mercredi 7 septembre 2011

vacance







J'étais donc dans cet hôtel. Je gardais mes deux chevaux : on ne les avait pas tués. J'en prenais soin et je me cachais derrière l'étendoir pour pleurer : je leur épargnais mes chagrins. Je savais me montrer discrète. Je pleurais parce que je savais communément que la mort est la fin de toute joie.

L'homme qui m'avait laissé les chevaux le savait tout aussi bien que moi mais cela ne l'avait jamais égratigné. Il avait assez de ce qu'il pesait lui-même sur ses épaules.

Quand je le rencontrai, - c'était avant l'hôtel-, nous avions parlé la même langue et je dansai dans l'eau. Il eut le don de me faire chanter une dernière fois. La nuit était sans rive. La nuit était liquide. Je dansai là où je n'avais plus pied. Je lançai pour mes noces des poignées d'écailles. Oh! Je fus vaillante. Sa voix de cendre m'enlisait gentiment et mes jambes, avares de fuir, lui tournèrent autour, tenailles souples et douces soumises à la nuit sans avenir.

J'avais aboyé longtemps au matin puis je courus à la lisière des bois, là où la lande d'ajoncs recoud la plage au monde, mais je n'ai pas su reconnaître ses empreintes parmi toutes celles que les bêtes avaient laissé sur la poudre du chemin.

Quand on me rapporta, sur une civière de peau soulevée par deux bossus qui tressautaient gaiement, j'étais sans voix. La rosée avait dessiné des ronds sur le sel de mes bras. Les chevaux nous suivirent, placides. J'avais faim, alors on me servit du riz et des poivrons cueillis le matin même par la petite qui accueille les clients, quand il y en a.





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