mercredi 21 janvier 2009

les poissons et les chemises




Après être entré dans l'Histoire,
il rentra dans son nouveau bureau où le monde gémissait, crépitait, agonisait, éclaté dans d'innombrables chemises luisantes à rabats cartonnés.

Il posa une main sur le tas prodigieux, et de l'autre se gratta délicatement derrière l'oreille. Un instant, il écouta le silence alentour. "Mon Dieu, ils ont fermé tout fermé!" Il tourna son regard sur les portes, une à une, puis revint à sa table surchargée.

Il releva ses manches et retenant son souffle, plaça face à ses yeux le premier dossier. Il l'ouvrit. Son regard domestiqua les premières lignes. Elles dansèrent un peu, se déhanchèrent et se brouillèrent tout à fait. La première femme et le serpent.

Alors il brava sa nature et s'essuya les yeux du dos de la main, referma la chemise hurlante, la glissa sous le monceau menaçant, et s'empara d'une deuxième, qu'il défia longtemps du regard avant de se décider à l'entamer.

Il n'avait plus beaucoup de temps devant lui.

Déjà aux fonds des mers, 'paraîtrait que les poissons que Coustaud tirait à la dynamite n'offrent plus les couleurs chatoyantes d'antan... Et la petite syreine s'est consumée d'ennui.

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