jeudi 13 janvier 2011

l'élève volubile au maître taciturne



je l'embrassais de droite à gauche pour qu'il ne puisse pas me relire



mes langues il savait les traduire, toutes
alors j'inversais les phonèmes de mes cris, et de mes soupirs
j'ôtais au hasard des voyelles
mais il me déchiffrait couramment

je composais sur sa peau des labyrinthes de cursives
mes ronds de jambes autour de lui rapetissés
tressaient des notes byzantines
mais il décryptait dans nos nuits tactiles le moindre de mes billets

je pratiquais la paragoge : nos jeux se faisaient plus subtils
je me bourrais de fautes je collais mes syllabes j'éreintais l'alphabet de six ou sept idiomes
je compliquais je raffinais j'usais de l'argot des bouchers
du sabir des nouveaux-nés du jargon des économistes : en rouleur de sémantique
il me feuilletait
virtuose

j'inventais des galimatias composais pour nos retrouvailles des hymnes
aux rythmes fracassés jamais je ne donnais signe des fins ni des commencements
je brouillais biffais balbutiais je tourmentais de mon corps les lignes
mon silence il le défrichait, en tirait des codes nouveaux
à ses yeux j'étais facile

jaillissaient en saillies limpides
des fontaines d'onomatopées
et ma salive sympathique lui révélait ce que recèle
les dessous de mes confusions

mes clameurs s'agglutinaient
en sibyllines mélopées
mes hourvari modulés tordus brassés entrelacés
il y ripostait chevronné
je m'épuisais en sourdine je me taisais je respirais
expert, il me pénètrait sans peine
mon souffle lui battait aux tempes
ses yeux ne se fatiguaient pas
ni ses doigts parcourant les traits
tirés semblables aux alambics
où l'on distille les philtres d'amour

Bref
j'usais de combines vulgaires : pourvu qu'il ne me saisisse
pas d'emblée qu'une charade dans un coin des lèvres aiguise sa curiosité
que dans le repli de mes chairs un chant inconnu le retienne
que les ténèbres confisqués dans la toison de mes rébus
l'assoiffe et que décousue
je lui sois toujours inconnue


mais j'ignorais femme ingénue que le sens était sa chapelle
celui des corps que l'on épelle à foison et en diagonale

il finit par me survoler comme un vulgaire mensuel



je l'embrassais de droite à gauche pour qu'il ne puisse pas me relire




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