vendredi 7 mai 2010

tant qu'y a le type qui a les clefs

On s'offre des danseuses de parpaing, parfois voilées de cuivre ou brute de ciment.

Le Maire de la commune peut même se taper sa bâtisse en triangle, la chips mexicaine du concepteur moderne, avec ses 3 wc, la lumière qui entre par les verrières en biais et l'écho de ses pas sitôt qu'il y pénètre.

Chevaucher des rêves de culture
Et par la suite, monter des murs
Clore au dedans les réunions
Un club théâtre le mercredi
Un loto hebdomadaire
et s'assurer autrement dit
qu'on n'y entr' jamais par derrière

Puis rêver debout
en homme
qu'un jour plus personne
ne foulera le carrelage retentissant du temple
plus personne Nul profane
qui sache allumer ni
éteindre les néons
alors la lumière s'ra pour de bon

L'on a pris garde par précaution de dissimuler, vigilants!- l'interrupteur derrière les plinthes

"Plus personne
vider de sang
Le temple vierge de la culture
- plus la peine d'ouvrir les portes même
derrière lesquelles se dérobent les bouteilles d'eau et les biscuits apéritifs, les éponges neuves, les torchons -

Un jour, la danseuse sera déserte : ahah !
Jusqu'au type qui a les clefs, tous dans un froissis et grandes révérences te laisseront enfin. Ma danseuse de parpaing.
Ma pierre au Grand Ouvrage, ma pierre de Patrimoine !
Qu'il ne résonne plus de ces pas malséants Ô le divin bâti de ta structure pesante
qui devient déité !
Mon idole dont jaloux je refais faire la façade
chaque année.

Et que l'on te baptise d'un nom de conséquence
Ou le nom d'un poète, le nom d'un financier,
le nom d'un chercheur d'or ou d'un trafiquant d'armes. Ou bien posthumément,
modeste patronyme, qu'on t'abouche le mien. Ne suis-je pas ton père ? Ou mieux
ton amant, Ô ma vierge inviolable!

Que toutes les saisons te passent sur le corps sans entamer d'usure ta patine culturelle"


"Mais patienter encore, murmure pour soi-même l'élu désappointé :
il reste sur cette terre des ahuris vulgaires qui désirent en ton sein s'abriter pour créer
Tous ne sont pas encore à la rue
et insistent"

En voici.

"Je vous laisse les clefs ? Éteignez en sortant. Les poubelles, c'est à gauche. Vérifiez les issues. Je repasse plus tard ? Déchaussez-vous par là. Les toilettes sont propres.
Et besoin de rien d'autre ?

- Non, ça ira, on ne va que jouer."

Dans la nuit solitaire l'élu titube, frémit. Ne pas se retourner vers la majestueuse
empreinte de son règne.

"Ô sanctuaire érigé sur les glorieux espoirs,
encore un peu, attends!
Bientôt ils s'ront si creux, si pétris de disette
si ramasse-poubelles
qu'ils n'auront même plus le désir de jouer.
Alors étincelant endroit de la Culture
tu pourras reposer
et résister au temps,
faire face à l'usure qui menace l'art vivant."

Son pas se raffermit : les traces qui le suivent sont celles d'un César
et déjà les lauriers descendent étincelants de l'orbe crépusculaire.
Il est prêt à rimer.

Demain, il reviendra
et reprendra les clefs.

Les barbares ailleurs
iront jouer.


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