mardi 29 mars 2011

mais dors et déjà




le chagrin a deux grandes mains, deux grandes mains adéquates.

Vous m'aimâtes à angle droit, à angle droit vous m'aimâtes,
et douce m'est la pensée qu'entre vos bras, vos deux bras,
ma carcasse ivre de vous jouissait d'os et d'âme, jouissait.

Et cadavre futur, vous à moi, et le tout réciproquement
je prends le soleil vigoureux, les audacieux vents en courroux,
les cornes argentées des mers, l'onctuosité de la boue,
les gorges embrassées des détroits, les bêtes qui rouges pépient
beuglent, rugissent, rouilles ramilles, grands gibiers séducteurs séduits,
éclats verts des bois d'écorchure, verbes perchés des cétacés,
batraciens gonflés d'amour, dédain des nuages tourmentés,
rivières, jacassants ruisseaux, fracas des rochers, je prends
les chemises ouvertes sur les poitrails rayés de venelles,
la balafre de l'horizon, les tâtons d'enfance, les entailles
des huis dans les maisons closes aux chants et aux tasseaux de rire,
les lèvres cireuses des défunts et les larmes des amoureux,
je prends tout ce qu'à portée de lèvres je peux contenir de stupeur

l'avenir tend sa bouche aux âcreurs des tabacs, baisers volatiles
le chagrin me prête ses mains, ses deux grandes mains imbéciles.



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