dimanche 14 février 2010

l'ombre de soi-même







"Tu me fais de l'ombre.
L'ampoule nue au plafond ne suffit plus.
Les yeux vieillissent-ils ? Ils sont restés si grands.



Les frasques sont de plus en plus économes, les mystères se confondent aux pudeurs, mais on s'aime toujours.

Dans la chambre, il y a la cuisine. Il y a un matelas déposé au sol, à côté de la table, qu'il faut retourner, de temps à autre, pour lutter contre la pourriture. Il est de plus en plus lourd aussi le retourne-t-on à l'occasion seulement, quoique tu y demeures plus souvent allongé. Juste derrière, oh! à peine deux pas, accroché à la paroi, un lavabo qui fait également office d'évier. À gauche la gazinière, et à nos pieds la glacière bleue. Une étagère flotte au dessus, avec juste ce qui faut de vaisselle pour un couple qui ne reçoit plus. En face, à la tête du matelas, qui retient les oreillers, un tas de livres, prodigieux. Nous n'osons plus lire, de crainte d'écrouler notre chevet. Nous parlons longtemps pour que le sommeil vienne, ensemble d'abord; puis chacun dans son coin, à marmonner la nuit. Et de l'autre côté, en reste de commode, trois tiroirs où l'on empile nos habits, pèle-mêle, ceux de femme, ceux d'homme. Rien d'autre. Le reste a été vendu. D'abord péniblement, puis avec une juste frénésie qui nous a gardé des nuits entières éveillés, étreints par la joie, à rire aux éclats, ensemble d'abord; puis chacun dans son coin, à marmonner la nuit.



Aujourd'hui, je ne veux pas croire que ce sont mes yeux qui me rendent mal service, ni que l'ampoule défaille. Aujourd'hui, mon amour, tu me fais de l'ombre. La tienne. Celle de ton corps que j'ai vu se cogner aux murs, que j'ai soigné, bercé, aimé et qui lentement, lentement décompose notre histoire."






Aucun commentaire: