lundi 30 janvier 2012

le corps duquel







en entrant, les dents deviennent-elles crocs, les ongles, griffes, la bouche - gueule ? Les poils se mettent-ils d’abondance à envahir votre épiderme ? Quand vous passez du côté où l’on m’a enfermé, où l’on a enfermé ce qui je fus, les jambes, pattes ? les pieds, sabots ? la peau, écailles, le nez, museau ? les caméras de surveillance impriment-elles ces métamorphoses ? et vous qui passez vos jours à entrer et sortir et entrer et sortir : chaque fois les perdez-vous, vos poils, puis les retrouvez-vous ? Votre voix mue-t-elle à chaque passage ? le temps d’être homme est-il au dehors ? ou bien êtes-vous mi-homme mi-
quoi ? vous vous sectionnez quotidiennement, gardien, en votre milieu, vous vous fendez entre l’homme et
quoi ? et si nous sommes encore plus nombreux à être de ce côté, gardien, il y aura-t-il moins d’hommes sur terre ? si nombreux, si nombreux qu’on ne distinguera plus le petit du gros, ni les traits du visage, ni les voix : et feulements, grognements, hurlements, seulement à entendre ? et quand nous sortirons, gardiens, si nous sortons, serons-nous mi-hommes mi-
quoi ? une chance si on nous regarde encore. il était une fois ici, gardien. c’est ici que l’on commence. ici commence ma vie de quoi, gardien ? un jour j’étais de l’autre côté, dehors. avez-vous mis mon autre en terre ? une urne porte-t-elle mon nom ?un demi nom illisible ?






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