mercredi 12 janvier 2011

de celle qui veille à celui, fleuve endormi






il a du l'entendre


courir le long du court Désir

passer la grille sans mot de passe


il a du l'entendre


griller le feu du boulevard

sauter au dessus des zébrures

gagner le trottoir détrempé

bondir Brady et l'Industrie

défier son diaphragme au 100 mètres


il a du l'entendre


cueillir le juste numéro

au grand loto de la chaussée

reprendre sa respiration

flotter devant les boîtes au lettres

avaler des volées de marches

onduler aux coudes des couloirs

aux étages dans sa hâte éblouie

presser ses lèvres sur ses paumes

mordre au sang puis se mutiner contre

les minuteries lunatiques


il a du l'entendre


à l'aveugle se cogner un peu

tomber et se relever

se relever et puis tomber

vaillant têtu éperdument

et vouvoyant le paillasson

souffler au seuil de son studio

vaste et puissant poumon d'aurore

poudre de rêve versatile

ne pas toquer quitter sa hâte

épousseter sa redingote

secouer son plumage en sueur

se rajuster dans la poignée

frémir devant son ordinaire

puis en monte en l'air des grands soirs

ajourer le blindage gris

laisser céder les charnières

laisser les gongs se délasser

se glisser en caressant l'huis

s'aventurer dans son silence

strié de ronflements ravis

et chercher à tâtons son lit

s'y couler - fleuve de mirages,

lequel de tes yeux bleus de cendre

dois-je fixer pour me faire entendre?-

remonter jusqu'à ses ouïes

en partant du bouquet d'orteils


il a du l'entendre

même endormi

le verbe d'amour imprononçable

qu'a inventé mon insomnie


mais des cloches

sans doute des cloches

et un troupeau de moutons blancs

au visage ovale et souriant

lisse de laine et clair de teint

bêlant bêlant bêlant bêlant

- cloches et moutons la nuit mêlant-

et leurs sabots à talons plats

ont écrasé désenchantés

le verbe d'amour imprononçable

qu'a inventé mon insomnie



Sur les plumes de l'oreiller

entichée d'une stupeur languide

les joues balafrées de larmes

et les yeux cloutant le plafond d'une nuée d'étoiles froides

en deuil de ma langue morte et de son grand corps étranger

j'ai retrouvé mon sommeil


sans un baiser








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