un matin
encore à la lanterne
obsédée, lors d’un hiver glacial - et l’aube humide et lumineuse ne montrait pas museau, fillette ! l’ombre avait mis bas un jour plombé -, obsédée par les graves du filou qui rendait jadis mes soupirs légitimes, frissonnante, à la lanterne, donc, je jetai à la mer cette encre - du petit lait sympathique qui tourne et caille, qu’on révèle au citron en s’essuyant les yeux, que l’on tète à longs traits lors des soirées pluvieuses, mais conservé des lustres par superstition dans des cahiers usés à force de départs
les feuillets gorgées d’iode tapissaient les flots noirs
les lames délavaient mes chagrins et mes joies liés et déliés aux folioles jaunies
j’étais débarrassée debout sur le rivage, consolée, harassée, bras pantelants, tremblante, les yeux suivant le chemin chahuté que filaient désormais les chansons tirées des vieilles embrassades
À moi seule l'an neuf debout sur le rivage! À moi clarté nouvelle dans le fracas des eaux!
Déjà, l'air abruti, l'oeil vide, la chair exsangue, apathique et frileuse je cherchai un poisson duquel m'amouracher dans l'hiver dépeuplé de cette nouvelle aube
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