bord du lit : elle est toute vêtue.
Elle le sait même s'ils ont enlevé les miroirs.

jeudi 24 décembre 2009

stars fiesta







et pas de sépultures
venez danser
Mon bras Mes bras Voici mes bras Venez vous qui erriez sans terre

Bal de lune, plancher à portée de ruades Mon bras Mes bras Voici mes bras Les pas apprenons-les ensemble

Mon bras Mes bras Voici mes bras Dansons serrés dans la fusée Puis chaussons-nous de voies lactées Exhumons les pantoufles de vair Au bal ! Ruades! Au bal! Et soupirons

Buvons de ce petit vin gris qui rosirait un macchabée

mardi 15 décembre 2009

leg

sommes nées Filles

des dames et des messieurs cheminent gravement
animaux domestiques rangs d'oignons travées d'ombres

Un petit vent glacé engivre le jardin
sous la terre bienmenée germe
déjà ton printemps

nous avons tout loisir de rejoindre la joie
mais laisse-nous un peu pleurer dans les plis de chagrin que tu fais en partant sur l'étoffe de l'air

sommes nées Filles et mourront telles
que tu nous imaginas au monde des Hommes







dimanche 13 décembre 2009

la lessive des dimanches


les habits de la semaine
lavés
les draps
lavés
les taies d'oreiller
lavées
l'intérieur du crâne
et les forêts profondes
lavés
le coeur passé à la javel
l'esprit détaché
et le corps décapé à l'adoucissant

et la ville dehors par la pluie lacrymale averse

essangée récurée essorée étendue
vite me remettre debout abluée au sortir
du dimanche diluvien

et trouver un volcan pour sécher au-dessus

mardi 8 décembre 2009

amis

mon chemin d'enfance tournoie

sale temps pour les danseuses de ventre

les mamans tombent mes amis
des plis de nappes des draps groggy
des oeillades anéanties et l'on se souhaite
des épaules larges pour des accolades infinies
des embrassades interminables
et pas de points au bout des phrases

le dernier souffle dans ta main
puisse-t-il chaud de ma vie s'épandre
et te rendre souffle enfin

tout ce qui vit m'est consolation
sitôt que ce qui vit te tutoie

vendredi 4 décembre 2009

Rien à demander. Pas de réparation. bien dans l'ordre des choses. L'une après l'autre et par ordre décroissant en s'éloignant du nid de douleur. C'est ce qu'il y a de bon à prendre, se dire que l'on est né de sa maman, et non de tous les morts prématurés qui l'auraient enfantée.

Laisser la vie en cours En plan Putain tu nous laisses du boulot même si tu as déblayé du côté du désir de vie Pour l'appétit ça oui tu nous l'a ouvert, un ventre! Pour les béquilles, la tendresse, la consolation, l'espérance : rien/

Le plus bel héritage ? La peau douce sans doute. "douce et parfumée". Et c'est le prénom qu'elle m'a choisi dans sa langue d'outre-vie que nous ne partageons pas.

'ma


c'est un supersonique venu du fond des âges, elle parle dans une langue que je ne connais pas

"où vont les voix quand on est mort?"je me fous maintenant de la Comédie Française Tu laisses des cartons entoilés pour peindre tes séries Tes pinceaux ta Singer ton jardin épatant ta facétie curieuse L' avenir éternel

je veux t'entendre encore
- Ma chérie, tu vas bien?
- Non.
- D'accord. Et sinon ?

Sinon, tu m'as donné le coeur à l'ouvrage que tu défais sans le savoir. Où que tu es / je t'aime
kérétsik zabel batchiks

mercredi 2 décembre 2009

maman

elle dort sans savoir rêve-t-elle de nous qui veillons sans savoir si elle dort vraiment et si elle ne se réveille pas nous qui fûmes ses rêves serions-nous engloutis dans un sommeil sans fond

et si elle se réveille saura-t-elle dire je t'aime sans croire que c'est donné sa langue aux diables ?

réveille-toi
il fait encore jour après la nuit et il nous reste à t'aimer

mercredi 25 novembre 2009

culbutis du mercredi


que voulez-Vous
je suis si seule
évidemment
je m'acoquine

rien que pour les habits du dimanche
l'acrylique fidèle au modèle
les poignets d'iceux et icelles
le parfum des inconnus
les appâts les appeaux les peaux
pas à pas les papes les pipeaux
les papilles pas encore goûtées
les palais pas visités
les langues que je ne partage pas
les poissons dentus
les cadenas
le plumage farceur des émeus
les secrets ventrus des ébats
les heures passantes nonchalantes
la mue des reptiles les orties
l'émouvant silence d'un Celui
qui fait mes nuits appétissantes

des listes distillent insistantes
un avenir éblouissant
où pêle-mêle faune flore cailloux
chair évasive et chasse-fous
abracadabrantesque fourre-tout
battelée d'amis venus d'où?
se présentent
chacun
et
chacune
et que j'accueille les bras béants



mardi 24 novembre 2009

cher Albert

la terre ne suffit pas à faire taire les morts aux bouches exaltées
Ensevelir
Exhumer

Puis passer par les armes de la consécration
et du plomb sur la plume De l'ombre plein la bouche
Empeser par les marbres et les fastes d'État
Enfoncer bien profond dans la patrie macabre.

Trompettes! Clairons!
Des discours déféqués par des rats
Le play-back d'un pur pour des mâchoires serrées
Une biographie expurgée du Grand Livre
Quatre Cinq citations bien senties Bien enl'vées
Clameurs en manteaux gris Grandes orgues d'honneur
Les tuyaux embouchés Quelques clap-claps de palmes
Pour un homme sans âge l'hommage de vieilles nippes
Entre ici Jeune Albert! N'en sors plus Tais ta gueule
Ou parle par ta voix morte sur le rythme imposé
de la Cérémonie Sers la sauce Débarrasse
le plancher du soleil Emballé c'est pesé.

Tes noces sont achevées Les épis sont glanés
Les escaliers encore Quelques marches Une porte
Un jour un visiteur Il s'enquiert Mais Qui est-ce?

Un gros poisson? Un sage? Un diseur de couloirs?
Un qui roulait trop vite dans la lumière d'hiver?
Un oiseau calciné? Un flatteur de Pouvoir?
Un tapageur dormeur qu'on réduit au silence du Monde.




mardi 20 octobre 2009

sunday on Paris




BON DÉBARRAS
VIEILLES CHOSES ?

jeudi 10 septembre 2009

LE ROMAN DE JEAN-LUC


Il avait pris grand soin de prévenir que ce n’était qu’une conviviale et modeste entreprise. Sans prétention. Qu’il fallait y voir un bon moment à passer. Et, à qui voulait l’entendre, il avait déclaré : lisez cela et amusez-vous, en toute simplicité, bidonnez-vous sereinement - et pensez seulement que c’est Jean-Luc qui, avec désinvolture, a écrit pour partager un peu de sa fantaisie. Les quelques-uns auxquels il en avait parlé d’abord l’écoutaient. Curieux, étonnés, rétifs, sans opinion. Jean-Luc n’était pas connu d’eux en tant que foudre plumitif. C’était le bon père, le bon époux, le bon bricoleur,- que ne faisait-il pour procurer à la maisonnée le pratique et le confortable-, un bel homme qui savait se croire désirable encore, un ami fiable et modéré dans ses excès, un tout un chacun comme on aimerait parfois être. Mais de la trempe d’un créateur, ça, nul ne l’aurait soupçonné dans son entourage, même les plus fantasques. Chanceux les premiers élus! Ceux-ci, possédant un ordinateur et l’ayant lu via sa clef USB, le reconnurent entre les lignes sans trop de mal, ainsi que les siens, tantôt fêtés, tantôt démolis, et prirent connaissance de quelques petites névroses sans incidence sur son aura. Mais, quoique se souciant peu, à ses dires, de l’avis des tiers, Jean-Luc était embarrassé : quelque chose semblait faire obstacle entre leurs impressions et leur franchise à les lui délivrer. Marjorie son épouse, qui avait la tête froide et les fesses encore hautes malgré ses quarante ans d’âge, tempéra en rappelant que nul n’est prophète en son pays, qu’aucun des lecteurs de ce premier cercle ne pouvait se figurer sérieusement le prix de sa délivrance, et qu’il lui semblait, de toute évidence, que tant de créativité avait de quoi décontenancer ses familiers. « C’est comme pour ceux qui vivent toute leur vie avec un assassin brutal et pervers à leurs côtés, - mangent, dorment, jouent aux mikados avec, et ne se doutent de rien.» avait-elle ajouté vivement, avec un air rêveur et pénétré.



Quand il désira élargir un peu le cercle des initiés, pour vérifier que les critiques condescendantes et les réserves polies ne devaient rien à la promiscuité affective, afin de s’affranchir du poids même insignifiant de ces premières critiques, il s’invita à des tablées et mit au courant des voisins qui firent mine de suivre ses préambules, quoiqu’ils n’eussent guère d’avis sur la question, ne lisant que le quotidien régional, quelques revues d’horticulture, et, pour la plus infime partie de cet auditoire de second choix, -les lettrés-, des romans poussifs mais contemporains, écrits aux premières personnes, singulières et plurielles, reconnus par le landerneau des belles lettres télévisuelles et dévoilant des intimités sans éclat. On le lut. Rien de comparable à des vivat enthousiastes ne transpira. De légères contraction de sourcils lui firent même soupçonner une once de désaveu, ou de cachotterie malsaine. «De l’envie.» conclua-t-il, en pensant à ce que lui aurait soufflé Marjorie qui, malgré l’heure tardive, n’était pas encore rentrée au domicile conjugal.


Mais il n’eut cure de ces tièdes accueils. Il se lança à pleines dents dans le sauvage monde littéraire. Il connaissait la soeur d’un éditeur, et le mari d’une collaboratrice de bureau avait des accointances aigues, lui avait-elle sussuré, avec un chef de collection en vue. Il avait ses entrées.


Il cachait à qui voulait l’entendre sa première expérience : un roman construit, vindicatif et haletant envoyé sous forme de tapuscrits anonymes à des maisons d’édition, qui toutes l’avaient envoyé, lui et sa première couvée, poliment paître. Mais c’était il y a presque vingt ans. Un avortement. Il y avait prescription. Sa vie n’avait plus besoin de reconnaissance : femme et enfants croissaient à ses côtés, sa psychanalyse était achevée, il assumait ses poignées d’amour. Il signa le roman, prit soin d’adjoindre numéros de téléphone, adresse postale et mail, et le remit en mains propres, après cinq apéritifs opportuns où il brilla aux côtés d’une Marjorie radieuse et conquérante, aux deux messieurs adéquats (idoines?) mentionnés plus haut.


Il fut mis directement en course; les deux messieurs, chacun pour sa maison, voulut du poulain. Il choisit. Luxe suprême. Le plus payant. Pour la famille. Et son premier roman fut édité, imprimé, mis en vente et lu, -qui sait?-, dans un temps record.


Il était satisfait. Ce qui l’embarrassait cependant étaient ces récurrentes remarques désobligeantes sur le «passage des coquillettes». Les critiques radio allaient même jusqu’à faire lire par des intermittents atones et lymphatiques le dît passage, en vue, sans doute, de perdre à la lie la qualité évocatrice des extraits. Ce passage des coquillettes n’était pas celui qui lui avait coûté le plus de sueur et d’eau. Il avait juste eu à se pencher sur la réalité et à ramasser dans la boue. Une besogne d’orpailleur : rien à voir avec ces orfèvreries ciselées, délicates dont il avait serti sa trame charpentée et solide.


Mais au coeur d’un roman mi-thriller, mi-chronique sentimentale, le passage des coquillettes gênait.


«- N’en prenez pas ombrage, Jean-Luc, l’avait familièrement rassuré son chef de collection, dans un mois, le roman passe en poche et en gare : le format est impeccable, la réussite sans faille. Moi, personnellement, j’adore les coquillettes. C’est même le passage, vous me croirez si vous voulez, Jean-Luc, que je trouve le plus couillu. Et rien de tel, pour un roman de gare, pour être ressorti dans trente ans, dans cinquante, comme un bon vrai roman, au sens fort du terme. Prenez plutôt des vacances : le repos du guerrier. Partez, et revenez-nous, Jean-Luc, avec le deuxième!


Jean-Luc en parla longtemps avec Marjorie. Marjorie l’encouragea à suivre le conseil du chef de collection. Jean-Luc se retrouva donc un matin, seul, sur un quai de la Gare d’Austerlitz, Paris, , ayant laissé ensommeillée toute sa petite famille au secours de laquelle la belle-mère était venue s’adjoindre le temps de son absence, pour alléger Marjorie des taches quotidiennes, et donc régulières. Sa valise achalandée pour un mois pesait lourd au bout de sa dextre, la bretelle de son sac ordinateur lui cisaillait l’épaule gauche, le train ronronnait; il déglutit. Le jour était clair comme un nouveau monde et Jean-Luc, humant de tous ses poumons les ultimes relans citadins, marchait fermement mais sans hâte excessive vers la voiture 11, place 65, - voitures et places dont les numéros figuraient sur le billet délivré la veille au guichet de sa résidence de banlieue où, à l’abri des surprises, dormaient sa femme, sa progéniture et sa secourable belle-mère. Le billet était maintenant dans la poche de son pardessus impeccable.


Il suait.


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vendredi 24 juillet 2009

Descente de la Loire





Au chevet
du lit
du fleuve

j'ai laissé la lampe éteinte
et un volume qui s'efface
à mesure qu'on y pose les yeux





mardi 7 juillet 2009

Lundi



Je connais de jolies chansons, je possède une inépuisable réserve de caresses, les histoires drôles tordues et animalières n'ont aucun secret pour moi, je sais dire "merci" et "adieu " dans dix langues
au moins,
"je veux" aussi,
"oui", et "non" surtout,
dans trente,
je sais tenir un vase sur ma tête et avancer dix pas sans les mains,
faire les boutures de géraniums et la pâte à pain, bref,
des qualités hétéroclites à revendre. Qui m'achète ?


ps : Bien Sûr que la peau a un avenir : c'est lundi demain. Et c'est charmant à imaginer. Les jeûnes du Dimanche sont si longs. C'est qu'il fait noir déjà, que tout dort, que la nuit est profonde ici aussi, que l'air est glacial et que j'ai encore du sang dans les veines.


jude box pour la dame que je n'ai jamais rencontrée

Mister Sandman Bring me a Dans la boue Dans la boue Dans la boue Help I need somebody Sa maison est en carton We'll meet again Don't know where Don't know when etc etc etc

CHUT!

et puis j'ai pas l'air
ni ne tiens parole pour apprise
ni rien qui le la ne donne

bouchez vous les oreilles
déblayez devant votre porte
dansez dans le silence
il suffit de s'appuyer

recommencez encore

jeudi 2 juillet 2009

work it (again) Sam

Soyez heureux Vivez longtemps
Plus longtemps Plus longtemps Plus longtemps

Jouez le jeu Soyez courtois Soyez honnêtes Mangez moins gras
Serrez les coudes Vivez longtemps Travaillez plus Baissez la tête
Parlez moins fort Buvez du lait
Le petit lait de la décence
Rhabillez-vous
C'est terminé

Dites pas qu'on n's'est pas amusés...

vendredi 19 juin 2009

...


Toujours toujours prendre de l'avance sur le retard


dimanche 14 juin 2009





Pour qui rêver ?
 



Bon débarras, vieilles choses. 


vendredi 12 juin 2009

je n'ai rien fait! c'est pas moi!



La cinquième fois, ce mois-ci...

Maman! Ai-je morti et résurrectionné ?
Dis, recompte sur tes doigts! Une seule main suffira.
En un mois, preuve de l'existence, cinq fois
on m'a demandé

mon acte de naissance.


jeudi 4 juin 2009

PRIÈRE




FAITES MOI SAVOIR
JE VOUS EN PRIE
DITES-MOI
QUE DÉJÀ
REDITES-MOI QUE DÉJÀ
J'AI

MANGÉ MON PAIN BLANC.




mercredi 27 mai 2009

l'école du portique



Laissez venir à moi les petits enfants qui ne troublent pas l'ordre public
Passez sonnez embrassez qui vous voulez
le mino en troupeau, du ventre de ces mères, qui ira à l'école sous garde rapprochée
Petits sous surveillance Dignes chairs de nos chairs
Vaquez à vos études nous vous protégerons
si parmi vous se glisse, dangereux avorton, le fils
du côté obscur

Prompts à piocher au porte feuille
pour l'agent de sécurité
pour le douanier qui fouillera
les entrailles de tes cahiers
Pour l'installateur de portiques
Pour le détecteur de goûter
Pour ta haute sécurité
Hourra!

Le soir venu à ta télé,
on affichera les visages
des délinquants de ton école.
Et par chance qui sait par chance
peut-être que tu y passeras
sous le portique télévisé de la haute notoriété :
"Le gang des coupe-papiers
a été démantelé.
Un témoin de treize années
raconte sa matinée :
- j'ai entendu,
oui, j'y étais,
j'ai entendu ça a sonné.
Ils ont été maîtrisés.
Nous avons pu aller vaquer
à nos études
en toute
sécurité."

Les règles rouillent au fond des trousses
et les neurones aux cerveaux grèges

Big Brother te fait la vie douce...

Envoi :

LOCATION DE PORTIQUE DETECTEUR DE METAUX
Suite à de nombreuses demandes de clients, nous avons le plaisir de vous informer que nous sommes en mesure de louer ce modèle de portique détecteur de métaux pour une période de 10 jours maximum.
Notre TARIF de location n'inclut pas les frais de transport aller et retour
Frais de location forfaitaire par portique détecteur de métaux PDMO : 500€ HT
Caution par détecteur payable d'avance : 2000€ HT
Frais de transport aller : 100€ HT
Frais d'assurance aller : 15€ HT



mardi 26 mai 2009

le poteau



Comme il lisait en marchant
de nuit
qui plus est
il se cassa 
le nez

Ce qui en fit autant à ses pieds
vu qu'il avait le goût prononcé
pour les fragrances
d'été





suaviter et cum sensu

"Parlons peu mais parlons bien
Et surtout, parlons bas."

dit-elle, en suivant le premier venu,  qui la précédait.

Cois autant dire ils demeurèrent de Paris à Istanbul et même en passant les fleuves, tant le latin est une langue qui perd.

lundi 25 mai 2009

Du coq à l'âne



Play it once, Man. For old times' sake

Libre penseur Vieil orphelin
Énergumène Désuet chéri
Chante-la encore ton Hommélie
Et au quatre coins du champ
des mouchoirs ceints sur des pilônes
pour se rappeler le bon temps
où la bête n'était pas aphone.

dimanche 24 mai 2009

à discrétion


Dans la main de mes rêves j'ai laissé venir manger
qui voulait en veux-tu en voilà et pas bégueule Avanti! ça piaillait. ça picorait, ça avalait, ça digérait.
Pis moi de pitance
- le front auréolé que je me croyais -
de pitance que dalle

Une seule main pour tant de rêves ça faisait court, seigneur.

Alors je partageai.
Cinq doigts autonomes et la paume en quartiers
et pas plus de rêves que d'écuelles où manger.
Mais du monde encore à la soupe la bonne soupe qui fait avancer.

Dans le creux de mes joues se loge maintenant
des rêves familiers plus mordants que des huîtres.

Qui est Georges.

Georges sème la pagaille et les graminées
Qui divertissent
La jachère des temps
- où plus personne au bout du fil qu'on tend
ne répond.

Georges aurait aimé s'appeler Lazare. Mais il ne s'y connaît qu'en horticulture.

Georges une fois m'a-t-on raconté, un jour d'orage, Georges dis-je au lieu d'être tout
à la bouture qu'il tentait
ou marcottant gaiement - je ne suis pas précise -
Georges en tout cas se coupa
et quand la première goutte de sang eut atteint le sol nourricier
Georges fit voeu de ne parler
plus qu'en latin.



Depuis, Georges est un ancien camarade et m'offre des fioritures
en gage de fidélité.

samedi 16 mai 2009

LATIN DE CUISINE






qui bene amat
bene aromat



Lourdes Lourdes

Mon loueur de sommeil n'a pas remis les pieds ni la clef par ici
depuis la nuit des temps où il passait souvent
J'avais encore alors la paupière lourde
et le sommeil léger
Maintenant
l'aube
est
mon
ennemie
je ronfle comme
tassée une sourde
sur un tas de rêves éventrés
Et si je veille par dépit c'est pis :
Ne pouvoir rencontrer dans mes rêves celui
qui s'acquittait munificent de la serrure et du loyer.

mercredi 13 mai 2009

Jolie bête Refuge Palier d'oubli Féroce appétit Asile Pays de reconnaissance
Majordome des folles noces

te perdre

parce que maintenant je n'ai la patience le soir que de laisser fondre du sucre sur ma langue

lundi 11 mai 2009

Nixes

Pas que les étoiles
qui soient filantes
Pas que les galantes


Au jour de marché
L'oreille collée au baquet
j'ai ouï le récit visqueux
des filles d'eau douce

Les larmes des soeurs mêlées 
sont-elles salées ?


samedi 9 mai 2009

coucher les jours fériés sur du papier éponge


je m'endors à des lieues orthodromiques
bottée, debout, contre un perchoir
planté sur le périphérique
de ta cité dortoir

je rime en noir et rime en hic
pour me donner l'air de chantoir
je carbure à l'économique

bradez mes foires.

Est-ce une alouette ? C'est un moustique.
Pas de quoi casser trois briques à un
Lapin.




dimanche 12 avril 2009

Au chat !


Le théâtre est l’art qui tient parole.

Mais la langue est dans la poche et le mouchoir par dessus.

Seuls les chiens.

Et encore.

D'aveugles.

samedi 4 avril 2009

mon pays dans mon pays

J’aime ce dernier lieu de fragilité et de discrétion : le théâtre.
Un monde. Une famille.

Peut-être la dernière chambre de l’Art, au seuil de laquelle se tiennent, droits, compassionnés, comme au chevet d’un agonisant les institutions et ceux qui grappillent et sucent en son sein.

J’aime ce sacre de l’impuissance et les rites désolés qu’on lui voue : j’aime savoir que je participe à cette parade fantomatique, que je nourris de mon sang et de mon souffle ce petit frère des caves, entraînant même avec moi dans cette dilution morbide des chers et amis. Que je me joins au cortège des gérants de condoléances. Que je suis la déshéritée, l’inconsolée, oubliée parmi d’autres erres sympathiques.

À lui, les regards que l’on réserve de coutume aux pauvres que l’on ne connaît pas et aux animaux malades.

Chez lui, cet éclat des vieilles choses rabattues: le verbe illuminé, les dépouilles de corps aux sexes confus, les cris de douleur, le bon rire franc, les gémissements de louves ...

Il dénonce. Il parle plus vrai que vrai comme font les semi-morts en leurs derniers instants, les fous, les prétendants à l’abandon.

Il secoue : un prunier, et pas une prune pour blesser le monde endormi sous ses larges branches nues. Il est secoué, hanches hôtesses sans prévoyance, accueillant présent et passé, osseuses, osseuses, ainsi vont les vieux chevaux qui ruminent l’urgence que maltraite l’oublieux cocher à en faire tourner les têtes les mieux faites. Bonne bête qu’il sauva de l’abattoir, pourtant (et ce fut le conte moderne.)!

Il se pare même, crevard, des derniers festons du progrès : il s’acoquine avec les nouvelles technologies. Le goutte à goutte qui le maintient ici en vie artificielle, - sa seule vie par essence-, s’accélère, d’une joie d’enfant, quand on réalise qu’il sait, quoi qu’ antique, pactiser avec l’avenir radieux de l’homme communiquant.

Il parvient même à devenir une mauvaise imitation de lui même : on a recours à ses fastes pour, une fois l’an, comme une fête à un Dieu né sur terre, se promettre que rien ne changera jamais vraiment.

Maigre et vieil enfant inoffensif, que chacun, sitôt qu’il se frotte au pouvoir, voudrait pouvoir aider d’une main tendue.

Mais trop s’y agrippent qui semblent respirer par ses tuyaux. Ceux-là l’asphyxient! Tapez sur les phalanges, repoussez les mains nus : ils vont, ces assassins, user des pourpres si chèrement entretenus : faites-les descendre des estrades! Les lèvent-on pour ces ombres ? Sont-ce tribunes à multitude!? 

- Et de fait, moi, je descends. Vrai : je ne chevauche pas, et depuis toujours, question de goût pour la bonne chair les vieux enfant inoffensifs ...

Inoffensif ?
Certainement. Sinon, pourquoi vouloir encore, dans n’importe quelle petite commune de France, construire ces églises vides que sont les théâtres et y abriter à grands frais du contribuable des hordes dépenaillées et des singes savants ? Chacun en veut Un. En propre! Chacun le sien. Pourquoi réhabiliter usines, pompes funèbres, obsolètes bâtiments des services publics ? Pourquoi former tant de médiateurs culturels, ouvrir tant de réseaux ruraux, d’écoles régionales, nationales, pourquoi favoriser des échanges au delà des frontières, inventer des labels, poser les auteurs vivants même inaudibles sur des trépieds, laisser libres aux troupes assermentées les rues des villes, posséder plus et plus de cirques, d’arènes, de salles polyvalentes, de palais des congrès, de lieux culturels, de scènes dédiées aux arts vivants ? Chacun en veut Un. En propre! Chacun le sien. 

Si ce n’est que ce léger éclat de cynisme : « Cause toujours, agite-toi, distrais-les. Tu ne peux plus rien et mon obole, fourre la toi profond dans la bouche. C’est ton dernier voyage. Les statues, les fantômes, les cadavres remuants calment encore les foules; la terreur, l’effroi font encore des ombres portées, tremblotantes, pittoresques, des résidus d’ors sombres. Une digestion difficile? Mâche bien. Et rame.»

Chacun en veut Un. En propre! Chacun le sien. Et pourtant, nulle recette trébuchante à en tirer. Chacun en veut, l’une de ces ménageries où le plus féroce est promu roi, le plus dangereux prince de ces bêtes, le plus gourmand empereur des faunes quasi éteintes - à condition qu’ils demeurent derrière les barreaux. Les plus domestiques ? On les consomme. Ils se reproduisent assez vite. N’a pas le sang bleu qui veut.

Ou peut-être cette prolifération est-elle le signe de la pimpante santé de la démocratie : chacun serait capable de montrer qu’il peut nourrir le démon, le dangereux parjure, l’ambigu voyant, le corps féroce, le gosier insoumis et les lampées de feu en ses flancs... Qu’il jouerait de ce paradoxe, comme le maître des rats, du pipeau ? Qu’il saurait plier le grand malade visionnaire au libéralisme du marché aussi, tout en le laissant danser sur sa corde.

Ou peut-être encore, est-ce qu’il y aurait dans cette lubie conservatrice, le signe d’une perte totale de repères, et : «on tente, on voit, on lance des filets en attendant, - et pourquoi pas de la part de ces agités du plateau qui ont le sens apocalyptique -, une pêche miraculeuse qui sauverait l’Arche du déluge..., un début d’idée, l’amorce d’une ère nouvelle sur terre ».

Ou bien, alternative ultime, avant que le colosse antique ne s’effondre dans son linceul râpé et cramoisi, est-ce, délicatement, précautioneusement, tout bonnement, par, Comme Qui Dirait (et cela chacun et tout le monde est en mesure de le comprendre, ça fait partie des communes valeurs) : Respect ?

Que d’espoir.

vendredi 27 mars 2009

Par les fenêtres des maisons d'ici sitôt que tombe le jour









Nous aurions de bonnes raisons d'être poussés hors de notre maison dès les premiers rayons.
Et quant bien même, une fois, nous ne sortirions pas, la lumière crêverait les murs et seule notre part d'ombre réciproquement offerte nous offrirait, l'un l'autre, de la fraîcheur.

Ici dès la nuit enclose, des rectangles vibrants m'alertent des fenêtres : ne te laisse pas voir.

Je continue de marcher et j'attrape les rectangles, les yeux ronds, au vol. L'ombre effrangée de la rue me dissimule. Le silence écrase mes pas.

À force de marcher, de bonnes rêveries me courent par les veines : nous nous serions arrêtés quelque part. Des murs qui voudraient bien de nous. Mais nous aurions de bonnes raisons d'être poussés hors de notre maison dès les premiers rayons.
Et quant bien même, une fois, nous ne sortirions pas, la lumière crêverait les murs et seule notre part d'ombre réciproquement offerte nous offrirait, l'un l'autre, de la fraîcheur.

lundi 23 mars 2009

JEU CONCOURS




L'ORDRE DES CHOSES


Ordonne comme tu veux ces trois images saisies malgré elles,
et raconte l'histoire chaque fois
différente :
envoie-moi tes histoires.
Raconte-moi l'Ordre des choses.


lundi 16 mars 2009

ma sérénité contemporaine. Chanson

Je voudrais vivre chez Ikéa
manger du saumon tous les r'pas
et puis dormir dans des draps
hallucinogènes

J' voudrais me sustenter d'airelles
servies dans des séries d'coupelles
de plasgow de toutes les couleurs

Nous aurons des oreillers 
de tendre coton rayés et des bougies 
au coin du lit

qui sentiront l' sprat mariné
Des gens nous souriront courtois
et port'ront des ronds aux voyelles

Je trouverai dans les placards
de qui rouler dans des plumards
rangés dans un vrac ouvragé

Je voudrais vivre chez Ikéa
flêcher ma vie, et mon trépas
dans des draps hallucinogènes.


jeudi 12 mars 2009

domestiquer la bête

je viendrai manger dans votre main
puis y poser ma joue 
ruminant
talonnée par la fin

les sabots élevés à quelques centimètres du sol
les yeux mi-clos ravie têtue

ma robe sera grise et mon crin bien peigné
je ne parlerai plus.
Enfin ?

Et si je ne me noie pas dans le fleuve,
j'irai braire dans les grands champs.


.

dimanche 1 mars 2009

FÉVRIER NE TE DÉCOUVRE PAS D'UN PIED
soulier en terre et bien planté là où surplombent les jarrets

MARS
POURSUIS LA FARCE

le suivant verra Avril te faire danser sur le fil

dimanche 25 janvier 2009

Atavisme, la Question du père/petite histoire pour dormir inquièt

Imaginons le petit Sanson, que son papa, de sa main gantée
-l'avait-il épaisse et rude ou délicate et pommadée?- emmène pour la première fois
là où coulent les heures de ses jours
et ce, dès potron minet.

Voici le lieu de travail qu'on gagne au petit matin. On y croise des têtes connues, et d'autres. Dès l'aube, il burine au grand air, papa Sanson, et point ne rechigne à l'ouvrage. Et ne regarde pas à la dépense. Il sue, il besogne, le gaillard.

"Tu feras comme ton père, mon fils"
il dit, bien haut, d'une voix claire
- l'avait-il rauque et ténébreuse ou bien fluette et nasillarde ?- au fils dont les yeux agrandis
de petit garçon intrigué ne peuvent se détacher de la grosse tête roulée
à ses petits pieds dégourdis.

"J'irai danser la Carmagnole par-dessus les ruisseaux rougis..."